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Les médias à l’heure du numérique 1/5

Publié le 19 février 2019, par Matthieu Devillard

La défiance envers les médias se généralise peu à peu à toute la population française. Les gilets jaunes en sont un flagrant révélateur. En 2019, le niveau de confiance dans les médias est de seulement 23% (Baromètre Cevipof/Sciences Po). Pourtant, 67% des Français affirment suivre l’actualité (Baromètre La Croix-Kantar). Ce paradoxe démontre à quel point le problème n’est pas d’abord un désintérêt pour l’actualité politique mais plutôt un rejet de la manière dont celle-ci est rapportée. Je vous propose, à travers cette série de cinq articles, de plonger dans les causes de ce désamour qui trouve bien souvent son origine dans l’avènement du numérique.

 

La gratuité de l’information : un modèle économique en question

 

« Abonnez-vous pour lire la suite ». Nous connaissons bien ce message. Et avouons-le, il nous agace. Moi le premier. Nous avons tellement été habitués à ce que l’information soit gratuite sur le web. Cette gratuité n’est-elle pas une bonne chose ? L’information ne devrait-elle pas être accessible à tous gratuitement dans un pays démocratique ? Cela ne me semble pas si simple.

Si l’information de qualité se fait plus rare, le gratuit n’y est à mon avis pas pour rien. Chacun peut d’ailleurs facilement le constater en comparant la qualité d’analyse d’un journal gratuit distribué à la sortie du métro avec celle d’un quotidien national vendu en kiosque. Si nous voulons une information de qualité, il faut commencer par la payer ! Je rencontre trop souvent des personnes promptes à critiquer les médias sans y consacrer pourtant le moindre budget. En agissant ainsi, elles alimentent le système qu’elles dénoncent. Nous lecteurs avons notre part de responsabilité dans la qualité de nos médias !

Un jour ou l’autre, il nous faudra donc à nouveau payer l’accès à l’information, d’autant que la presse écrite connaît aujourd’hui de grandes difficultés financières. En découle une réduction continue de ses moyens et de ses effectifs, avec pour conséquence finale une perte inévitable de qualité dans l’information. Dans un premier temps, l’essor du web a pourtant permis de réduire largement les coûts grâce à la dématérialisation du support. Les articles web n’ont en effet besoin ni d’être imprimés ni d’être distribués. Mais le numérique a surtout raréfié les recettes. De nombreux titres de presse, les plus connus ne faisant pas exception, ne survivent que grâce aux aides de l’Etat (1,8 milliards en 2017) et à un actionnariat composé d’une poignée d’agents économiques issus essentiellement de la finance ou de grands groupes. Ce soutien financier n’est d’ailleurs pas sans poser question quant à l’indépendance et au pluralisme des médias.

Il est en tout cas certain que la situation économique de la presse n’est pas viable et que les médias n’ont d’autre choix que de chercher des alternatives. Comment sortir de cette situation ? Pour garder la gratuité, la seule source de revenu possible est la publicité. Or, les revenus publicitaires sont en baisse rapide et continue depuis plusieurs années en raison de différents facteurs : disparition des petites annonces, baisse des tarifs, émergence des « infomédiaires » comme Google et Facebook qui servent d’intermédiaires entre les médias et les lecteurs et captent désormais l’essentiel du marché publicitaire. Pire, la publicité pose un problème majeur de priorités, car alors le client, c’est-à-dire celui qui paye et fournit les recettes, n’est plus le lecteur mais l’annonceur. Là où il fallait une information de qualité pour satisfaire le premier, il faut désormais générer du trafic, avec tout ce que cela implique de course au buzz et titres racoleurs, pour attirer le second. Peu importe que les gens lisent l’article, tant qu’ils cliquent sur les publicités !

Restent donc les solutions hybrides du freemium, qui combine des contenus gratuits et des contenus payants, et du paywall, qui n’autorise à lire gratuitement qu’un nombre limité d’articles. Mais alors que ces deux modèles économiques se sont désormais généralisés et que les médias ont souvent le sentiment de s’approcher d’un plafond dans la hausse des prix d’abonnement, la presse semble encore loin d’être sortie de l’impasse.

Il va donc falloir convaincre les lecteurs que les contenus proposés valent le coup de sortir le porte-monnaie. Certains brandissent le risque de creuser le fossé entre une élite informée et un peuple trop pauvre pour acheter le journal. Mais si l’offre est bonne, les gens paieront. Autrefois, le journal était autant lu dans les brasseries chics du XVIe arrondissement de Paris que dans les bistrots des quartiers populaires. Alors pourquoi l’offre ne fait-elle plus recette ? Début de réponse la semaine prochaine avec la suite de cette série !

 

Lire les autres articles de la série :

1/ La gratuité de l’information : un modèle économique en question

2/ Le pluralisme des médias à l’heure du numérique

3/ Infobésité, buzz, fake news : les médias à l’heure de l’instantané

4/ Médias émergents : des idées et des dangers

5/ L’éducation à la citoyenneté : la vocation perdue des médias

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