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La synthèse hebdo du 14 mai

Publié le 14 mai 2018, par Matthieu Devillard

AU PROGRAMME CETTE SEMAINE :

– 1 –

Pourquoi tout le monde se met-il à parler de l’Iran ?

– 2 –

Que faut-il savoir à propos de l’attentat de ce weekend ?

 

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– MARDI 8 MAI –
Trump annonce la sortie des États-Unis de l’accord sur le nucléaire iranien

 

Les faits

Donald Trump a annoncé mardi que les États-Unis se retiraient de l’accord sur le nucléaire iranien, qu’il considère comme très mauvais. Il a annoncé vouloir appliquer le plus haut niveau de sanction contre l’Iran, en rétablissant les sanctions, notamment pétrolières et bancaires, qui précédaient l’accord et en sanctionnant également les entreprises non américaines qui commercent avec l’Iran.

 

Le contexte

En 2006, l’Organisation des Nations-Unies vote des sanctions économiques contre l’Iran, afin d’empêcher ce dernier d’acquérir l’arme nucléaire. Mais les mesures prises ne calment pas les ardeurs iraniennes. En 2015, à Vienne, l’Iran, les membres du Conseil de Sécurité de l’ONU (Etats-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni), l’Allemagne et l’Union Européenne signent le Joint Compréhensive Plan Of Action (JCPOA), plus communément appelé accord sur le nucléaire iranien.

Cet accord prévoit la levée des sanctions économiques de 2006 contre l’Iran en échange de plusieurs engagements de ce dernier :

  • Ne conserver que 3% de ses réserves d’uranium enrichi (matière première de l’arme nucléaire).
  • Limiter l’enrichissement de l’uranium à 3,67% (ce qui est suffisant pour un usage civil du nucléaire), contre 90% nécessaires pour un usage militaire.
  • Ne conserver qu’un tiers de ses centrifugeuses (dont le rôle est d’enrichir l’uranium).
  • Accepter des contrôles réguliers de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique pour vérifier le respect des conditions précédentes.

Trump affirme aujourd’hui détenir la preuve que la promesse iranienne était un mensonge et remet en cause l’accord en lui-même. Il dénonce la durée limitée de l’accord (10 ans) et craint qu’en 2025, soit au terme de sa validité, l’Iran ne se dote rapidement de l’arme nucléaire. Or, l’accord ne prévoyant rien concernant le balistique (les missiles), l’Iran peut se concentrer sur le perfectionnement de missiles plus sophistiqués et à plus longue portée, pour les équiper, au terme des dix ans, de l’arme nucléaire.

Les pays européens signataires font à l’inverse le pari de la démocratisation de l’Iran et de son renoncement volontaire à l’arme nucléaire au bout de ce délai. La levée des sanctions économiques était en effet présentée comme une occasion d’ouvrir l’Iran au monde, espérant favoriser ainsi sa modernisation et sa démocratisation. Par rapport à la décision américaine, ils dénoncent l’absence d’alternative à ce retrait américain de l’accord. Lors de sa visite aux Etats-Unis quelques jours auparavant, Macron s’était dit prêt à entendre les arguments de Donald Trump pour envisager la négociation d’un nouvel accord.

De manière plus globale, Donald Trump n’a pas intérêt à voir l’Iran se doter de l’arme nucléaire. En effet, les Etats-Unis nourrissent une relation privilégiée avec l’Arabie Saoudite (à qui ils ont vendu pour 12 milliards de dollars d’armes il y a environ un mois), pays de référence pour l’axe sunnite et donc adversaire de l’Iran, qui domine l’axe chiite. Les alliés sunnites de l’Arabie Saoudite sont notamment le Qatar, la Jordanie, ou encore les rebelles syriens. Les alliés chiites de l’Iran sont l’Irak, la Syrie, ou encore le Hezbollah (un mouvement libanais chiite qui est sorti renforcé des élections législatives libanaise du 6 mai dernier).

Cette opposition n’est pas seulement une opposition confessionnelle, mais également économique. En effet, un gisement de gaz découvert dans le Golfe Persique est exploité à la fois par l’Iran et le Qatar. Un premier projet chiite de gazoduc doit passer par l’Iran, l’Irak et la Syrie de Bachar el Assad. Un autre projet concurrent, sunnite cette fois, devait transiter par le Qatar, l’Arabie Saoudite et la Jordanie. En passant aux mains des rebelles, la Syrie ouvrirait à ce second projet de gazoduc une ouverture vers la Méditerranée et l’Occident.

Dans la nuit du 9 au 10 mai, Israël a bombardé des dizaines de sites militaires iraniens en Syrie, en réponse à des frappes légères mais jugées symboliques de l’Iran sur le plateau du Golan (un territoire annexé à la Syrie par Israël en 1981). Ces frappes ne sont pas sans lien avec la question du nucléaire iranien puisque Israël a contribué à la montée des hostilités le 30 avril dernier en accusant l’Iran de dissimuler un programme nucléaire malgré l’accord, accusation reprise donc par Donald Trump.

Le 15 mai prochain, la France, le Royaume-Uni, l’Allemagne et l’Iran se rencontreront, dans l’espoir pour les pays européens que l’Iran reste dans l’accord malgré le désistement des Etats-Unis. En effet, l’Iran avait menacé les Etats-Unis de reprendre leur programme nucléaire si les Etats-Unis se retiraient de l’accord. Affaire à suivre donc…

 

– SAMEDI 12 MAI –
Attaque au couteau à Paris

 

Les faits

Samedi soir, plusieurs personnes ont été attaquées au couteau à proximité de l’Opéra Garnier. L’attaque, qui a fait un mort et quatre blessés dont deux grièvement, a été revendiquée par l’Etat Islamique. L’auteur de l’attaque, âgé d’une vingtaine d’année a été abattu par la police. Ses parents, ainsi que l’un de ses amis du même âge, ont été placés en garde à vue.

 

Le contexte

Khamzat Azimov est un jeune tchétchène arrivé en France en 2000. Sa famille obtient le statut de réfugié en 2004. Il obtient finalement la nationalité française avec sa mère en 2010, tandis que son père se la voit refusée. Il est fiché S en 2016 en raison de ses liens avec un groupe de jeunes cherchant à se rendre en Syrie.

La fiche S, pour « sûreté de l’Etat », est une des catégories de fiches signalétiques du Fichier des Personnes Recherchées (FPR), dont le but est de permettre la surveillance par les forces de l’ordre de personnes condamnées, suspectes ou innocentes « qui peuvent, par leur activité, représenter à un moment ou à un autre un risque de trouble à l’ordre public ou une atteinte à la sûreté de l’État. »

La Tchétchénie est un pays situé dans le Caucase et dont la religion majoritaire est l’islam sunnite. Sa confrontation avec la Russie dure depuis plusieurs siècles, la Tchétchénie désirant son indépendance ainsi que la création d’un Caucase islamique regroupant toutes les républiques voisines. En 2000 pourtant, au cours de la seconde guerre de Tchétchénie, la Russie reprend le contrôle du pays et la réinsère au sein de la Fédération de Russie. Les combats perdurent malgré cela jusqu’en 2009. Le nombre de morts tchétchènes lors de ce conflit est estimé à 150 000 environ, soit 15% de la population du pays, ce qui pousse certains à parler de génocide.

C’est donc marqué par une Tchétchénie qui rêvait d’une expansion islamique avant de subir une extermination partielle de sa population que la famille de Khamzat Azimov a quitté son pays. Aujourd’hui encore, de nombreux attentats terroristes sont encore commis régulièrement, en Russie notamment, par la rébellion islamiste tchétchène (qui a prêté serment à l’Etat Islamique en 2015). Les tchétchènes ont également représenté une part importante des combattants de l’Etat Islamique en Syrie.

 

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