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La synthèse hebdo du 21 mai

Publié le 21 mai 2018, par Matthieu Devillard

 

AU PROGRAMME CETTE SEMAINE :

– 1 –

Israéliens ou palestiniens, qui a raison ?

– 2 –

Quelles nouvelles de l’Iran ?

 

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– LUNDI 14 MAI –
Journée meurtrière à Gaza

 

Les faits

Tandis qu’Israël fêtait l’inauguration de l’ambassade américaine à Jérusalem, une manifestation à Gaza a entraîné des tirs à balles réelles de l’armée israélienne, faisant près de 60 morts et 1400 blessés. Car si cette inauguration a été décidée un jour de fête pour Israël (70 ans de la proclamation de l’Etat d’Israël), les palestiniens menaient pour leur part une marche du grand retour, afin de réclamer les terres perdues précisément au moment de cette indépendance d’Israël.

La majorité des médias a dénoncé cette répression excessive par Israël d’une manifestation pacifique pour leurs droits. D’autres, plus rares, ont dénoncé une marche du retour destinée à forcer la frontière israélienne et pénétrer sur le territoire hébreu. Ils dénoncent plutôt la responsabilité du Hamas qui instrumentalise le sang des palestiniens pour en faire de la chair à canon au service de ses intérêts politiques.

 

Le contexte

Pour comprendre le conflit israélo-palestinien, il faut remonter au début du siècle. En 1917, les britanniques occupent la région (jusque-là dominée par l’Empire Ottoman). Le secrétaire d’Etat britannique aux affaires étrangères de l’époque, Arthur Balfour, est proche du mouvement sioniste (mouvement né à la fin du XIXe siècle, rêvant d’un retour du peuple juif vers la Terre promise). Il signe alors la déclaration Balfour, appelant de ses vœux la formation d’un foyer national juif en Palestine.

Cette déclaration, et plus encore avec l’émergence du nazisme en Allemagne, entraîne une importante immigration juive vers la Palestine. En une dizaine d’années, les arabes (musulmans et chrétiens) ne représentent plus que les deux tiers de la population pour un tiers de juifs. Les tensions naissent.

En 1947, une proposition de partage est approuvée par l’ONU, mais elle est repoussée par les palestiniens. Malgré ce refus, David Ben Gourion déclare l’indépendance de l’Etat d’Israël en 14 mai 1948, entraînant l’exode de nombreux palestiniens (la Nakba : la catastrophe) et déclenchant la colère de ses voisins (Egypte, Syrie, Transjordanie, Irak, Liban) qui l’attaque sans succès. Israël contre-attaque alors et annexe une grande partie du territoire prévu pour les palestiniens par l’accord de 1947. L’armistice de 1948 fixe la ligne verte qui servira de référence dans la définition des frontières. La Palestine dispose alors de deux territoires distincts : Gaza, contrôlé par l’Egypte, et la Cisjordanie, contrôlé par la Transjordanie.

En 1967, Israël, qui se sent menacé, riposte en annexant le plateau du Golan (Syrie), le Sinaï (Egypte), les territoires palestiniens et Jérusalem lors de la guerre de Six jours. Six ans plus tard, en 1973, la guerre du Kippour est lancée par les syriens et les égyptiens pour récupérer leur territoire. C’est un échec, et Israël, soutenu par les Etats-Unis, gagne même encore un peu de terrain. L’ONU (l’Organisation des Nations-Unies réclame alors un cessez-le-feu. Une partie du Golan et le Sinaï seront peu à peu restitués par Israël entre 1979 et 1982.

En 1987, les palestiniens lancent la première intifada (soulèvement), autrement appelée guerre des pierres, pour contester l’occupation israélienne. L’année suivante, l’OLP (Organisation de Libération de la Palestine) de Yasser Arafat déclare la création d’un Etat palestinien dans les frontières de 1947 (qu’ils avaient donc, à l’époque, rejetées).

Des négociations commencent, avec notamment la conférence de Madrid en 1991, qui débouchent sur les accords d’Oslo. Ceux-ci laissent paraître des espoirs de paix avec la création d’un Etat palestinien. Mais les négociations s’enlisent ensuite et la seconde intifada en 2000 anéantit les chances qu’aboutissent ces accords d’Oslo.

Aujourd’hui, plus le temps passe, plus la naissance d’un Etat palestinien semble se compliquer. La première difficulté réside dans le fait que plus d’une centaine de colonies israéliennes se sont développées en Cisjordanie alors que cette région ne comptait pas de juifs en 1967. Il existe même une centaine de colonies dites sauvages. Celles-ci sont contraires à la législation israélienne, mais certains accusent Israël de les protéger.

Autre problème, les palestiniens sont divisés. En 2006 notamment, ils se déchirent entre le Hamas, le mouvement de résistance islamique, disposant d’une branche armée, et le Fatah, parti laïc, membre de l’Internationale socialiste et lié à l’OLP. En effet, lors des élections législatives, après 10 ans de domination du Fatah, le Hamas l’emporte pour sa première participation. Deux régimes politiques revendiquent alors la représentation des palestiniens. Le Fatah de Mahmoud Abbas, soutenu par les Etats-Unis car plus favorable à Israël, tente de reprendre le pouvoir. Depuis ce temps, le Fatah contrôle la Cisjordanie et le Hamas Gaza. Les deux mouvements signent en 2014 un accord de réconciliation, et un gouvernement palestinien d’union nationale est constitué. Mais il échouera au bout de quelques mois. Une nouvelle tentative de réconciliation par l’intermédiaire de l’Egypte avorte finalement également en 2017.

En plus d’être divisée, la Palestine est isolée. Alors qu’elle pouvait compter autrefois sur le soutien de tous ses voisins, la situation s’est nettement compliquée. Les relations sont tendues entre le gouvernement égyptien et les Frères musulmans (desquels est issu le Hamas). Les printemps arabes et les guerres ont vu des pays autrefois alliés à la Palestine (comme la Syrie ou l’Irak) être détruits. Enfin, l’Arabie Saoudite a changé récemment de stratégie pour soutenir désormais Israël, afin de constituer, avec les Etats-Unis, un front contre l’Iran.

En face, Israël, qui a toujours pu compter sur le soutien américain, a trouvé en Trump un allié particulièrement convaincu. En effet, aucun de ces prédécesseurs ne s’était risqué à déménager l’ambassade américaine à Jérusalem (Tel Aviv concentrant toutes les ambassades à ce jour), reconnaissant automatiquement que cette dernière est la capitale de l’Etat d’Israël.

Il faut bien comprendre que Jérusalem est considérée comme une ville sainte par les trois religions monothéistes. Pour les juifs, Dieu a libéré le peuple d’Israël de l’esclavage en Egypte, lui a fait traverser le désert où il lui a révélé les tables de la Loi, et l’a conduit jusqu’à la Terre Promise, où plus tard Salomon bâtira un Temple (dont le mur des Lamentation est le dernier vestige) pour garder l’Arche d’Alliance qui détient les tables de la Loi. Pour les chrétiens, le Messie, Jésus Christ, est mort crucifié à Jérusalem. Son tombeau est conservé à l’Eglise du Saint Sépulcre de Jérusalem. Enfin, Jérusalem est le troisième lieu saint de l’Islam, après la Mecque et Médine où vécut le prophète Mahomet. C’est en effet de Jérusalem, du rocher de la fondation, que ce dernier se serait envolé vers Dieu sur un cheval ailé.

Jérusalem est un sujet sensible, à propos duquel la communauté internationale a toujours voulu jusque-là garantir un statu quo, sans favoriser l’un ou l’autre. La ville est traversée par la ligne verte (qui sépare la Cisjordanie de l’Etat d’Israël). Jérusalem Ouest, israélienne, est peuplée essentiellement de juifs, tandis que Jérusalem Est, palestinienne, compte tout de même 40% de juifs. La vieille ville est elle-même divisée en 4 : un quartier chrétien avec l’Eglise du Saint Sépulcre, un quartier arménien, un quartier juif avec le mur des lamentations dans son prolongement et un quartier musulman avec la mosquée Al-Aqsa et le dôme du rocher abritant le rocher de la fondation.

 

– MARDI 15 MAI –
Les ministres des affaires étrangères iranien et européens tentent de sauver l’accord sur le nucléaire iranien

 

Les faits

Mohammad Zarif, chef de la diplomatie iranienne, a rencontré mardi la représentante de la diplomatie européenne ainsi que les ministres des affaires étrangères français (Jean-Yves Le Drian), allemand et britannique. Ils ont trouvé un accord de principe, et l’Iran a même affirmé que les discussions étaient en bonne voie, bien que tout dépende encore du travail des prochaines semaines.

Il a cependant ajouté dimanche que les efforts consentis par l’Union Européenne étaient insuffisants, invitant même cette dernière à augmenter ses investissements en Iran (alors que les sanctions américaines risquent de faire fuir de nombreuses entreprises). En écho, le ministre français de l’Economie, Bruno Le Maire a proposé que l’Union Européenne prenne en charge le coût des sanctions financières imposées à l’Iran. Affaire à suivre…

 

Le contexte

En 2006, l’Organisation des Nations-Unies vote des sanctions économiques contre l’Iran, afin d’empêcher ce dernier d’acquérir l’arme nucléaire. Mais les mesures prises ne calment pas les ardeurs iraniennes. En 2015, à Vienne, l’Iran, les membres du Conseil de Sécurité de l’ONU (Etats-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni), l’Allemagne et l’Union Européenne signent le Joint Compréhensive Plan Of Action (JCPOA), plus communément appelé accord sur le nucléaire iranien.

Cet accord prévoit la levée des sanctions économiques de 2006 contre l’Iran en échange de plusieurs engagements de ce dernier :

  • Ne conserver que 3% de ses réserves d’uranium enrichi (matière première de l’arme nucléaire).
  • Limiter l’enrichissement de l’uranium à 3,67% (ce qui est suffisant pour un usage civil du nucléaire), contre 90% nécessaires pour un usage militaire.
  • Ne conserver qu’un tiers de ses centrifugeuses (dont le rôle est d’enrichir l’uranium).
  • Accepter des contrôles réguliers de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique pour vérifier le respect des conditions précédentes.

Trump affirme aujourd’hui détenir la preuve que la promesse iranienne était un mensonge et remet en cause l’accord en lui-même. Il dénonce la durée limitée de l’accord (10 ans) et craint qu’en 2025, soit au terme de sa validité, l’Iran ne se dote rapidement de l’arme nucléaire. Or, l’accord ne prévoyant rien concernant le balistique (les missiles), l’Iran peut se concentrer sur le perfectionnement de missiles plus sophistiqués et à plus longue portée, pour les équiper, au terme des dix ans, de l’arme nucléaire.

Les pays européens signataires font à l’inverse le pari de la démocratisation de l’Iran et de son renoncement volontaire à l’arme nucléaire au bout de ce délai. La levée des sanctions économiques était en effet présentée comme une occasion d’ouvrir l’Iran au monde, espérant favoriser ainsi sa modernisation et sa démocratisation. Par rapport à la décision américaine, ils dénoncent l’absence d’alternative à ce retrait américain de l’accord. Lors de sa visite aux Etats-Unis quelques jours auparavant, Macron s’était dit prêt à entendre les arguments de Donald Trump pour envisager la négociation d’un nouvel accord.

De manière plus globale, Donald Trump n’a pas intérêt à voir l’Iran se doter de l’arme nucléaire. En effet, les Etats-Unis nourrissent une relation privilégiée avec l’Arabie Saoudite (à qui ils ont vendu pour 12 milliards de dollars d’armes il y a environ un mois), pays de référence pour l’axe sunnite et donc adversaire de l’Iran, qui domine l’axe chiite. Les alliés sunnites de l’Arabie Saoudite sont notamment le Qatar, la Jordanie, ou encore les rebelles syriens. Les alliés chiites de l’Iran sont l’Irak, la Syrie, ou encore le Hezbollah (un mouvement libanais chiite qui est sorti renforcé des élections législatives libanaise du 6 mai dernier).

Cette opposition n’est pas seulement une opposition confessionnelle, mais également économique. En effet, un gisement de gaz découvert dans le Golfe Persique est exploité à la fois par l’Iran et le Qatar. Un premier projet chiite de gazoduc doit passer par l’Iran, l’Irak et la Syrie de Bachar el Assad. Un autre projet concurrent, sunnite cette fois, devait transiter par le Qatar, l’Arabie Saoudite et la Jordanie. En passant aux mains des rebelles, la Syrie ouvrirait à ce second projet de gazoduc une ouverture vers la Méditerranée et l’Occident.

Dans la nuit du 9 au 10 mai, Israël a bombardé des dizaines de sites militaires iraniens en Syrie, en réponse à des frappes légères mais jugées symboliques de l’Iran sur le plateau du Golan (un territoire annexé à la Syrie par Israël en 1981). Ces frappes ne sont pas sans lien avec la question du nucléaire iranien puisque Israël a contribué à la montée des hostilités le 30 avril dernier en accusant l’Iran de dissimuler un programme nucléaire malgré l’accord, accusation reprise donc par Donald Trump.

Donald Trump a donc finalement annoncé mardi 8 mai que les Etats-Unis se retiraient de l’accord sur le nucléaire iranien pour les raisons que nous avons vues. Il a annoncé vouloir appliquer le plus haut niveau de sanction contre l’Iran, en rétablissant les sanctions, notamment pétrolières et bancaires, qui précédaient l’accord et en sanctionnant également les entreprises non américaines qui commercent avec l’Iran.

 

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