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La synthèse hebdo du 4 juin

Publié le 04 juin 2018, par Matthieu Devillard

 

AU PROGRAMME CETTE SEMAINE :

 

– 1 –

Quels sont les enjeux derrière la naturalisation de Mamoudou Gassama ?

– 2 –

Pourquoi le rejet par les députés de l’interdiction du glyphosate fait-il autant débat ?

– 3 –

Quelle est cette taxe américaine sur l’acier qui fâche tant les européens ?

 – 4 –

Que se passe-t-il de si important dans la politique espagnole ?

 

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– LUNDI 28 MAI –
Mamoudou Gassama est reçu à l’Élysée par Emmanuel Macron

 

Les faits

Mamoudou Gassama est reçu à l’Elysée lundi par Emmanuel Macron. Le Président de la République le décore d’une médaille d’honneur et lui propose d’être naturalisé français. Il lui propose également d’intégrer le service civique des pompiers de Paris. De nombreuses autres personnalités, notamment politiques se sont exprimées pour soutenir sa naturalisation.

De nombreuses autres réactions, que leurs auteurs soient favorables à un plus large accueil des migrants ou tenants d’une ligne plus ferme face à l’immigration, y voient une tentative de récupération politique. Les uns dénoncent le fait qu’il faille être migrant pour être reçu à l’Elysée, citant le cas de Marin (un jeune français resté plusieurs semaines entre la vie et la mort et marchant désormais difficilement après avoir porté secours à un couple tabassé). Les autres regrettent qu’un tel acte de bravoure doive être médiatisé pour aboutir sur une régularisation, rappelant le cas du sans-papier tunisien Aymen Latrous (qui avait sauvé un enfant des flammes en 2015 et est aujourd’hui sommé de quitter le territoire).

L’évènement fait également l’objet de nombreuses théories, qualifiées souvent de complotistes, qui dénoncent une mise en scène en prétendant que l’enfant aurait pu être sauvé par des témoins présents sur le balcon voisin.

 

Le contexte

Samedi 26 mai, le jeune malien Mamoudou Gassama escalade cinq étages pour sauver un enfant suspendu à un balcon. La vidéo du sauvetage est alors largement diffusée dans les médias et sur les réseaux sociaux, relançant plus largement le débat sur l’accueil des migrants.

Les suspicions de récupération politique par Emmanuel Macron sont renforcées par le passage en avril de la loi asile, qui a durci les conditions d’accueil des migrants.

Le débat est également nourri par deux autres évènements de cette semaine : le démantèlement mercredi du plus grand camp de migrants parisien, le camp du Millénaire, et le naufrage samedi d’une embarcation de migrants cherchant à rejoindre l’Italie, faisant une cinquantaine de morts au large de Sfax (Tunisie).

 

– MARDI 29 MAI –
Les députés rejettent l’amendement visant à interdire le glyphosate

 

Les faits

Dans la nuit de lundi à mardi, les députés ont discuté de l’interdiction du glyphosate dans le cadre du débat sur le projet de loi sur l’agriculture et l’alimentation. Finalement, à 2h du matin, les députés ont rejeté l’amendement proposé à ce sujet. Seuls 86 députés étaient présents pour le vote, contre 491 absents, entraînant de nombreuses réactions.

 

Le contexte

Le débat porte d’abord sur l’aspect cancérigène du glyphosate. Par exemple, l’OMS la considère comme cancérigène probable, tandis que l’EFSA juge cela improbable. Le mouvement demandant son interdiction prend toutefois une ampleur grandissante, tant dans les milieux scientifiques que dans la population.

Le glyphosate est en même temps, et de loin, la molécule la plus utilisée parmi les pesticides, ce qui fait craindre à certains qu’une interdiction soit une méthode trop brutale, risquant de mettre en difficulté certains agriculteurs.

En 2017, la licence du glyphosate, qui autorise l’utilisation de ce dernier en Europe, est arrivée à échéance puis a été renouvelée pour 5 ans par l’Union Européenne. En France, si le Ministre de l’Ecologie Nicolas Hulot avait affirmé que la France voterait contre son renouvellement, le Ministre de l’Agriculture Stéphane Travert y est plutôt favorable.

Emmanuel Macron avait pour sa part promis que le glyphosate serait interdit dés que des alternatives auront été trouvées et au plus tard en 2021. Après le rejet de l’amendement par l’Assemblée, le porte-parole du gouvernement a affirmé que cette décision ne remettait nullement en cause la promesse du Président.

Concernant l’absentéisme, il est inévitable pour un député (leur taux de participation aux votes ne dépasse que rarement 25%), qui doit passer du temps dans sa circonscription (soit le territoire où il a été élu). Mais pour un sujet jugé important par beaucoup, certains ont regretté une si faible mobilisation.

D’autres propositions de ce projet de loi sur l’agriculture et l’alimentation ont été rejetées, parmi lesquelles l’interdiction des publicités sur les aliments gras et salés pour enfants, l’obligation d’afficher le système d’étiquetage Nutri-score et l’interdiction de l’abattage les poussins mâles (les mâles ne pondant pas d’œufs, ils ne sont pas conservés et donc broyés).

Certaines propositions ont toutefois été adoptées. Notamment, les cantines vont devoir intégrer davantage le bio, les restaurants devront prévoir des doggy bags et les promotions dans les grandes surfaces sont désormais plus encadrées.

 

Les définitions

Amendement : modification proposée d’un projet de loi.

EFSA (Autorité Européenne de Sécurité des Aliments) : une des principales agences de l’Union Européenne, en charge de l’évaluation des risques en termes de denrées alimentaires.

Glyphosate : molécule connue pour être le principe actif du Roundup, un herbicide vendu par Monsanto.

Monsanto : entreprise américaine spécialisée dans les biotechnologies agricoles et appartenant au groupe Bayer depuis 2016.

OMS (Organisation Mondiale de la Santé) : institution spécialisée pour la santé publique de l’Organisation des Nations Unies (ONU). Elle a pour objectif d’apporter la meilleure santé physique, mentale et sociale à tous les peuples du monde.

Système Nutri-score : système d’étiquetage sous forme d’un logo indiquant, selon une notation s’étalant de A (vert) à E (rouge), la valeur nutritionnelle des aliments.

 

 

– JEUDI 31 MAI –
Les États-Unis annoncent la fin de l’exemption temporaire de la taxe sur l’acier et l’aluminium accordée à l’Union Européenne

 

Les faits

Les États-Unis ont décidé jeudi de taxer lourdement les importations d’acier et d’aluminium (25 % sur l’acier et 10 % sur l’aluminium) en provenance de l’Union Européenne, du Mexique et du Canada.

La décision n’a pas manqué de faire réagir les dirigeants européens. Emmanuel Macron a appelé Donald Trump pour dénoncer une erreur et une décision illégale. La Commission Européenne a d’ailleurs porté plainte vendredi contre les États-Unis (et la Chine) auprès de l’OMC et annoncé préparer des contre-mesures (dans le respect des règles de l’OMC).

 

Le contexte

Ces tarifs douaniers américains étaient déjà en vigueur à travers les monde sur décision de Donald Trump début mars, mais certains pays avaient bénéficié d’un sursis. Cette exemption a donc été finalement levée par les États-Unis, sauf pour l’Argentine, l’Australie et le Brésil, qui ont accepté de réduire leur production.

Donald Trump défend sa décision en rappelant qu’il ne fait qu’appliquer une promesse de campagne reposant sur son fameux slogan « America first » (L’Amérique d’abord). Voulant relancer la sidérurgie américaine, il dénonce ainsi le fait que l’industrie américaine a été victime du dumping pratiqué par certaines acteurs étrangers, qui a pu déboucher sur des fermetures d’usines et des licenciements. Cela lui permet de justifier son action en invoquant l’article 232 de la loi sur l’expansion commerciale de 1962 qui prévoit la possibilité de limiter les importations en cas de risque pour la sécurité intérieure.

De plus, Trump cherche à lutter contre le déficit commercial de son pays, qui était en 2017 de 566 millions de dollars (soit 483€). Cette stratégie protectionniste est considérée par certains, et en l’occurrence par les pays européens, comme nuisible à tout le monde. Taxer les importations entraîne en effet souvent des taxes sur les exportations en représailles (tel que l’UE s’apprête à le faire).

La Commission Européenne a donc décidé de porter plainte devant l’OMC, non seulement contre les États-Unis mais également contre la Chine. Elle affirme que les États-Unis se trompent d’ennemi en attaquant leurs alliés européens, qui ont également souffert du dumping chinois. La Chine, qui n’avait pas bénéficié du même sursis que l’UE, avait de son côté également porté plainte dès le mois d’avril contre les États-Unis.

 

Les définitions

Commission Européenne : une des institutions de l’Union Européenne (UE), qui réunit l’ensemble des commissaires européens (un pas Etat membre de l’Union Européenne). Ces derniers sont nommés par le Conseil Européen (qui est composé de tous les chefs d’Etat des pays membres de l’Union Européenne) et validé par le Parlement Européen (dont nous élisons les députés lors des élections européennes).

Déficit commercial : situation dans laquelle les importations sont plus importantes que les exportations, c’est-à-dire que le pays achète plus de produit qu’il n’en vend à l’étranger.

Dumping : violation ou contournement, par un Etat ou une entreprise, du droit social national ou international en vue d’un intérêt économique.

OMC : organisation internationale (c’est-à-dire fondée par un traité entre les Etats) dont le rôle est de régir le commerce international, notamment en levant les barrières au libre-échange, en aidant les pays à résoudre leurs conflits commerciaux et en assistant les acteurs économiques internationaux dans leurs activités.

Protectionnisme : politique économique selon laquelle l’Etat favorise et protège ses producteurs contre leurs concurrents étrangers)

Sidérurgie : industrie du fer et de l’acier.

 

 

– VENDREDI 1ER JUIN –
Le chef du gouvernement espagnol Mariano Rajoy est renversé et remplacé par Pedro Sanchez

 

Les faits

Le chef du gouvernement espagnol Mariano Rajoy, empêtré avec son parti dans une affaire de corruption, a abandonné ses fonctions vendredi, juste avant une motion de censure adoptée à une majorité de 180 sur 350.

 

Le contexte

Jeudi 24 mai, l’Audience Nationale rend son jugement sur l’affaire Gürtel. Cette affaire touche plusieurs cadres du parti de Mariano Rajoy, le Parti Populaire (conservateur). Ce dernier a également été condamné en tant que parti à rembourser 250 000 € pour le financement illégal de plusieurs meetings, et le témoignage de Mariano Rajoy pendant le procès a été jugé peu crédible par les magistrats.

Au lendemain du rendu de ce jugement, le Parti Socialiste Ouvrier Espagnol (PSOE) a donc déposé une motion de censure. En Espagne, cette motion est dite constructive, ce que signifie qu’une majorité absolue doit accorder sa confiance à un autre candidat pour que la censure soit valable. Alors que le PSOE n’était que troisième dans les sondages, cette motion de censure lui a permis de proposer son secrétaire général, Pedro Sanchez, pour prendre la tête du nouveau gouvernement.

Pedro Sanchez a donc prêté serment samedi devant le roi, et doit encore nommer les membres de son gouvernement pour pouvoir endosser ses fonctions.

Après la crise italienne, il s’agit là du deuxième bouleversement d’un gouvernement en deux semaines. Si les partis arrivés au pouvoir sont sensiblement différents, les deux scénarios ont en commun le rejet d’un système politique jugé corrompu.

Pour rappel, en Italie, les élections législatives ont porté au pouvoir deux partis eurosceptiques, dont le projet de gouvernement a été refusé par le Président (ce qui selon certains serait contraire à la Constitution italienne). Ce refus a entraîné la démission de celui qui devait prendre la tête du gouvernement, Giuseppe Conte.

Le Président a alors nommé Carlo Cottarelli comme Premier Ministre en attendant de nouvelles élections. Ce dernier étant un ancien haut responsable du FMI (considéré comme un symbole du système capitaliste par les adversaire de ce dernier), ce choix a été jugé par beaucoup comme aux antipodes du choix qu’avait formulé le peuple par son vote.

Comprendre la crise politique italienne avec la synthèse hebdo du 28 mai 2018

Finalement, un accord de gouvernement a été trouvé jeudi en Italie pour ne pas plonger le pays dans une crise politique majeure. Giuseppe Conte a donc été nommé Premier Ministre.

 

Les définitions

Audience Nationale : haute cour espagnole jugeant les affaires d’importance nationale ou internationale, ainsi que certains crimes graves comme le terrorisme.

FMI : institution internationale dont le rôle est de « promouvoir la coopération monétaire internationale, garantir la stabilité financière, faciliter les échanges internationaux, contribuer à un niveau élevé d’emploi, à la stabilité économique et faire reculer la pauvreté. »

Majorité absolue : majorité à plus de la moitié des votes exprimés. Elle s’oppose à la majorité relative, selon laquelle un candidat ou un parti sort en tête des suffrages sans dépasser les 50%.

Motion de censure : procédé permettant au Parlement de désapprouver la politique du gouvernement et le forcer à démissionner.

 

 

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