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La synthèse hebdo du 18 juin

Publié le 18 juin 2018, par Matthieu Devillard

AU PROGRAMME CETTE SEMAINE :

– 1 –

Comment s’est passée la rencontre historique entre Donald Trump et Kim Jong-Un ?

– 2 –

En a-t-on vraiment fini avec la réforme de la SNCF ?

– 3 –

Qu’est-il advenu de l’Aquarius, ce navire transportant des migrants que l’Italie a refusé d’accueillir ?

La synthèse du 18 juin

 

– MARDI 12 JUIN –
Donald Trump et Kim Jong-Un signent un document commun après un sommet historique

 

Les faits

Kim Jong-Un et Donald Trump se rencontrent mardi à Singapour (plus grande ville de la République de Singapour) dans un sommet historique. La rencontre est cordiale, ponctuée de nombreuses poignées de mains entre les deux dirigeants.

Ces derniers signent, après cinq heures de discussions, un document prévoyant la « complète dénucléarisation » de la péninsule Coréenne tout en garantissant la sécurité de la Corée du Nord.

Les réactions sont diverses. Pour certains, il s’agit d’un accord historique, qui obtient enfin cette dénucléarisation que les Etats-Unis exigent depuis des années. Pour Trump, c’est un énorme succès là où ses prédécesseurs ont échoué.

D’autres voix dénoncent le fait que le document ne mentionne pas l’exigence américaine de « dénucléarisation complète, vérifiable [c’est-à-dire prévoyant des inspections] et irréversible [les sites nucléaires devant être non seulement fermés mais également détruits] ». Donald Trump affirme cependant que des vérifications seront mises en place. De plus, aucun calendrier n’est décidé, ce qui sera l’objet, toujours selon Trump, de discussions dans les semaines à venir.

Autre sujet d’inquiétude pour les sceptiques, les spécialistes estiment à 10-15 ans le temps nécessaires pour une telle dénucléarisation, ce qui nécessite que la relation entre les deux pays demeure apaisée tout ce temps. D’autres notent que le retrait des Etats-Unis de l’accord sur le nucléaire iranien (voir la synthèse du 21 mai 2018) ne met pas Donald Trump en situation de pouvoir reprocher une éventuelle marche arrière nord-coréenne.

D’autres encore regrettent l’importance donnée à Kim Jong-Un qui prend peu à peu une stature internationale en rencontrant de plusieurs chefs d’Etat. Un dernier manque est pointé du doigt par certains, à savoir l’absence de la question des droits de l’homme dans les discussions.

 

Le contexte

En 1945, la Corée, alors tout juste libérée de l’occupation japonaise, est divisée en deux zones : la Corée du Nord et la Corée du Sud. De vives tensions naissent alors, débouchant en 1950 sur la Guerre de Corée, l’un des premiers conflits majeurs de la Guerre Froide. La Corée du Nord est alors soutenue par la Chine et l’URSS et la Corée du Sud par les Nations-Unies (la Chine n’en faisant pas encore partie).

En 1953, la frontière est définitivement fixée entre les deux Etats et persistera encore jusqu’à nos jours. Le Nord est dirigé par la République populaire démocratique de Corée, un régime totalitaire d’inspiration stalinienne, et le Sud par la République de Corée, une démocratie représentative. La Corée du Sud représente aujourd’hui 45% du territoire pour les deux tiers de la population coréenne.

Récemment, les tensions s’accentuent entre la Corée du Nord et les Etats-Unis, toujours alliés à la Corée du Sud, à propos des essais nucléaires et des bombardements délibérés du territoire sud-coréen opérés par Kim Jong-un, le dirigeant suprême de Corée du Nord.

L’arrivée de Donald Trump au pouvoir aux Etats-Unis marque d’abord un durcissement de la position américaine. Par la suite, des échanges de tweets provocateurs entre les deux chefs d’Etat donnent un écho nouveau aux tensions auprès du grand public.

Après cette période de vives tensions, des premiers signes de détente sont observés. Un téléphone rouge est également installé entre les dirigeants des deux Corées. Le 21 mars, Kim Jong-un annonce la fermeture de l’un de ses sites d’essais nucléaires et la suspension de tous ses programmes nucléaires et balistiques.

Vendredi 27 avril, le président sud-coréen Moon Jae-in et le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un se rencontrent dans un sommet qui débouche sur une déclaration commune, annonçant déjà la fin de toute action hostile l’un envers l’autre et s’engageant dans une dénucléarisation totale de la péninsule.

 

Les définitions

Balistique : science qui a pour objet l’étude du mouvement des projectiles. Le terme est souvent utilisé aujourd’hui pour parler des missiles.

Démocratie représentative : forme de démocratie dans laquelle les citoyens expriment leur volonté par l’intermédiaire de représentants, élus pour un mandat à durée limitée et à qui ils délèguent leur pouvoir pour voter les lois. Elle s’oppose à la démocratie directe dans laquelle les citoyens s’expriment directement, par exemple par référendum.

Téléphone rouge : ligne d’urgence qui avait été mise en place en 1963, soit pendant la guerre froide, entre les Etats-Unis et l’URSS au moment de la crise des missiles à Cuba (qui avait fait craindre une nouvelle guerre mondiale). Le principe est ici reproduit entre les Etats-Unis et la Corée du Nord.

 

– JEUDI 14 JUIN –
La réforme de la SNCF est définitivement adoptée par le Sénat

 

Les faits

Jeudi, à la suite de l’Assemblée Nationale, le Sénat adopte définitivement le projet de réforme ferroviaire à 452 voix contre 80.

Le texte prévoit finalement de conférer à la SNCF le statut juridique de Société Anonyme (SA), de l’ouvrir à la concurrence et de supprimer l’embauche au statut.

Malgré l’adoption du texte, l’intersyndicale a appelé les cheminots à poursuivre la grève et à se mobiliser massivement le 28 juin, dernier jour du calendrier de grèves prévu par la SNCF. L’un des syndicats (la Confédération Générale des Travailleurs (CGT)) a même appelé à poursuivre le mouvement en juillet.

 

Le contexte

Pour revoir tout l’historique et comprendre le contenu de la réforme, rendez-vous sur la synthèse du 28 mai 2018.

Lundi, une commission mixte paritaire s’accorde sur une version commune du texte. Mercredi, l’Assemblée Nationale vote en faveur du projet de loi à 452 voix contre 80, laissant le soin au Sénat de conclure son adoption.

La gauche dénonce un pacte entre Les Républicains (LR) et La République en Marche (LRM) contre les cheminots. Toute la gauche et le Rassemblement National (RN) ont voté contre.

 

Les définitions

Embauche au statut : embauche d’une personne qui pourra bénéficier d’un statut particulier, notamment ici celui de cheminot, qui accorde certains privilèges. Né en 1920 et modifié à plusieurs reprises, ce statut regroupe un ensemble de droits et d’avantages acquis dans le temps par les cheminots en contrepartie de la pénibilité de leur travail. Sont considérés cheminots les conducteurs de train, les contrôleurs, les cadres, les agents de maitrises et les agents de bureau.

Intersyndicale : rassemblement informelle (c’est-à-dire n’ayant pas de statut juridique) de plusieurs syndicats dans le but de mener des actions communes.

Rassemblement National : nouveau nom du Front National, adopté à 80% des votes d’adhérents exprimés et entré en vigueur le 1er juin 2018.

 

– VENDREDI 15 JUIN –
Emmanuel Macron rencontre le chef du gouvernement italien Giuseppe Conte dans un contexte de tensions franco-italiennes sur la question migratoire

 

Les faits

Lors de leur rencontre à Paris, l’heure est à l’apaisement entre les deux dirigeants, insistant sur le fait que l’incident autour de l’Aquarius est clos et affichant leur convergence de vue sur la question migratoire. Ils affirment notamment leur volonté commune de réformer la politique migratoire européenne.

 

Le contexte

L’Aquarius est un bateau de sauvetage qui navigue depuis 2016 au large des côtes de la Libye pour récupérer les embarcations d’immigrés. Dimanche 10 juin, alors qu’il est déjà en surpoids avec 630 réfugiés à son bord, il cherche à accoster dans un port italien, ce qui lui est refusé par le ministre de l’Intérieur italien Matteo Salvini. Ce dernier est l’une des figures de proue de la coalition anti-système qui forme l’actuel et tout récent gouvernement (Comprendre la récente crise politique italienne avec la synthèse du 28 mai 2018).

Le torchon brûle alors entre Emmanuel Macron et son homologue italien Giuseppe Conte. Aux accusations de cynisme du premier, le second répond en dénonçant l’hypocrisie de la France. Pour Emmanuel Macron, l’Italie manque d’humanité. Pour l’Italie, qui est un pays de premier accueil, les efforts d’accueil ne sont pas suffisamment partagés et les promesses européennes de soutien à l’Italie n’ont pas été tenues.

En effet, alors que l’Italie a accueilli 120 000 migrants en 2017, les pays européens s’étaient engagés à relocaliser les réfugiés dans différents pays. Or, ces engagements ne sont tenus en moyenne qu’à 35% seulement, ce que dénonce l’Italie par ce refus. Le sommet de vendredi entre Macron et Conte a abouti au constat commun que seule une politique européenne plutôt que nationale pourra, si elle est appliquée, apporter une réponse satisfaisante et notamment soulager l’Italie.

Est à noter également que certains remettent en cause le fait même de venir au secours de ces embarcations de migrants en Méditerranée, car cela permettrait à certains terroristes de se rendre en Europe et alimenterait par ailleurs le trafic des passeurs. Au-delà de l’argument du devoir absolu d’assister des personnes en danger, les partisans d’un accueil de migrants mettent en doute cette idée selon laquelle l’arrêt des sauvetages pourrait décourager les passeurs.

Entre temps, l’Espagne a accepté de recevoir l’Aquarius, une décision saluée par la France et par l’Italie, et les passagers débarquent donc finalement dimanche 17 juin au port de Valence. Une partie devrait être accueillie en France sur proposition du gouvernement français..

 

Les définitions

Passeur : personne aidant les clandestins de passer une frontière. En Lybie, les passeurs sont régulièrement accusés de faire du trafic d’êtres humains et de la vente d’esclave. Ils embarquent les migrants, en échange d’importantes sommes d’argent, sur des embarcations de fortunes incapables de supporter une telle traversée.

Pays de premier accueil : pays les plus au sud de l’Europe, notamment l’Italie et la Grèce, et donc plus proche des côtes africaines, dans lesquels les migrants arrivent d’abord avant de se rendre éventuellement dans d’autres pays. Les pays de second accueil, comme la France, sont les pays par lesquels circulent les migrants pour tenter de rejoindre d’autres pays.

 

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