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La synthèse hebdo du 25 juin

Publié le 25 juin 2018, par Matthieu Devillard

AU PROGRAMME CETTE SEMAINE :

 

– 1 –
Pourquoi les Etats-Unis ont-ils quitté le Conseil des Droits de l’Homme ?

– 2 –
Dix ans après la crise, où en est la Grèce ?

– 3 –
Comment l’Europe a-t-elle répondu aux taxes américaines sur l’acier ?

– 4 –
Le sommet européen a-t-il marqué des avancées sur la question des migrants ?

 

La synthèse du 25 juin

 

– MARDI 19 JUIN –
Les Etats-Unis quittent le Conseil des Droits de l’Homme

 

Les faits

Nikki Haley, la représentante des Etats-Unis à l’Organisation des Nations Unies (ONU), a annoncé mardi le retrait de son pays du Conseil de Droits de l’Homme (CDH). Elle affirme cependant que cela ne représente en rien un renoncement aux engagement américains en matière de droits de l’homme, et justifie cette décision par l’absence de réforme (qu’elle réclamait depuis plusieurs mois) de cet organe dont elle juge qu’il n’est qu’une parodie hypocrite et très politique des droits de l’homme.

Elle dénonce notamment un biais contre Israël, ainsi que le fait que siègent à ce Conseil des pays peu respectueux des droits de l’homme comme le Venezuela, la Chine l’Egypte ou l’Iran. Plusieurs organisations de défense des droits de l’homme avaient déjà formulé de telles critiques, tout en saluant par ailleurs l’ouverture de plusieurs enquêtes allant selon eux dans le bon sens.

En plus de la dénonciation par beaucoup de cette politique jugée isolationniste, les Etats-Unis se sont vu reprocher de ne pas avoir nommé leurs alliés, l’Arabie Saoudite et les Emirats Arabes Unis, parmi les pays non respectueux des droits de l’homme.

 

Le contexte

Ce retrait intervient après plusieurs autres depuis l’élection de Donald Trump. En effet, le président américain a déjà retirer son pays des accords de Paris sur le Climat, de l’accord sur le nucléaire iranien (voir la synthèse du 21 mai 2018) et du communiqué final du dernier G7 (voir la synthèse du 11 juin 2018).

 

Les définitions

Accords de Paris : premier accord universel sur le climat, signé au terme de la Conférence de Paris sur le climat (COP21) qu’organisait la Convention-cadre des Nations-Unies sur les changements climatiques. Donald Trump a donc annoncé en 2017 le retrait des Etats-Unis de cet accord, afin d’assurer l’indépendance énergétique de son pays (évitant les contraintes environnementales imposées par l’accord de Paris au marché de l’énergie).

Conseil des Droits de l’Homme : organe intergouvernemental des Nations Unies (ONU), créé en 2006 pour toutes les questions relatives aux droits de l’homme.

Isolationnisme : Politique consistant à rester à l’écart des affaires internationales, tant sur le plan politique qu’économique et militaire, n’intervenant dans celles-ci que lorsque ses intérêts sont menacés.

 Organisation des Nations-Unies : Organisation internationale crée en 1945 et regroupant désormais 193 pays, dont l’objectif est d’assurer la paix et la sécurité internationale.

 

 

– JEUDI 21 JUIN –
La Grèce sort du plan d’aide européen

Les faits

Après de longues négociations, les européens sont parvenus à s’accorder sur une sortie de la Grèce du plan d’aide européen. La Grèce bénéficiera d’un nouvel allègement de sa dette, d’un allongement de dix ans de ses échéances de remboursements de sa dette et pourra à nouveau se financer sur les marchés financiers à partir du 21 août.

 

Le contexte

Le Conseil Européen s’est accordé, lors du traité de Maastricht en 1992, sur des critères de convergence pour harmoniser les économies des pays membres de l’Union Européenne en vue de l’adoption de l’euro. Un Pacte de stabilité et de croissance en 1997 a contraint les pays qui ne respecteraient pas ces exigences à se soumettre à des mesures d’assainissement de ses finances publiques. Ce Pacte stipule notamment que le déficit public doit être inférieur à 3% et la dette publique à 60% du PIB (seuls 8 pays respectent aujourd’hui cette règle, la France ayant un dette représentant 98% du PIB et l’Allemagne 63%).

La crise grecque est intervenue peu après la crise des subprimes qui avait déjà fragilisé de nombreux pays européens en 2007. Cela a alors augmenté considérablement le déficit public (près de 13% en 2009) et la dette déjà importants de la Grèce (qui en avait dissimulé l’ampleur pendant plusieurs années), faisant naître des doutes sur la capacité du pays à rembourser cette dette.

La Grèce a alors fait appel à la Commission Européenne, à la Banque centrale européenne (BCE) et au Fonds Monétaire International (FMI), formant un ensemble surnommé la troïka. Cette dernière lui a accordé plusieurs plans d’aides, chaque fois en échange d’une série de mesures d’austérité, le tout dans le but de réduire la dette. Notamment, la Grèce a dû massivement baisser ses dépenses publiques et augmenter les impôts, passant d’un déficit budgétaire de 15% du PIB en 2009 à un excédent budgétaire primaire de 0,8% en 2017. Ces mesures ont eu pour effet de plonger un peu plus le pays dans la récession, augmentant notamment considérablement la pauvreté et le chômage (encore à 20% aujourd’hui et plus de 40% chez les jeunes).

En 2015, le parti anti-austérité Syriza a remporté les élections législatives et porté Alexis Tsípras au pouvoir. Après l’échec de ses négociations avec la troïka, Tsípras a soumis les propositions de cette dernière par référendum. Le non l’a emporté à plus de 60%. Malgré ce soutien de son peuple, Tsípras a finalement fini par céder aux mesures exigées par la troïka afin d’éviter le Grexit. Aujourd’hui au plus bas dans les sondages, ce nouvel accord est une victoire politique pour Alexis Tsípras.

 

Les définitions

Austérité (ou rigueur) : politique qui vise à assainir la gestion d’un pays en réduisant les coûts et les dépenses publiques.

Banque Centrale Européenne : banque dont le rôle est de coordonner les banques centrales (institutions financières en charge de veiller sur la monnaie d’un pays, qui émettent les billets, facilitent le financement des banques (dites « commerciales ») et déterminent la politique monétaire) de la zone euro.

Conseil Européen : institution de l’Union Européenne (UE) qui réunit l’ensemble des chefs d’Etat ou de gouvernement des 28 pays membres, dont le but est de définir les grands axes de la politique européenne en matière surtout de politique étrangère.

Commission Européenne : institution de l’Union Européenne (UE) qui réunit l’ensemble des commissaires européens (un par Etat membre de l’Union Européenne). Ces derniers sont nommés par le Conseil Européen (qui est composé de tous les chefs d’Etat des pays membres de l’Union Européenne) et validé par le Parlement Européen (dont nous élisons les députés lors des élections européennes).

Déficit public : solde négatif du budget des administrations publiques, c’est-à-dire l’État, les collectivités territoriales et les administrations de sécurité sociale, soit lorsque ses dépenses excèdent ses recettes. A ne pas confondre avec le déficit budgétaire qui ne concerne que l’Etat.

Dépenses publiques : ensemble des dépenses réalisées par les administrations publiques, c’est-à-dire l’État, les collectivités territoriales et les administrations de sécurité sociale.

Dette publique : somme des emprunts contractés par les administrations publiques, c’est-à-dire l’État, les collectivités territoriales et les administrations de sécurité sociale. A ne pas confondre avec le dette de l’Etat, qui ne concerne que l’Etat.

Excédent budgétaire primaire : excédent budgétaire calculé sans prendre en compte la charge de la dette, c’est-à-dire les intérêts payés lors du remboursement de la dette – qui est l’une des principales dépenses d’un Etat. Le solde budgétaire est le solde positif du budget d’un Etat, soit lorsque ses recettes excèdent ses dépenses. 

Fonds Monétaire International (FMI) : institution internationale regroupant 189 pays, dont le but est de promouvoir la coopération monétaire internationale, garantir la stabilité financière, faciliter les échanges internationaux, contribuer à un niveau élevé d’emploi, à la stabilité économique et faire reculer la pauvreté. Il est notamment en charge la gestion des crises financières et monétaires.

Grexit : sortie de la Grèce de l’Union Européenne (qui n’a pas eu lieu mais que beaucoup ont craint).

Récession : au sens strict, ralentissement de la hausse de la production (diminution du taux de croissance qui reste positif), à ne pas confondre avec la récession (baisse de la production, soit un taux de croissance négatif). Au sens plus courant, période de faible taux de croissance faisant suite à une période de fort taux de croissance.

Subprime : prêt immobilier (prêt destiné à financer l’acquisition, la construction ou la réalisation de travaux sur un bien immobilier) risqué car accordé à partir des années 2000 à des ménages américains qui ne remplissent pas les conditions pour souscrire un emprunt immobilier classique. Alors que les emprunteurs traditionnels sont dits « prime », ces ménages modestes sont ainsi appelés « subprime ». Le risque s’est avéré trop important et a entraîné la crise mondiale de 2007, dite « des subprimes ».

Troïka : mot russe désignant un ensemble de trois choses.

 

 

– VENDREDI 22 JUIN –
L’Union Européenne taxe des dizaines de produits américains en réponse au taxes acier et aluminium de Donald Trump

Les faits

Les contre-mesures européennes sont entrées en vigueur vendredi à minuit. Elles concernent notamment les jeans, le bourbon, les motos. L’UE affirme avoir choisi des produits symboliques mais pour lesquelles il existe des alternatives, afin de ne pas nuire au consommateur. Toujours selon l’UE, il s’agit d’une réponse claire à ce qu’elle juge comme une violation des règles du commerce international par les Etats-Unis, tout en se voulant modérée pour éviter toute escalade. Malgré cela, Donald Trump a déjà menacé d’imposer une taxe de 20% sur les voitures importées depuis l’Union Européenne.

 

Le contexte

Ces mesures interviennent en réponse à la décision de Donald Trump de taxer l’acier et l’aluminium (voir la synthèse du 4 juin 2018).

 

 

– DIMANCHE 24 JUIN –
Les dirigeants européens se retrouvent dans un sommet sur la question migratoire

Les faits

Seize pays étaient rassemblés par la Commission européenne à Bruxelles dimanche dans un mini-sommet sur la question des migrants. Aucune déclaration commune n’a été faite, et malgré des tensions palpables (notamment entre la France et l’Italie), les différents dirigeants ont globalement exprimé leur contentement quant aux avancées obtenues.

 

Le contexte

Pour former son gouvernement, la Chancelière Angela Merkel (de l’Union Chrétienne-Démocrate (CDU)), absent en Bavière, a dû composer avec son allié historique bavarois (l’Union Chrétienne-Sociale (CSU)), dirigé par le Ministre de l’Intérieur Horst Seehofer. En effet, n’ayant pas obtenu la majorité absolue aux élections législatives, Angela Merkel a dû s’allier à d’autres partis pour former son gouvernement.

Si les deux partis CDU et CSU sont traditionnellement proches, Seehofer est très critique envers la politique migratoire d’Angela Merkel. Lundi 18 juin, il lui a fixé deux semaines pour prendre des mesures, auquel cas il prendrait lui-même l’initiative de fermer les frontières. Cela contraindrait Merkel à limoger Seehofer, ce qui menacerait la fragile coalition entre les deux partis et plongerait sans doute l’Allemagne dans une crise politique.

Pour Emmanuel Macron, l’évènement intervient après une période de vives tensions avec l’Italie autour de l’accueil de l’Aquarius (voir la synthèse du lundi 18 juin).

C’est dans ce contexte que s’est tenu un conseil des ministres franco-allemand mardi 19. Emmanuel Macron et Angela Merkel y ont annoncé s’être accordés sur plusieurs mesures à promouvoir, notamment en termes de politique migratoire, comme le renforcement des frontières européennes, l’uniformisation du droit d’asile dans l’UE et la création de plateforme de débarquement. Ces dernières devront permettre de distinguer rapidement les migrants économiques de ceux qui ont besoin d’une protection internationale. Alors que les deux dirigeants ont longtemps été opposés à une telle réforme, leurs déboires respectifs en matière migratoire semblent avoir fait plier le duo franco-allemand sur la question.

Le mini-sommet de dimanche a été boycotté par les pays du groupe Visegard, partisans d’une position stricte sur l’immigration. Ils dénonçaient une démarche contraire aux usages de l’UE (les sommets étant habituellement convoqués à l’initiative du Conseil européen et non par la Commission européenne). Ils craignaient notamment que ce sommet ne soit qu’une manifestation de soutien à Angela Merkel. Pour la Commission européenne, ce sommet est l’occasion de déminer un sujet qui est loin de faire l’unanimité entre les pays européens, avant la tenue du Conseil européen les 28 et 29 juin (en présence cette fois des 28 pays membres).

 

Les définitions

Commission européenne : institution de l’Union Européenne (UE) qui réunit l’ensemble des commissaires européens (un par Etat membre de l’Union Européenne). Ces derniers sont nommés par le Conseil Européen (qui est composé de tous les chefs d’Etat des pays membres de l’Union Européenne) et validé par le Parlement Européen (dont nous élisons les députés lors des élections européennes).

Conseil européen : institution de l’Union Européenne (UE) qui réunit l’ensemble des chefs d’Etat ou de gouvernement des 28 pays membres, dont le but est de définir les grands axes de la politique européenne en matière surtout de politique étrangère.

Droit d’asile : en France, droit accordé aux personnes ayant obtenu le statut de réfugié, qui leur octroie la protection de l’État d’accueil (faute de pouvoir en bénéficier dans leur pays d’origine à cause de persécutions)

Visegard : groupe informel créé en 1335 et regroupant la Hongrie, la Pologne, la République Tchèque et la Slovaquie.

 

 

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