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La synthèse hebdo du 13 août

Publié le 13 août 2018, par Matthieu Devillard

AU PROGRAMME CETTE SEMAINE :

 

– 1 –
L’Argentine a-t-elle finalement décidé de légaliser l’IVG ?

 

– 2 –
Pourquoi l’entreprise agrochimique Monsanto a-t-elle été condamnée ?

 

– 3 –
Qu’est-ce que ce rassemblement néonazi qui a eu lieu à Washington ?

 

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– JEUDI 9 AOÛT –
Le Sénat argentin rejette un texte visant à autoriser l’IVG

Les faits

Jeudi, après seize heures de débats, les sénateurs argentins ont rejeté par une petite majorité de trente-huit voix contre trente-et-une (2 abstentions) un texte qui prévoyait d’autoriser L’IVG pendant les quatorze premières semaines de grossesse.

De nombreux argentins s’étaient réunis devant le Parlement à Buenos Aires, la capitale argentine, la place du Congrès étant coupée en deux pour accueillir pro et anti-IVG. Les premiers ont accueilli la nouvelle dans les larmes, après avoir agité toute la journée des foulards verts symbolisant leur combat. Quelques incidents ont eu lieu avec la police, qui a répliqué par des canons à eaux et des grenades lacrymogènes. De l’autre côté, les Pro Vida (pro-vie) ont fêté leur victoire par des feux d’artifice.

 

Le contexte

Aujourd’hui, l’avortement est considéré comme un délit en Argentine, la loi prévoyant toutefois deux exceptions, en cas de viol ou de menace pour la santé ou la vie de la mère. Diverses organisations féministes étaient parvenues ces deux dernières années à porter le sujet d’une potentielle légalisation jusqu’au Parlement, débat marqué par plusieurs agressions de pro-IVG pendant ces mois de débat. De l’autre côté, l’Eglise catholique, très présente en Argentine, a beaucoup pesé dans les débats pour s’opposer au texte.

Les partisans de l’IVG défendent le fait que les femmes doivent pouvoir disposer librement de leur corps et mettent en avant les nombreux avortements clandestins réalisés dans de mauvaises conditions sanitaires et usant de pratiques dangereuses afin de contourner la loi. Les opposants à l’IVG soutiennent le fait que l’embryon est un être humain, doté d’un corps et d’une dignité propre, ce qui interdit de le faire mourir quelles qu’en soient les raisons. Une troisième position consiste à vouloir permettre l’avortement dans certaines situations graves mais à refuser d’en faire un droit, regrettant un trop grand nombre d’avortement et un manque de solutions alternatives.

 

Les définitions

Interruption volontaire de grossesse : acte médical causant la mort de l’embryon ou du fœtus par l’expulsion volontaire de celui-ci hors de l’utérus. Elle est à distinguer de l’Interruption Médicale de grossesse (IMG), qui est une IVG pour un motif médical comme la menace de la santé de la mère ou la malformation du fœtus.

 

 

– VENDREDI 10 AOÛT –
L’entreprise agrochimique Monsanto condamnée dans un jugement historique

Les faits

L’entreprise Monsanto a été condamnée à verser 289 millions de dollars à Dewayne Johnson, un jardinier malade d’un cancer dont il attribue l’origine aux herbicides de la firme américaine. Au-delà du montant (M. Johnson en réclamait 400 millions), le jugement a été très nettement défavorable à Monsanto. En effet, les jurés ont estimé que le produit n’était pas suffisamment sûr, qu’il était un facteur substantiel du cancer du plaignant, et que la société avait agi de manière malveillante et sans informer ses clients des risques connus par la communauté scientifique. Monsanto a annoncé faire appel de la décision, réaffirmant que son produit était sans danger.

 

Le contexte

Cette plainte a été la première examinée par la justice américaine sur ce sujet et pourrait faciliter l’aboutissement d’autres procédures. En effet, le droit américain étant basé sur le système du Common Law, la jurisprudence a une plus grande importance qu’en France. Un des éléments décisifs du procès a été la présentation aux jurés par les avocats de M. Johnson de documents présentés comme prouvant que Monsanto savait depuis des décennies que le glyphosate pouvait être une cause de cancer.

L’aspect cancérigène du glyphosate fait débat. L’OMS la considère comme cancérigène probable, tandis que, en Europe par exemple, l’EFSA juge cela improbable. Le mouvement demandant son interdiction prend toutefois une ampleur grandissante, tant dans les milieux scientifiques que dans la population. Les dépôts de plaintes se multiplient également, aux Etats-Unis et ailleurs.

Le glyphosate est en même temps, et de loin, la molécule la plus utilisée parmi les pesticides, ce qui fait craindre à certains qu’une interdiction soit une méthode trop brutale, risquant de mettre en difficulté certains agriculteurs.

En France, la question a récemment fait débat au Parlement dans le cadre du projet de loi sur l’agriculture et l’alimentation. Les députés avaient finalement rejeté la proposition d’interdire le glyphosate (voir la synthèse du 4 mai 2018).

 

Les définitions

Common Law : système de droit anglo-saxon selon lequel la jurisprudence forme le fondement de la loi, les codes (civil, de commerce, etc.) ne faisant que reprendre et organiser les différentes décisions de justice. Ce système s’oppose à l’autre grand système de droit, le droit romain, appliqué notamment en France. Dans un tel système, à l’inverse, la loi est faite par le Parlement et la jurisprudence ne constitue qu’une source secondaire de droit, les juges ne pouvant créer de nouvelles règles, mais seulement appliquer la loi.

EFSA (Autorité Européenne de Sécurité des Aliments) : une des principales agences de l’Union Européenne, en charge de l’évaluation des risques en termes de denrées alimentaires.

Glyphosate : molécule connue pour être le principe actif du Roundup, un herbicide vendu par Monsanto.

Jurés : citoyen chargé de rendre un verdict dans un procès. L’ensemble des jurés forme le jury. Les jurés sont particulièrement utilisés aux Etats-Unis, tandis qu’il est réservé en France aux procès pour crimes, soit dans la cour d’assises.

Jurisprudence : ensemble des décisions rendues par les tribunaux de justice.

Monsanto : entreprise américaine spécialisée dans les biotechnologies agricoles et appartenant au groupe Bayer depuis 2016.

OMS (Organisation Mondiale de la Santé) : institution spécialisée pour la santé publique de l’Organisation des Nations Unies (ONU). Elle a pour objectif d’apporter la meilleure santé physique, mentale et sociale à tous les peuples du monde.

 

 

 

– DIMANCHE 12 AOÛT –
Un an après Charlottesville, le rassemblement de l’Unite the Right mobilise peu

Les faits

L’organisation Unite the Right, qui avait organisé les rassemblements de Charlottesville en 2017, a reçu l’autorisation pour un rassemblement de 400 personnes pendant deux heures devant la Maison Blanche à Washington. Un dispositif policier important a été déployé pour éviter la rencontre entre manifestants et contre-manifestants. Face à la perspective de la présence de 2 000 contre-manifestants, le rassemblement n’aura finalement rassemblé qu’une quarantaine de personnes.

 

Le contexte

Les 11 et 12 août 2017, l’organisation informelle Unite the Right est née de la mobilisation de plusieurs mouvements d’extrême droite (nationalistes, suprémacistes blancs, néonazis, etc.) contre le retrait de la statue de Robert Lee à Charlottesville. De violents heurts ont éclaté avec des contre-manifestants et l’une d’entre eux, Heather Heyer, a trouvé la mort dans une attaque à la voiture bélier.

Robert Lee était un militaire américain, ayant dirigé les troupes des Etats confédérés lors de la guerre de sécession (1861-1865). Ce conflit a vu s’opposer les Etats-Unis d’Amérique (dits l’Union) dirigés par Abraham Lincoln et les Etats confédérés d’Amérique (dits la Confédération) menés par Jefferson Davis. La Confédération était composée de onze Etats du sud des Etats-Unis ayant fait sécession au moment de l’élection de Lincoln à la présidence. La guerre prend fin lorsque Robert Lee, devenu très populaire au Sud, finit par rendre les armes en 1865 face à une Union démographiquement, militairement et économiquement supérieure.

La question de l’esclavage était au cœur de cette guerre civile américaine. Le Nord fonctionnait alors sur un modèle industriel capitaliste, au sein duquel montait un mouvement abolitionniste. Le Sud était au contraire fondé sur un système beaucoup plus agraire, vivant du commerce du tabac et du coton et reposant en grande partie sur l’esclavage. La figure de Robert Lee est donc, tant pour les suprémacistes blancs que pour les antiracistes, le symbole de la défense d’une supériorité de la race blanche.

Après les évènements de Charlottesville, Donald Trump avait été accusé de faire preuve de complaisance vis-à-vis des mouvement pro-blancs et de ne pas avoir clairement condamné les manifestants néonazis de Charlottesville. Cette année, il a affirmé dans un tweet condamner tous les types de racismes et actes de violences, et regretter que le rassemblement de l’année dernière ait entraîné la mort et des divisions « insensées ».

L’initiateur du rassemblement Unite the Right, Jason Kessler, qui s’est vu refusé la tenue d’un rassemblement anniversaire à Charlottesville, a quant à lui publiquement affirmé ne pas vouloir de néonazis dans la mobilisation de cette année et invité les mouvements antiracistes à entamer un dialogue avec lui.

 

Les définitions

Abolitionnisme : courant de pensée visant à abolir l’esclavage.

Sécession : action conduite volontairement par une population pour se séparer de la collectivité à laquelle elle appartenait historiquement.

 

 

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