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La synthèse hebdo du 20 août

Publié le 20 août 2018, par Matthieu Devillard

AU PROGRAMME CETTE SEMAINE :

– 1 –
Quels enjeux publics derrière le drame du viaduc de Gênes ?

– 2 –
Quelle est la part de responsabilité de l’Eglise catholique dans la vaste affaire de pédophilie en Pennsylvanie ?

– 3 –
Que se passe-t-il encore avec l’Aquarius ?

– 4 –
Pourquoi la situation est-elle si tendue entre la Turquie et les Etats-Unis ?

– 5 –
Pourquoi la nomination de Benjamin Smith comme PDG d’Air France fait-elle polémique ?

– 6 –
Qui est Kofi Annan ?

 

 

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MARDI 14 AOÛT –
Un viaduc s’écroule à Gênes en Italie et fait 43 morts

 

Les faits

Une portion importante (60 mètres) d’un viaduc de l’autoroute A10, le pont Morandi, s’est effondrée mardi vers 12h à Gênes faisant selon le dernier bilan 43 morts et 9 blessés, dont 4 graves. Le ministère français des Affaires étrangères a confirmé la présence de 4 français parmi les victimes, tandis que le parquet de Paris a annoncé pour eux l’ouverture d’une enquête confiée à la Direction Générale de la Gendarmerie Nationale (DGGN) pour blessures involontaires et homicides involontaires. Il a fallu près d’une semaine de recherche dans les décombres aux secouristes pour retrouver le corps de tous les portés disparus. Aucune habitation, mais les locaux d’une usine et les voies ferrées que le pont surplombait ont été touchés.

Le président du Conseil italien Giuseppe Conte, les deux vice-Premiers ministres Luigi Di Maio et Matteo Salvini et le Ministre des transports Danilo Toninelli se sont rendus sur place. Un état d’urgence a été déclaré dans la région pendant un an. Celui-ci offre un cadre normatif pour la gestion du site ainsi qu’une assistance aux personnes qui ont été évacuées et dont les habitations sont condamnées. Le gouvernement a pointé la responsabilité de la société Autostrade per l’Italia, affirmant que la maintenance n’avait pas été faite. L’entreprise s’est défendue en assurant que le pont était analysé tous les trimestres et que des travaux de consolidation étaient en cours. Le gouvernement a annoncé un audit général des ponts et des tunnels italiens.

Le gouvernement a également ciblé Matteo Renzi, président du Conseil au moment de la prorogation de la concession, l’accusant de l’avoir fait pour obtenir pour sa campagne électorale des financements de la famille Benetton (qui détient 30% de l’Autostrade per l’Italia). Mateo Renzi, évoquant notamment la Gronda, a répondu en pointant du doigt un gouvernement qui dit non à tous les grands travaux, contribuant ainsi à rendre le pays moins sûr. La Gronda était un projet de bretelle à Gênes destiné à alléger le trafic et protéger les structures du pont. Beppe Grillo, alors dirigeant et fondateur du M5S à la tête duquel avait succédé l’actuel vice-premier ministre Luigi Di Maio, avait alors dénoncé une « petite fable sur un pont qui pourrait s’écrouler à tout moment ».

Des funérailles d’Etat ont été célébrées samedi par Monseigneur Angelo Bagnasco, l’archevêque de Gênes, au parc des expositions de la ville. Des milliers de génois, les plus hauts responsables de l’Etat italien et les principaux dirigeants d’Autostrade per l’Italia étaient présents. Pendant la cérémonie, un temps a été dédié à une prière musulmane pour deux victimes albanaises. Plusieurs familles de victimes ont préféré des funérailles privées aux funérailles d’Etat.

 

Le contexte

Gênes est la capitale de la région de la Ligurie dans le nord de l’Italie. Elle est le deuxième plus gros port italien. Elle forme avec Milan et Turin le triangle industriel, soit la zone la plus industrialisée d’Italie.

Le viaduc a été construit entre 1960 et 1967 par Riccardo Morandi. Cet ingénieur, aujourd’hui décédé, usait volontiers du béton armé dans ses réalisations, à une époque où l’on avait une confiance illimitée dans ce matériau, confiance largement relativisée par la suite. Plusieurs spécialistes affirment l’urgence de restructurer l’ensemble des constructions des années 1950 et 1960.

Ces 5 dernières années, 5 ponts se sont déjà effondrés en Italie, causant la mort de 7 personnes. Le réseau routier italien compte plus de 20 000 km de routes gérées par l’Anas, une entreprise publique, et 6 500 km d’autoroutes confiées essentiellement à des entreprises privées comme Autostrade per l’Italia. Selon l’Anas, seul 450 millions d’euros ont été investis en 2016 contre 2,5 milliards nécessaires par an. Matteo Salvini a défendu le gouvernement en pointant les contraintes européennes qui empêchaient de mobiliser les fonds nécessaires. La Commission européenne a pour sa part répliqué que l’Italie devait recevoir une enveloppe européenne dédiée à ces infrastructures de 2,5 milliards entre 2014 et 2020.

Le pont Morandi a particulièrement et très rapidement dû faire l’objet d’importantes dépenses de maintenance après sa création, afin de faire face à la dégradation du béton due notamment aux vibrations créées par le trafic routier. Un audit confidentiel, révélé à l’occasion des récents évènements, avait été réalisé par des experts de l’Ecole Polytechnique de Milan et avait noté en novembre dernier des problèmes de stabilité du pont. Encore récemment, un appel d’offres de 20 millions d’euros a été lancé pour des interventions visant un renforcement des câbles de certaines piles, ces structures verticales qui soutiennent les arches d’un pont. La pile numéro 9, celle qui s’est écroulée, était notamment concernée.

En France, la ministre des Transports Elisabeth Borne avait annoncé en mai un plan de sauvegarde des routes nationales pour rénover d’urgence le réseau routier français, projet de loi qui sera présenté à la rentrée. En effet, selon ce rapport, 30% des ponts concédés à des sociétés privées auraient besoin de réparations, 7% présentant même des grosses fissures voire un risque d’effondrement. Selon ce rapport, il faudrait fermer préventivement ces derniers à la circulation des poids lourds, voire certains à tous les véhicules. Toujours selon ce rapport, il se déroule en moyenne 22 ans entre l’apparition des premières dégradations et le moment où l’on répare vraiment les dégâts, alors que les travaux en urgence coûtent beaucoup plus cher que l’entretien régulier de ces structures. Le budget annuel d’entretien du réseau est estimé à 1,3 milliards, contre 800 millions prévus par le budget cette année – 100 millions de plus qu’en 2017.

 

Les définitions

Béton armé : matériau composite constitué de béton et de barres d’acier. Le béton peut supporter des compressions importantes mais résiste peu aux efforts de traction, d’où l’intérêt de l’allier à l’acier qui, lui, résiste aux deux.

Commission européenne : institution de l’Union Européenne (UE) qui réunit l’ensemble des commissaires européens (un par Etat membre de l’Union Européenne). Ces derniers sont nommés par le Conseil Européen (qui est composé de tous les chefs d’Etat des pays membres de l’Union Européenne) et validé par le Parlement Européen (dont nous élisons les députés lors des élections européennes).

Concession : contrat par lequel l’Administration publique (le concédant) autorise une personne privée (le concessionnaire), à gérer un service public ou à réaliser ou exploiter un ouvrage public, moyennant une rémunération que le concessionnaire percevra des usages du service ou de l’ouvrage.

Président du Conseil des ministres italien : chef du gouvernement italien, qui préside le Conseil des ministres et détient l’essentiel du pouvoir exécutif.

Projet de loi : texte destiné à devenir une loi, soumis au Parlement par le Gouvernement. Il se distingue de la proposition de loi, qui est également un texte destiné à devenir une loi, mais émanant directement du Parlement.

Prorogation : maintien d’une situation après la date à laquelle elle devait cesser ou disparaître.

 

 

MARDI 14 AOÛT –
Une enquête accuse 300 prêtres de pédophilie en Pennsylvanie

 

Les faits

Une enquête a été publiée mardi par les services du procureur de Pennsylvanie, dévoilant les abus sexuels perpétrés par 300 prêtres et couverts par les autorités catholiques de cet Etat. Le nombre de victimes s’élèverait à plus de 1000 enfants, dont certaines âgées de moins de 10 ans au moment des faits. Un prêtre aurait même abusé de cinq sœurs, dont la plus jeune avait 18 mois.

Toujours selon cette enquête, les faits seraient prescrits pour quasiment tous les cas. Deux prêtres ont toutefois été inculpés, l’un pour des agressions sexuelles répétées sur plusieurs enfants jusqu’en 2010 pour les plus récentes, l’autre pour l’agression d’un enfant de 7 ans. Pour ce second cas, le chef d’accusation retenu est seulement un délit, passible de 5 ans de prisons au maximum.

L’enquête vise également la hiérarchie de l’Eglise et certains policiers qui auraient agit pour protéger les auteurs de ces agressions et éviter qu’elles ne s’ébruitent. Certains accusés ont même été promus depuis les faits. Elle reconnaît toutefois d’importants efforts fournis par l’Eglise catholique pour lutter contre ces abus, bien que ceux-ci n’aient pas encore totalement disparu.

Le rapport final a été rédigé par un jury populaire auquel avait été soumis les conclusions de l’enquête et qui a décidé de rendre publics les noms de dizaines d’accusés qui ne sont plus passibles de poursuites. Il y est également suggéré un allongement du délai de prescription dans l’Etat de Pennsylvanie.

Le Vatican a réagi jeudi par un communiqué, affirmant éprouver honte et colère et assurant les victimes que le pape est de leur côté et que l’Eglise veut les écouter pour éradiquer cette horreur tragique.

 

Le contexte

Ce n’est pas la première fois que l’Eglise catholique est touchée par des affaires de pédophilie. De nombreux scandales ont éclaté depuis les années 1980, notamment en Belgique, en Allemagne, en Autriche, en Irlande, en Australie, au Mexique, au Canada, etc. Aux Etats-Unis particulièrement, de nombreuses affaires avait déjà éclaté, notamment dans les diocèses de l’Etat de New-York et l’archidiocèse de Boston. Souvent, les faits étaient prescrits en raison du silence et de la dissimulation des autorités ecclésiastiques. Les papes Benoît XVI et François, ainsi que de nombreux diocèses et conférences épiscopales, ont engagé des réformes importantes pour lutter contre la pédophilie, réformes jugées encore insuffisantes par certains.

Plus récemment en France, en février 2016, Monseigneur Barbarin, archevêque de Lyon, a été vivement critiqué pour sa gestion de l’affaire Preynat, du nom d’un prêtre ayant commis des attouchements sexuels envers plusieurs jeunes scouts. Les médias avaient alors largement relayé l’affaire et pointé plusieurs imprécisions et contradictions dans la défense du Cardinal Barbarin. De nombreux catholiques, ainsi que le Maire de Lyon – aujourd’hui ministre de l’Intérieur – Gérard Collomb, avaient dénoncé un faux procès manquant à la présomption d’innocence. Une enquête pour non-dénonciation d’agressions sexuelles sur mineurs et non-assistance à personne en danger avait finalement été classé sans suite par le procureur de la République de Lyon le 1er août 2016. Cette décision n’étant pas acceptée par plusieurs victimes présumées du Père Preynat, un procès pour non-dénonciation d’agressions sexuelles se tiendra en janvier 2019.

Une autre affaire récente avait mis en cause 80 membres du clergé chiliens. Lors d’un voyage apostolique au Chili, le Pape François s’était retrouvé en présence de Monseigneur Barros, soupçonné d’avoir protégé le père Karadima, lui-même reconnu pour agression de mineurs. Le Pape avait alors affirmé qu’il n’y avait aucune preuve et que tout cela n’était que calomnies – ce qui lui avait valu de vives critiques. Quelques jours après son retour à Rome, il a envoyé au Chili Monseigneur Scicluna pour enquêter sur ces affaires, qui reviendra avec un rapport accablant envers Monseigneur Barros et de nombreux autres prélats. Il a reconnu par la suite de graves erreurs, dues selon lui au manque d’information, et a même reçu en avril au Vatican trois victimes avec qui il s’est entretenu longuement avant de demander publiquement pardon. Le Pape François a ensuite convoqué tous les évêques chiliens et leur a remis un rapport pointant leur gestion calamiteuse des affaires de pédophilie dans leurs diocèses. Après trois jours de discernement, méditation et réunions, tous ont présenté leur démission au pape François : une première dans l’Eglise catholique.

 

Les définitions

Archevêque : évêque bénéficiant d’une primauté d’honneur sur les autres évêques. Il dirige en général, en plus de son archidiocèse, une province ecclésiastique composée de plusieurs diocèses et sur lesquels il peut exercer un certain droit de regard.

Archidiocèse : territoire placé sous la responsabilité d’un archevêque.

Cardinal : évêque nommé par le Pape pour être membre du Sacré Collège, qui a entre autres pour mission de participer à l’élection du nouveau Pape.

Classement sans suite : décision par laquelle le ministère public décide qu’une plainte ne justifie pas des poursuites pénales contre l’auteur présumé d’une infraction.

Délit : infraction située entre la contravention et le crime. En France, il peut entraîner entre 2 mois et 10 ans de prison – contre l’absence de prison pour la contravention et une peine de 15 ans à la perpétuité pour le crime.

Diocèse : territoire placé sous la responsabilité d’un évêque.

Jury : groupe de citoyens, appelés jurés, chargé de rendre un verdict dans un procès. Le recours au jury est particulièrement utilisé aux Etats-Unis, tandis qu’il est réservé en France aux procès pour crimes, soit à la cour d’assises.

Présomption d’innocence : principe selon lequel un individu, même suspecté d’avoir commis une infraction, ne peut être considéré comme coupable avant d’avoir été jugé tel par un tribunal. Selon ce principe, c’est à l’accusation d’apporter la preuve de la culpabilité d’un prévenu et non à l’accusé d’apporter la preuve de son innocence.

Procureur : représentant du ministère public chargé de la poursuite en justice ou représentant du gouvernement dans certains tribunaux. Aux Etats-Unis, chaque Etat dispose d’un procureur général.

Prescription : délai au terme duquel on ne peut plus aspirer à des poursuites ou des sanctions pénales.

Voyage apostolique : voyage par lequel le Pape visite des Eglises locales à travers le monde.

 

 

MERCREDI 15 AOÛT –
L’Aquarius accoste finalement à Malte

 

Les faits

L’Aquarius, navire affrété par l’association SOS Méditerranée pour le sauvetage des migrants, a finalement accosté mercredi à La Valette, la capitale de la République de Malte. Rejeté dans un premier temps par Malte et par l’Italie, le bateau a erré pendant plusieurs jours en quête d’un port d’accueil. Le navire a finalement été autorisé à accoster après qu’un accord a été trouvé entre la France, l’Allemagne, le Luxembourg, le Portugal et l’Espagne pour se répartir l’accueil des 141 migrants présents sur le navire et de 114 autres déjà arrivés à Malte lundi. La France recevra pour sa part 60 d’entre eux.

SOS Méditerranée et le haut-commissaire de l’Organisation des Nations-Unies (ONU) pour les réfugiés Filippo Grandi se sont réjouis de cette réponse coordonnée, tout en appelant pour le second à sortir d’une approche par bateau afin d’éviter que ne se reproduisent ces situations d’errance, selon lui dangereuses et immorales.

 

Le contexte

C’est la deuxième fois que l’Aquarius se retrouve à errer dans l’attente d’un port voulant bien l’accueillir (voir la synthèse du 18 juin). Le 24 juin dernier, un sommet européen avait réuni tous les dirigeants européens sans que ceux-ci ne parviennent à un compromis (voir la synthèse du 25 juin).

 

Les définitions

Migrants : pas de définition juridique reconnue. Selon l’ONU, personne qui a résidé dans un pays étranger pendant plus d’une année, quelles que soient les causes, volontaires ou involontaires, du mouvement, et quels que soient les moyens, réguliers ou irréguliers, utilisés pour migrer. Selon cette définition, une personne partant travailler plus d’un an à l’étranger est considérée comme migrant. Une personne reconnue comme fuyant une crise politique majeure dans son pays d’origine est dite réfugiée, tandis qu’une personne demandant le statut de réfugié est un demandeur d’asile.

Organisation des Nations-Unies : organisation internationale créée en 1945 et regroupant désormais 193 pays, dont l’objectif est d’assurer la paix et la sécurité internationale.

SOS Méditerranée : association qui a pour vocation de porter assistance à toute personne en détresse en Mer Méditerranée.

 

 

 

MERCREDI 15 AOÛT –
La Turquie augmente les droits de douane sur plusieurs produits américains

 

Les faits

La Turquie a annoncé mercredi une forte augmentation des droits de douane sur plusieurs produits américains. Sont notamment visés les importations en Turquie de véhicules de tourisme (120%), certaines boissons alcoolisées (140%), de charbon, de tabac, de riz et de certains produits cosmétiques.

 

Le contexte

Le torchon a commencé à brûler entre la Turquie et les Etats-Unis autour de l’affaire Andrew Brunson. Ce dernier est un pasteur américain appartenant à une petite congrégation protestante, l’Eglise de la Résurrection d’Izmir – Izmir étant une ville turque – et installé depuis 23 ans en Turquie. En 2016, pensant être convoqué par la police pour récupérer un titre de séjour, il est incarcéré par les autorités turques dans le cadre d’une grande purge en représailles d’une tentative de coup d’Etat. Il est mis en cause pour de prétendus liens, démentis par l’intéressé, avec le prédicateur musulman Fethullah Gülen, ancien allié du Président turc Recep Tayyip Erdogan devenu l’un de ses principaux opposants et accusé par le gouvernement turc d’avoir fomenté la tentative de putsch.

L’acte d’accusation turc contre Andrew Brunson est dénoncé par beaucoup comme ne reposant sur aucune base, pointant des éléments risibles tels que la présence sur son portable de la recette du maklube – qui serait le met préféré des gülenistes –, l’utilisation du mot Kurdistan ou un témoignage anonyme affirmant avoir aperçu le suspect avec des personnes dont l’apparence et le style peuvent être décrits comme gülenistes.

Alors que Donald Trump exige la libération de Andrew Brunson, Erdogan demande pour sa part l’extradition de Fethullah Güllen, exilé dans l’Etat américain de Pennsylvanie depuis 1999. Les Etats-Unis refusent, estimant ne pas avoir reçu de preuves de son implication directe.

Devant l’inflexibilité turque malgré ses ultimatums pour la libération du pasteur, Donald Trump a décidé de doubler les droits de douane sur l’importation aux Etats-Unis d’aluminium et d’acier turcs, un moyen de pression régulièrement utilisé par le Président américain (voir la synthèse du 4 juin). Cette décision a entraîné une forte baisse (de 19%) de la livre turque – qui avait déjà perdu 40% de sa valeur par rapport à l’euro et au dollars – entraînant une relative inquiétude dans les marchés boursiers mondiaux. En Turquie, cela a entraîné une forte inflation.

Erdogan a annoncé lundi une série de mesures pour soutenir sa monnaie, qui a repris 5% mardi. Il a également dénoncé un complot de l’étranger et appelé au boycott des appareils électroniques américains, avant d’annoncer à son tour donc, une hausse des droits de douanes. Donald Trump a menacé de poursuivre l’escalade avec de nouvelles sanctions, tandis que la Turquie refuse toujours de libérer Andrew Brunson.

Cette escalade pourrait avoir des conséquences pour l’Europe. Les turcs ont tendance à beaucoup emprunter en devises, et la crise turque actuelle pourrait entraîner des difficultés de remboursement. Certaines entreprises françaises présentes en Turquie pourraient également être fragilisées. Renaud, notamment, y détient 20% des parts de marchés sur les ventes de véhicules neufs et possède une usine importante au Nord-Ouest de la Turquie qui représente 10% de sa production mondiale.

Côté géopolitique, la Turquie et les Etats-Unis ont toujours été alliés au sein de l’OTAN, unis par un traité de défense mutuelle et par d’importants échanges militaires (des armes nucléaires américaines sont basées à Incirlik dans le sud de la Turquie). Des tensions étaient déjà nées, notamment sur la question du Kurdistan. En effet, la Turquie lutte sur et hors de son territoire contre les mouvements kurdes tandis que les Etats-Unis les soutiennent en Syrie dans leur combat contre l’Etat Islamique. Mais la crise actuelle pourrait précipiter un divorce, Erdogan affirmant chercher désormais de nouveaux alliés. Il se tourne notamment vers les européens, fort de la menace de rompre son engagement à contrôler les flux migratoires venant du Proche-Orient. France et Allemagne semblent hésiter à répondre au dirigeant turc. Erdogan se rapproche aussi peu à peu de la Russie et renforce ses liens avec Qatar, qui a promis d’investir en soutien 15 milliards de dollars dans l’économie turque.

 

Les définitions

Droit de douane : impôt sur des marchandises importées, qui s’applique lorsque lesdites marchandises passent la frontière. Il peut être forfaitaire ou équivalent à un pourcentage du prix de la marchandise. Le droit de douane augmentant le prix des marchandises étrangères, il a pour objectif de favoriser la consommation des produits nationaux.

Emprunt en devises : emprunt contracté dans une autre monnaie (devise) que celle de son lieu de résidence afin de bénéficier de conditions plus favorables en vue de son remboursement.

Importations : flux de biens ou services en provenance de l’étranger, entrant sur un territoire national.

Inflation : hausse généralisée des prix.

Kurdistan : région géographique essentiellement peuplée de kurdes (majoritairement musulmans sunnites) et qui s’étend sur une partie de la Turquie, de l’Irak, de l’Iran et de la Syrie. De nombreux kurdes militent pour un Kurdistan indépendant, ce à quoi s’opposent les quatre pays sur lesquels il s’étend, craignant de devoir abandonner une part de leur territoire.

Parts de marchés : pourcentage des ventes globales d’un produit couvert par une entreprise sur un marché donné.

Titre de séjour : document assurant la reconnaissance par l’autorité publique du droit temporaire de séjourner sur le territoire national pour un ressortissant étranger majeur.

 

 

JEUDI 16 AOÛT –
La nomination du Canadien Benjamin Smith à la tête d’Air France fait polémique

 

Les faits

Le conseil d’administration d’Air France-KLM a nommé le canadien Benjamin Smith pour devenir le nouveau PDG du groupe. L’annonce a entraîné une forte contestation du côté de l’intersyndicale, qui dénonce le choix d’un dirigeant qui ne soit ni français, ni issu du groupe. Ils contestent aussi le fait que sa nomination ait été encouragée par le groupe industriel concurrent Delta Airlines, par ailleurs actionnaire d’Air France-KLM à hauteur de 8,8%.

Le nouveau patron du groupe a par ailleurs négocié largement à la hausse son salaire, puisqu’il devrait toucher 4,25 millions d’euros par an, soit près de quatre fois plus que son prédécesseur. Si ce montant le hisse au niveau des standards européens, les pilotes dénoncent cette augmentation accordée au nouveau PDG alors que le groupe refuse par ailleurs d’accorder l’augmentation générales des salaires qu’ils réclament depuis des mois.

Le ministre de l’Economie et des Finances Bruno Le Maire a salué pour sa part la nomination d’un homme ayant le sens du dialogue et une grande connaissance du secteur aérien, choisi car correspondant au profil recherché par le groupe.

 

Le contexte

Air France-KLM est un groupe franco-néerlandais composé de deux compagnies aériennes qui ont fusionnée en 2004 : Air France et KLM. L’Etat français en est actionnaire à hauteur de 14%. Depuis quelques années, un différent oppose la direction du groupe à ses pilotes. Ces derniers ont organisé plusieurs grèves, exigeant 5,1% d’augmentation générale des salaires après six ans de gel des grilles salariales. Ce mouvement est régulièrement critiqué par certains qui estiment que les salaires des pilotes sont suffisamment importants (11 000 euros bruts par mois en moyenne).

En mai 2018, les salariés avait rejeté la proposition d’accord du patron d’Air France Jean-Marc Janaillac à 55%. Cet accord proposait des augmentations générales de salaire de 7% sur quatre ans, en plus des augmentations individuelles et dont le versement était conditionné aux résultats financiers de l’entreprise. Les syndicats avaient dénoncé un accord qui proposait des augmentations progressives pour l’avenir alors qu’eux demandaient un rattrapage immédiat des augmentations non réalisées les années précédentes.

Ayant annoncé qu’il présenterait sa démission en cas de rejet de l’accord, Jean-Marc Janaillac s’est donc exécuté, enclenchant le processus qui a mené à la nomination de Benjamin Smith. Ce dernier a commencé sa carrière au service clientèle de la compagnie aérienne Air Ontario, avant d’ouvrir une agence de voyage. Il a passé toute la suite de sa carrière à Air Canada, la principale compagnie du pays. Il prend d’abord la direction de la filiale Tango, puis est à l’origine en 2013 d’une autre compagnie au sein du groupe, Air Canada Rouge. Il entre en 2007 au sein du Conseil d’administration d’Air Canada dont il devient par la suite le numéro 2 du groupe. Il remplit les deux exigences principales fixées par le conseil d’administration d’Air France-KLM : connaître le secteur aérien et avoir un profil international.

 

Les définitions

Actionnaire : propriétaire d’une action, c’est-à-dire d’une part de la propriété d’une entreprise, ce qui lui confère le droit aux dividendes (fraction des bénéfices de l’entreprise touchée par les actionnaires) et au vote lors de l’Assemblée Générale.

Conseil d’administration : groupe de personnes morales ou physiques chargée de définir la stratégie globale d’une entreprise et de veiller à sa bonne application. Il peut également avoir pour rôle de nommer les dirigeants.

Filiale : entreprise contrôlée par une autre société dite société mère qui dispose d’un droit de vote suffisant en Assemblée Générale d’actionnaires pour imposer ses décisions.

Intersyndicale : rassemblement informel (c’est-à-dire n’ayant pas de statut juridique) de plusieurs syndicats dans le but de mener des actions communes.

 

 

SAMEDI 18 AOÛT –
L’ancien secrétaire général des Nations Unies et prix Nobel de la Paix Kofi Annan est décédé

 

Les faits

La famille de Kofi Annan et la Fondation Kofi Annan ont annoncé samedi dans un communiqué la mort de l’ancien secrétaire générale de l’ONU après une courte maladie. Parmi de multiples hommages à travers le monde, l’actuel secrétaire générale de l’ONU, le portugais António Guterres, a salué « une force qui guidait vers le bien ».

 

Le contexte

Kofi Annan a d’abord dirigé les ressources humaines, les affaires budgétaires puis le maintien de la paix à l’ONU. Il connaît alors plusieurs échecs, lors d’évènements tragiques considérés comme les deux épisodes les plus sombres de l’histoire des Nations-Unies.

Alors que les régimes communistes d’Europe de l’Est chutaient les uns après les autres, la Yougoslavie a explosé sous la montée des nationalismes. La Serbie a d’abord revendiqué la prééminence des serbes au sein de la Yougoslavie en raison de leur rôle historique dans la résistance à l’occupant turc ou allemand. La Slovénie a ensuite proclamé son indépendance et l’a obtenue après un rapide conflit contre l’Armée populaire Yougoslave (JNA) sous commandement serbe. La Croatie, elle, l’a arrachée plus difficilement, la JNA étant soutenue par les serbes présents en Croatie. En 1992, la Bosnie-Herzégovine a voté également son indépendance par référendum. Elle était alors composée presque équitablement de musulmans, de Croates catholiques et de Serbes orthodoxes. La majorité des Serbes ont boycotté le référendum, refusé de reconnaître les résultats – 99% en faveur de l’indépendance – et créé la République serbe de Bosnie. La Bosnie-Herzégovine a en revanche été reconnue par la communauté internationale et a adhéré aux Nations-Unies avec la Slovénie et la Croatie. Jusqu’aux accords de Dayton partageant fragilement en deux la République bosniaque entre Serbes et Croato-Musulmans, de nombreux massacres de part et d’autre ont marqué le conflit. Les casques bleus ont été complètement dépassés et l’ONU a peiné à réaliser l’ampleur du conflit. Kofi Annan, alors chef adjoint des opérations de maintien de la paix, a fait par la suite son mea culpa, reconnaissant de graves erreurs de jugement.

Le deuxième échec de Kofi Annan, qui est devenu responsable des opérations de maintien de la paix, a concerné la gestion du génocide rwandais. Pendant la période de colonisation du pays par l’Allemagne nationaliste au XIXe siècle, les Tutsis ont été investis, sur des bases morphologiques, d’une soi-disant supériorité raciale sur les Hutus. Les Belges chassant les Allemands, ils n’ont pas remis en cause pour autant cette hiérarchie qui a donc donné le pouvoir aux Tutsis à l’indépendance. Mais les Hutus, qui représentaient 80% de la population, n’entendaient pas être écartés du pouvoir : c’est pourquoi ils se sont révoltés. Leur supériorité numérique leur a permis de prendre le dessus à la fin des années 1950. Deux cent mille Tutsis sont alors chassés du territoire. Les Tutsis exilés du Front Patriotique Rwandais (FPR) ont ensuite essayé à plusieurs reprises de revenir par la force sur le territoire, chaque fois repoussés par les Hutus des Forces armées rwandaises (FAR) et entraînant des massacres de Tutsis restés au pays. En avril 1994, les présidents rwandais et burundais sont abattus par missile alors que leur avion s’apprêtait à atterrir à Kigali, la capitale du Rwanda. Cet évènement a marqué le début du génocide le plus rapide de l’histoire et le plus important en termes de morts par jour, faisant au total 800 000 victimes essentiellement Tutsis. L’ONU a là encore été dépassé par les évènements, Kofi Annan reconnaissant de nouveau des erreurs et une trop grande passivité des Nations-Unies.

Kofi Annan a été élu en 1996 secrétaire général des Nations-Unies. Au cours de son mandat, il a créé en 1998 la Cour pénale internationale par le Statut de Rome, malgré l’opposition des Etats-Unis et de la Russie qui à ce jour n’ont toujours pas ratifié le texte. En 2000, il a publié un rapport du millénaire, appelant les chefs d’Etat et de gouvernement à faire de la lutte contre la pauvreté et les inégalités la priorité du début du nouveau millénaire. Réélu en 2001, il a reçu la même année le prix Nobel de la paix conjointement avec l’ONU, pour son action pour la paix dans le monde.

Fin diplomate, il est parvenu en 1998 à obtenir du Président de la République d’Irak Saddam Hussein qu’il autorise les Nations-Unies à envoyer des inspecteurs visiter tout site irakien suspecté de produire des armes de destruction massive, et ce alors que les Etats-Unis voulaient bombarder le pays. En 2003, il a encore cherché à éviter la guerre en exhortant les Etats-Unis et le Royaume-Uni à ne pas envahir l’Irak sans le soutien des Nations-Unies, cette fois-ci sans succès. Les deux pays ont affirmé à tort avoir la preuve de la présence d’armes de destruction massive en Irak – beaucoup parlent même de mensonge – et ont engagé là-bas une guerre de huit ans pour, selon eux, lutter contre le terrorisme. Certains évoquent plutôt des intérêts économiques, et notamment pétroliers. Kofi Annan a déclaré cette guerre illégale en 2004.

Il a été mis en cause en 2005 pour corruption dans le programme « Pétrole contre nourriture ». Ce programme devait permettre à l’Irak de vendre du pétrole en échange de biens de consommations pour satisfaire les besoins humanitaires du peuple irakien. Saddam Hussein aurait détourné près de 1,8 milliards de dollars sous le nez de l’ONU en sept ans.

Il a quitté la direction de l’ONU en 2006 et a été nommé en 2012 médiateur en Syrie de l’ONU et de la Ligue arabe. Il en a démissionné au bout de cinq mois, regrettant que la militarisation sur le terrain et les dissentions entre les grandes puissances aient rendu sa mission impossible.

Il a fondé par ailleurs en 2007 la Fondation Kofi Annan, dont le but est de promouvoir une meilleure gouvernance mondiale et encourager les pays à un œuvrer en faveur de la paix mondiale. Il a également rejoint les Global Elders (« les sages »), fondés par l’ancien Président de la République d’Afrique du Sud et figure de proue de la lutte contre l’apartheid Nelson Mandela pour promouvoir la paix et les droits de l’homme dans le monde.

 

Les définitions

Apartheid : politique de ségrégation raciale conduite en Afrique du Sud par la minorité blanche à l’encontre de la majorité noire.

Casques bleus : surnom donné à la Force de maintien de la paix de l’Organisation des Nations-Unies en raison de la couleur de leur casque. Force militaire agissant sous les ordres du Conseil de Sécurité des Nations-Unies pour maintenir ou rétablir la paix et la sécurité internationale.

Maintien de la paix : action militaire ou policière décidée par les Nations-Unies ou par un ou plusieurs pays dans une crise dont ils ne sont pas les protagonistes.

Organisation des Nations-Unies : organisation internationale créée en 1945 et regroupant désormais 193 pays, dont l’objectif est d’assurer la paix et la sécurité internationale.

 

 

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