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La synthèse hebdo du 3 septembre

Publié le 03 septembre 2018, par Matthieu Devillard

AU PROGRAMME CETTE SEMAINE


– 1 –

Faut-il craindre la montée de l’extrême droite en Allemagne ?

– 2 –
Que retenir de l’accord de libre-échange entre les Etats-Unis et le Mexique ?

– 3 –
Pourquoi Nicolas Hulot a-t-il démissionné ?

 

 

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– LUNDI 27 AOÛT –
L’extrême droite se mobilise contre l’immigration de masse à Chemnitz en Allemagne

 

Les faits

L’extrême droite allemande a encore mobilisé 2000 personnes à Chemnitz lundi soir, à l’appel du Mouvement des Européens patriotes contre l’islamisation de l’Occident (Patriotische Europäer gegen die Islamisierung des Abendlandes, ou PEGIDA), pour protester contre l’immigration de masse. Des échauffourées ont eu lieu avec des membres de la gauche radicale, faisant 20 blessés. La veille, une première mobilisation avait déjà rassemblé plusieurs personnes dans un rassemblement qui avait évolué sous l’influence de groupes néo-nazis en une chasse aux étrangers, prenant à partie physiquement plusieurs migrants. Ces débordements ont été condamnés par la chancelière allemande Angela Merkel, qui était particulièrement visée par ces manifestations pour sa politique migratoire jugée trop laxiste. La police locale, accusée de collusion avec ces mouvances d’extrême droite, a été complètement débordée et a dû faire face à des individus parfois entraînés comme des groupes paramilitaires.

Un groupuscule locale nommé « Pro Chemnitz » a de nouveau appelé jeudi à une manifestation, qui s’est déroulée de manière plus apaisée. Samedi, deux nouveaux rassemblements, l’un d’extrême droite et l’autre pro-migrants, ont été organisés. Le premier, sans parvenir à la démonstration de force espérée, a malgré tout réussi à rassembler plus largement, soit 4500 personnes environ. Les deux manifestations se sont déroulées sans accrocs jusqu’à la dispersion des cortèges, où certains ont tenté de s’approcher de leurs opposants pour en découdre. L’intervention de la police a fait 9 blessés.

 

Le contexte

L’élément déclencheur de cette mobilisation a été une agression mortelle au couteau d’un allemand de 35 ans par un irakien, avec la complicité d’un syrien, dans la nuit du samedi 25 au dimanche 26. L’évènement a été révélé par la diffusion de l’un des deux mandats d’arrêt émis par la justice allemande à l’encontre des deux suspects. Après la fuite de ce document confidentiel, la police a été mise en cause directement par les autorités allemandes et accusée par beaucoup de collusion avec l’extrême droite. Un gardien de prison a finalement reconnu jeudi soir avoir photographié et diffusé le document dans un souci de vérité face à des médias et des autorités qui selon lui manipulent et mentent à la population sur la situation sécuritaire du pays.

L’Allemagne, qui depuis 2015 a largement ouvert ses frontières à l’accueil des migrants, en a accueilli 1,3 million en 3 ans. Cela avait déjà valu à Angela Merkel des virulentes critiques au sein même de sa coalition gouvernementale (voir la synthèse du 25 juin 2018). Le parti anti-immigration Alternative für Deutshland (AfD), également présent dans les manifestations de cette semaine, a profité ces dernières années de cette contestation, faisant même pour la première fois de son histoire son entrée au Bundestag en septembre 2017 (obtenant son meilleur score en Saxe, le Land dans lequel se situe Chemnitz). L’ampleur de la mobilisation de ces derniers jours, qui a vu plusieurs personnes faire le salut hitlérien, a eu un impact particulièrement marquant dans ce pays qui a connu le nazisme.

Au niveau européen, ces manifestations s’inscrivent dans un climat de tensions autour de la question des migrants. Les rapports de forces se sont notamment concentrés sur le sort des migrants secourus par l’Aquarius, et plus récemment par le Diciotti (voir la synthèse du 27 août 2018). Les passagers de ce dernier ont fini par être autorisés par le président du Conseil Giuseppe Conte, et contre l’avis du ministre de l’Intérieur Matteo Salvini, à débarquer en Sicile lundi. Mardi, le premier ministre Hongrois Viktor Orban, également opposé à l’immigration, a rencontré Matteo Salvini au cours de sa visite en Italie. Il l’a qualifié de « son héros » et chargé Emmanuel Macron, l’accusant d’être la tête de file des forces politiques soutenant l’immigration. Le Président français a répondu qu’ils avaient raison de voir en lui leur opposant principal, et qu’il ne cèdera rien aux nationalistes et aux discours de haine.

 

Les définitions

Bundestag : Chambre basse du Parlement allemand (l’équivalent de notre Assemblée Nationale).

Land : Etat fédéré de la République Fédérale d’Allemagne, qui dispose de nombreux pouvoirs et est doté de sa propre Constitution, son propre gouvernement et sa propre assemblée élue.

Mandat d’arrêt : ordre donné par le juge d’instruction aux forces de police ou de gendarmerie, de rechercher ou d’arrêter une personne mise en examen puis de la conduire dans une maison d’arrêt où cette personne sera détenue.

Migrant : pas de définition juridique reconnue. Selon l’ONU, personne qui a résidé dans un pays étranger pendant plus d’une année, quelles que soient les causes, volontaires ou involontaires, du mouvement, et quels que soient les moyens, réguliers ou irréguliers, utilisés pour migrer. Selon cette définition, une personne partant travailler plus d’un an à l’étranger est considérée comme migrant. Une personne reconnue comme fuyant une crise politique majeure dans son pays d’origine est dite réfugiée, tandis qu’une personne demandant le statut de réfugié est un demandeur d’asile.

PEGIDA : mouvement politique créé en 2014 en Allemagne pour protester contre l’immigration islamique en Allemagne.

Président du Conseil des Ministres : chef du gouvernement en Italie.

 

 

– MARDI 28 AOÛT –
Les États-Unis et le Mexique parviennent à un accord de libre-échange

 

Les faits

Après de longues semaines de négociations, les Etats-Unis et le Mexique ont annoncé un accord commercial, dans l’espoir d’être rejoints par le Canada pour donner naissance à un nouvel Accord de libre-échange nord-américain (Alena). Cet accord touche les secteurs de l’automobile, de l’agriculture, de la propriété intellectuelle et du droit du travail.

Sur l’automobile, l’accord prévoit désormais que 75% du contenu des automobiles devront provenir du Mexique ou des Etats-Unis – contre 62,5% jusque-là. 40% à 45% devront en outre être produits par des usines où les salaires sont d’au-moins 16 $ (14 €) de l’heure. Les usines qui ne respecteront pas cette règle seront soumises à une taxe de 2,5%. En revanche, Trump n’est pas parvenu à instaurer une possible abrogation de l’Alena tous les 5 ans, le nouvel accord prévoyant une validité de 16 ans révisée tous les 6 ans.

Le Canada était resté jusque-là en dehors des négociations, les désaccords à surmonter entre les Etats-Unis et le Mexique étant les plus nombreux. Certains craignent que les premières négociations déjà réalisées entre le Mexique et les Etats-Unis ne mettent le Canada devant un choix à prendre ou à laisser, ne lui laissant qu’une faible marge de manœuvre dans les négociations.

Les américains ont également affirmé leur volonté d’intégrer la question laitière aux négociations, exigeant notamment la fin des quotas annuels que le gouvernement canadien impose aux éleveurs pour maîtriser la production et le prix du lait.

Le Premier Ministre canadien Justin Trudeau a affirmé avoir eu une discussion constructive avec Donald Trump, précisant toutefois qu’un accord ne sera signé que s’il est bon pour le Canada. En cas de refus de cet accord, Donald Trump a brandi la menace de nouveaux droits de douane sur les voitures. La possibilité de deux accords différents, avec le Mexique d’un côté et le Canada de l’autre, n’est pas non plus exclue par les américains en cas d’échec des négociations tripartites.

La Ministre des Affaires Etrangères canadienne Chrystia Freeland s’est rendue à Washington dès mardi pour entamer les discussions, interrompant pour cela une tournée en Europe. Elle a vu comme un signe encourageant les avancées entre les Etats-Unis et le Mexique, notamment sur la question automobile autour de laquelle les différents entre les deux pays étaient les plus nombreux.

Alors que Donald Trump avait fixé la date butoir de vendredi pour qu’aboutissent les négociations, celles-ci ont toutefois été interrompues subitement après la confirmation de Trump via Twitter de propos ayant fuité dans la presse. Le Président américain y affirmait qu’il ne comptait faire aucune concession au Canada, mais qu’il ne fallait pas que cela se sache de peur que cela ne fasse échouer les négociations. Les négociations doivent toutefois reprendre à partir de mercredi.

 

Le contexte

Cet accord intervient alors que Trump a multiplié depuis son élection les sanctions douanières à travers le monde (voir la synthèse du 27 août 2018). Il avait également, à plusieurs reprises, critiqué la politique mexicaine ainsi que l’Alena. Il dénonçait en particulier les délocalisations des entreprises américaines au Mexique, où le coût salarial est moins élevé, entraînant la destruction de nombreux emplois aux Etats-Unis. Il avait donc exigé début 2017 une renégociation de l’Alena.

Les prochaines élections de mi-mandat aux Etats-Unis qui se tiendront le 6 novembre 2018 et qui prévoient le renouvellement de toute la Chambre des représentants ainsi que du tiers du Sénat américain, ont sans doute poussé Donald Trump à lâcher davantage de lest dans les négociations. Il avait en effet intérêt à ce que l’accord soit conclu le plus rapidement possible, de crainte de ne plus pouvoir bénéficier d’une majorité au Congrès après ces élections. Les mexicains, quant à eux, cherchaient également un aboutissement rapide des négociations afin de faire approuver l’accord par le Parlement avant la prise de fonction le 1er décembre du nouveau président mexicain élu, Andrés Manuel Lopez Obrador. C’est ce qui avait poussé Donald Trump à imposer initialement la date de vendredi pour conclure un accord avec le Canada. De son côté, Justin Trudeau à tout intérêt à se montrer ferme face à Donald Trump, dans la perspective des prochaines élections fédérales canadiennes dans un an où il cherchera sans doute à briguer un nouveau mandat.

 

 

Les définitions

ALENA (NAFTA en anglais : North American Free Trade Agreement ; TLCAN en espagnol : Tratado de Libre Comercio de América del Norte) : traité entré en vigueur en 1994 instituant une zone de libre-échange entre le Canada, les Etats-Unis et le Mexique. Cette zone génère aujourd’hui des échanges à hauteur de plus de 1 000 milliards de dollars (850 milliards d’euros) par an.

Chambre des représentants des Etats-Unis : Chambre basse des Etats-Unis (équivalent de notre Assemblée Nationale) exerçant avec le Sénat le pouvoir législatif.

Congrès des Etats-Unis : Parlement bicamérale des Etats-Unis, exerçant le pouvoir législatif et composé de la Chambre des représentants et du Sénat.

Droit de douane (ou tarifs douaniers) : impôt sur des marchandises importées, qui s’applique lorsque lesdites marchandises passent la frontière. Il peut être forfaitaire ou équivalent à un pourcentage du prix de la marchandise. Le droit de douane augmentant le prix des marchandises étrangères, il a pour objectif de favoriser la consommation des produits nationaux.

 

 

– MARDI 28 AOÛT –
Nicolas Hulot annonce sa démission du gouvernement à la surprise générale

 

Les faits

Nicolas Hulot a annoncé mardi sur France Inter, à la surprise générale, sa démission du poste de ministre de la transition écologique et solidaire, décision qu’il juge comme la plus douloureuse de sa carrière. S’il a affirmé avoir une immense amitié pour le gouvernement, et que celui-ci avait fait davantage en faveur de l’écologie que la plupart des autres gouvernements du monde, il a estimé que cela était encore insuffisant face à l’urgence de la situation. Il ajouté qu’il se sentait trop isolé dans son combat et qu’il ne voulait plus que sa présence au gouvernement donne l’impression que la France était à la hauteur de ces enjeux, alors que la France reste dans une stratégie de petit pas. Il faut selon lui changer complètement de paradigme et se saisir de ce sujet universel pour sauver la planète.

C’est sans doute la soudaineté de cette annonce qui a le plus surpris. Il n’a prévenu avant l’émission ni les journalistes qui s’apprêtaient à l’interroger, ni même Emmanuel Macron et Edouard Philippe – de peur que ceux-ci ne parviennent à le convaincre de renoncer à cette décision.

Il a également expliqué qu’un évènement a précipité son choix, qui murissait toutefois depuis de longs mois. La veille de l’émission, lors d’un rendez-vous prévu avec Emmanuel Macron à propos de sa réforme de la chasse, il se rend compte que les chasseurs comptent dans leur délégation un lobbyiste, Thierry Coste, qui n’était selon lui pas invité à la réunion – l’intéressé prétend cependant l’inverse. Pour Nicolas Hulot, cela est symptomatique de la place des lobbyistes dans les cercles de pouvoirs, empêchant de se saisir pleinement du problème.

Emmanuel Macron a affirmé respecter la liberté de son ancien ministre et conserver la même détermination pour poursuivre son action en matière d’écologie. Edouard Philippe a exprimé son plaisir à travailler avec Nicolas Hulot, avec qui il estime également que le gouvernement est parvenu à des avancées notables. Le premier ministre a annoncé le lendemain qu’il allait réfléchir à un remaniement du gouvernement à la suite de l’annonce de Nicolas Hulot. Le séminaire de rentrée du gouvernement, prévu de longue date pour vendredi, a été reporté.

Le gouvernement a proposé à Daniel Cohn Bendit, l’icône de Mai 68 (voir notre première fiche Focus), de prendre la suite de Nicolas Hulot. De nombreuses réactions s’en sont offusquées, rappelant d’anciens propos pédophiles que Cohn Bendit avait tenus il y a quelques années. L’intéressé a annoncé vouloir prendre le temps de la réflexion, pensant ne pas être fait pour être ministre mais désirant aider le gouvernement d’Emmanuel Macron.

 

Le contexte

Nicolas Hulot a commencé sa carrière comme reporter, se faisant connaître en animant l’émission Ushuaïa sur TF1 de 1987 à 2011. A partir des années 2000, il s’est rapproché de la politique, avec notamment des missions diplomatiques sur les questions écologiques auprès des Président Chirac et Hollande. Il propose en 2007, via sa Fondation Nicolas Hulot (FNH), un pacte écologique aux candidats à la présidentielle contenant 10 objectifs et 5 propositions en faveur du développement durable, charte signée par les trois principaux candidats Nicolas Sarkozy, François Bayrou et Ségolène Royal. Il est battu en 2011 par Eva Joly lors de la primaire d’Europe Ecologie les Verts en vue des élections présidentielles de l’année suivante. Il entre au gouvernement comme ministre de l’écologie en mai 2017 après l’élection d’Emmanuel Macron.

En 14 mois, Nicolas Hulot est parvenu entre autres à programmer la fin de l’exploitation des hydrocarbures sur le sol français d’ici 2040, à intégrer dans la loi sur l’agriculture et l’alimentation – qui est encore en cours d’examen au Parlement – l’obligation d’intégrer au moins 20% des produits biologiques dans les menus des restaurant collectifs d’ici 2022, et à présenter début juillet un plan de sauvegarde de la biodiversité prévoyant la fin de l’utilisation de certains objets en plastique non biodégradable à usage unique. Le gouvernement a également abandonné le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes auquel il était opposé.

La réforme de la chasse pour laquelle Nicolas Hulot s’est rendu à l’Elysée la veille de sa démission prévoit notamment d’accorder aux chasseurs des permis à moitié prix et une refonte du système des quotas d’animaux chassables. En contrepartie, une charte éthique sur de la chasse à courre devrait voir le jour.

Thierry Coste est un ancien agriculteur, devenu le représentant de la Fédération nationale des chasseurs (FNC). Il a été proche des trois derniers présidents, ainsi que de nombreux députés de droite comme de gauche pour défendre la cause des chasseurs.

 

 

Les définitions

Hydrocarbures : dans le langage courant, pétrole et gaz naturel. Scientifiquement, molécules organiques composées de carbone et d’hydrogène.

Lobby (de l’anglais signifiant « couloir » ou « vestibule ») : groupe de pression cherchant à influer sur les élus et les pouvoirs publics. Les lobbies sont apparus au début du XIXe siècle avec la création du Parlement du Royaume-Uni. Les anglo-saxons considèrent que la politique est la somme des intérêts particuliers, intégrant les lobbies comme des représentants naturels de ces derniers. En France, les lobbies ont une moindre importance car l’on considère que l’intérêt général prédomine sur les intérêts particuliers. Leur dénomination juridique officielle est « représentants d’intérêts ».

 

 

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