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La synthèse hebdo du 17 septembre

Publié le 17 septembre 2018, par Matthieu Devillard

AU PROGRAMME CETTE SEMAINE

 

– 1 –

Pourquoi le torchon brûle-t-il entre l’Union Européenne et la Hongrie ?

– 2 –

Quels enjeux derrière la reconnaissance de la responsabilité de l’Etat français dans la mort de Maurice Audin pendant la guerre d’Algérie ?

 

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– MERCREDI 12 SEPTEMBRE –

LE PARLEMENT EUROPEEN VOTE LE DECLENCHEMENT DE L’ARTICLE 7 DU TRAITE SUR L’UNION EUROPEENNE A L’ENCONTRE DE LA HONGRIE

 

Les faits

Le Parlement européen a demandé au Conseil Européen de lancer une procédure de sanction à l’encontre de la Hongrie, au titre d’un risque de violation grave de l’Etat de droit. L’adoption de cette procédure a rassemblé 448 suffrages favorables, contre 197 défavorables et 48 abstentions. Ses soutiens du Premier Ministre hongrois Viktor Orbán ont été les parlementaires anti-européens et anti-immigration. Son propre parti, le Parti Populaire Européen (PPE), ne l’a en revanche pas soutenu, avec 9 votes favorables, 3 défavorables et 5 abstentions.

 

Le contexte

Ce vote faisait suite au rapport d’une députée écologiste néerlandaise, Judith Sargentini, publié le 4 juillet sur la question de l’Etat de droit en Hongrie. Elle y dénonce entre autres un système de bâillonnement des médias, de contrôle de la justice, de mauvais traitement des migrants, de corruption, etc.

Viktor Orbán s’est défendu mardi devant les députés en dénonçant un rapport qui bafoue l’honneur de la Hongrie et une condamnation, sous forme de chantage, de tout un pays et de tout un peuple. Il a affirmé que le rapport contenait 37 erreurs et dénoncé une procédure qui aurait pour but de se venger des Hongrois qui l’ont réélu.

Une telle procédure n’a été déclenchée qu’une seule fois, fin 2017, par la Commission Européenne à l’encontre de la Pologne. Cette dernière avait alors voté une loi sur la Cour Suprême, prévoyant la retraite d’office de tous les juges âgés de plus de 65 ans (30% des effectifs de l’institution), une décision vue comme une atteinte à l’indépendance du pouvoir judiciaire et donc à la séparation des pouvoirs.

Si le vote revêt une force symbolique importante, les chances que la procédure aboutisse sont maigres. Elle nécessiterait en effet la majorité de 4/5e des pays membres au Conseil Européen, qui permettraient d’entamer un dialogue au cours duquel la Hongrie serait invitée à prouver ses progrès en matière de respect de l’Etat de droit. Si ces derniers étaient jugés insuffisants, le Conseil Européen serait saisi pour décider de sanctions qui pourraient aller, en cas d’unanimité de tous les pays membres sauf la Hongrie, jusqu’à la suspension du droit de vote du pays au sein de l’Union.

Tout cela intervient dans le contexte d’une Europe plus que jamais divisée, notamment autour de la question migratoire. Deux camps se sont notamment confrontés autour du sort des migrants recueillis en Méditerranée par l’Aquarius et le Diciotti (voir la fiche du 27 août 2018). Viktor Orbán et le Ministre de l’Intérieur italien Mateo Salvini apparaissent comme les chefs de file du courant anti-immigration, tandis qu’Emmanuel Macron se positionne comme le leader de la lutte contre les mouvements nationalistes. Il a d’ailleurs reçu la Chancelière allemande Angela Merkel à Marseille le jeudi 6 septembre pour discuter de ces questions migratoires.

Les partis favorables à une plus grande fermeté sur l’immigration gagnent en influence dans de nombreux pays, ce qui fait dire à certains que les élections européennes de 2019 auront un goût de référendum sur l’immigration. Le dimanche 9 septembre, les législatives en Suède ont encore marqué une percée de l’extrême droite avec 17,7% des voix – un score cependant moins important qu’elle ne l’espérait. Par ailleurs, un sondage Odoxa pour Le Figaro et France Info place le Rassemblement National (RN) de Marine Le Pen juste derrière La République En Marche (LREM) pour les élections européennes. Par ailleurs, une agression au couteau commise dimanche 9 septembre à Paris par un homme de nationalité afghane faisant 7 blessés dont 4 graves, a également alimenté le débat sur les liens entre immigration et insécurité.

 

Les définitions

Commission européenne : organe exécutif de l’Union Européenne (UE) dont le siège est à Bruxelles et qui réunit l’ensemble des commissaires européens (un par Etat membre de l’Union Européenne).  Son rôle est essentiellement de proposer et de mettre en œuvre les politiques de l’Union Européenne. Ces derniers sont nommés par le Conseil Européen (qui est composé de tous les chefs d’Etat des pays membres de l’Union Européenne) et validés par le Parlement Européen (dont nous élisons les députés lors des élections européennes).

Conseil européen : institution de l’Union Européenne (UE) qui réunit l’ensemble des chefs d’Etat ou de gouvernement des 28 pays membres, dont le but est de définir les grands axes de la politique européenne en matière surtout de politique étrangère.

Cour suprême : nom donné dans certains pays à la plus haute institution judiciaire.

Elections européennes : élections désignant les députés européens qui formeront le Parlement européen.

Etat de droit : système dans lequel les institutions sont soumises au droit remplissant les conditions d’indépendance de la justice, d’égalité des individus devant la loi et la hiérarchisation des normes.

Parlement européen : organe parlementaire de l’Union européenne (UE) dont le siège est à Strasbourg et qui rassemble l’ensemble des 751 députés élus tous les cinq ans. Il partage le pouvoir législatif avec le Conseil de l’Union Européenne (différent du Conseil européen, il réunit les gouvernements des différents pays membres).

Parti Populaire Européen (PPE) : parti politique européen libéral-conservateur rassemblant un ensemble de parti nationaux de droite et du centre-droit. C’est le parti auquel adhère, au niveau européen, le parti français Les Républicains (LR).

 

 

 

– JEUDI 13 SEPTEMBRE –

EMMANUEL MACRON RECONNAIT LA RESPONSABILITE DE LA FRANCE DANS LA MORT DE MAURICE AUDIN

 

Les faits

Emmanuel Macron s’est rendu auprès de Josette Audin, veuve de Maurice Audin, afin de lui demander pardon au nom de la France pour la mort de son mari et lui remettre un document reconnaissant que ce dernier est mort sous la torture du fait du système institué alors en Algérie par la France. L’Elysée souligne que le texte rend cependant honneur à la majorité des militaires français qui n’ont pas pratiqué la torture et qui subissent un amalgame. L’Elysée a également annoncé l’ouverture de toutes les archives concernant les disparus en Algérie. Les réactions ont été variés en France. Pierre Laurent, Secrétaire national du Parti Communiste, a par exemple salué la fin d’un mensonge de 61 ans, tandis que Marine le Pen a dénoncé pour sa part un acte de division.

 

Le contexte

La guerre d’Algérie s’est déroulée de 1954 à 1962, opposant le Front de Libération Nationale (FLN) à l’armée française. En 1954, l’Algérie est encore une colonie française, alors qu’un mouvement mondial de décolonisation voit peu à peu les peuples colonisés s’émanciper des métropoles. La France vient d’ailleurs de perdre l’Indochine. Elle est composée à 90% d’arabo-berbères musulmans, les 10% sont des pieds-noirs. Ces derniers représentent, malgré leur infériorité numérique, 50% des représentants de l’assemblée. Les disparités économiques sont également importantes entre les deux populations.

Les 1er novembre 1954, 70 attentats sont revendiqués par le FLN. L’évènement sera appelé la Toussaint Rouge. Au début de la guerre, le gouvernement français gère la situation comme un simple problème intérieur. Il n’envoie l’armée – 400 000 soldats – que l’année suivante, en 1955, alors que les attentats se multiplient des deux côtés. La France se divise autour de la question de l’envoi de l’armée. Il en va de même des algériens, partagés entre le soutien au FLN ou à l’armée française. La guerre s’enlise.

Le Général Charles de Gaulle, retiré de la politique depuis 1947, est rappelé au pouvoir en 1958. Il accepte à la condition d’un changement de Constitution, qui donnera naissance à la Ve République. Au départ, de Gaulle se montre favorable à la conservation de l’Algérie française. Son discours d’Alger, où il adresse le fameux « Je vous ai compris ! » aux pieds-noirs, défend l’Algérie française et appelle les algériens à la fraternité.

Mais peu à peu, le Général de Gaulle va changer de politique, ce qui sera vécu comme une trahison par de nombreux pieds noirs. Déçus, certains généraux de l’armée française créeront même l’Organisation de l’Armée Secrète (OAS) à l’origine du putsch des généraux en 1961. Le FLN devient peu à peu l’unique interlocuteur du Général de Gaulle pour envisager une issue à la guerre et débouchera, après d’intenses négociations, sur les accords d’Evian proclamant l’indépendance de l’Algérie en 1962. Les pieds noirs sont alors chassés d’Algérie et arrivent en France où rien n’est prévu pour les accueillir. Finalement, la guerre aura fait, selon les estimations, 300 000 morts algériens et 10 000 français.

Maurice Audin était un jeune mathématicien français, membre du Parti communiste algérien et père de 3 enfants. Soupçonné d’aider le FLN, il a été arrêté en 1957. L’armée a prétendu ensuite que celui-ci s’était évadé, version à laquelle sa femme n’a pas cru. Un comité Maurice Audin a été créé en 1957 par une centaine d’intellectuels pour éclairer les circonstances de sa mort. Henri Alleg, journaliste communiste, a publié en 1958 un livre pour dénoncer la torture en Algérie, dans lequel il prétendait que le militant avait été torturé par l’armée française. Maurice Audin est peu à peu devenu un symbole de la dénonciation de la torture pendant la guerre d’Algérie.

Ce mea culpa s’inscrit dans la lignée de plusieurs reconnaissances de culpabilité successives par l’Etat français depuis Jacques Chirac. Ce dernier avait notamment reconnu en 1995 la responsabilité de la France dans la déportation des juifs, à l’occasion du 53e anniversaire de la rafle du Vélodrome d’Hiver (dite du Vel d’Hiv). Emmanuel Macron avait pour sa part qualifié la colonisation de crimes contre l’humanité, provoquant la colère notamment des pieds noirs.

Ces reconnaissances de culpabilité sont en effet souvent critiquées. Certains regrettent une relecture n’insistant que sur les pages sombres de l’histoire et un discours encourageant parmi les français un sentiment de honte et de rejet plutôt que de fierté vis-à-vis de leur pays. Ils dénoncent également le fait que l’accent soit toujours mis sur les dérives françaises, oubliant les dérives également pratiquées par leurs adversaires et que ces derniers ne sont pas prêts à reconnaître –l’Etat algérien ne reconnaît pas la pratique de la torture par le FLN. Enfin, selon eux, le contexte de guerre – pour l’Algérie, la volonté de mettre un terme à une multitude d’attentats – est trop souvent passé sous silence.

 

Les définitions

Crime contre l’humanité : violation délibérée et ignominieuse des droits fondamentaux d’un individu ou d’un groupe d’individus inspirée par des motifs politiques, philosophiques, raciaux ou religieux (meurtre, extermination, esclavage, déportation, viol, torture, esclavage sexuelle, prostitution forcée, grossesse forcée, persécution sur des critères politiques, raciaux, ethnique ou religieux). Cette notion est née durant les procès de Nuremberg, qui a jugé en 1945 les 24 principaux responsables du IIIe Reich.

Front de Libération Nationale (FLN) : mouvement nationaliste algérien revendiquant l’indépendance de l’Algérie.

Pieds-noirs : français – et européens – installés en Algérie pendant la colonisation.

Putsch des généraux : tentative échouée de coup d’Etat par une partie de l’armée en Algérie et menée par les généraux Maurice Challe, Edmond Jouhaud, Raoul Salan et André Zeller.

Rafle du Vélodrome d’Hiver (ou du Vel d’Hiv) : rafle au cours de laquelle 13 000 juifs ont été arrêtés et déportés en 1942, sur ordre du gouvernement de Vichy et à la demande du Troisième Reich

 

 

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