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La synthèse hebdo du 24 septembre

Publié le 24 septembre 2018, par Matthieu Devillard

AU PROGRAMME CETTE SEMAINE

 

 1 –

Que change l’accord signé par la Russie et la Turquie sur la Syrie ?

– 2 –

Pourquoi le troisième sommet entre les dirigeants de Corée du Nord et Corée du Sud était-il important ?

– 3 –

Que retenir du sommet de Salzbourg, alors que l’Union Européenne se déchire sur les questions des migrants et du Brexit ?

 

 

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– LUNDI 17 SEPTEMBRE –

LA RUSSIE ET LA TURQUIE PARVIENNENT A UN ACCORD SUR LA SYRIE

Les faits

Les présidents turc Recep Tayyip Erdogan et russe Vladimir Poutine, sont parvenus à un accord lundi pour créer une zone démilitarisée de 15 à 20 kilomètres de large entre les territoires rebelles autour d’Idleb et les zones tenues par le régime syrien de Bachar el-Assad. Cet accord, qui entrera en vigueur le 15 octobre, doit entraîner le retrait des combattants radicaux par l’armée turque et la police militaire russe. La Syrie, qui s’est déclarée satisfaite par cet accord, ne devrait donc finalement pas mener d’offensive contre Idleb.

 

Le contexte

Cet accord apparaît comme une avancée pour tous les acteurs après l’échec du sommet de Téhéran (Iran) le 7 septembre entre la Russie, la Turquie et l’Iran, qui n’avaient alors pas trouvé de terrain d’entente (voir la synthèse du mardi 10 septembre 2018). L’Iran s’est d’ailleurs également déclaré satisfait par l’accord.

Des craintes subsistent pourtant pour certains observateurs. L’accord prévoit certes le départ du principal groupe rebelle, Hayat Tahrir al-Cham, que la Russie et la Turquie considèrent comme une organisation terroriste. En revanche, le sort du Front National de Libération, créé en mai avec l’aide de la Turquie mais que le Syrie veut chasser d’Idleb, n’est pas précisé dans l’accord.

 

Les définitions

Hayat Tahrir al-Cham (Organisation de Libération du Levant) : principal groupe rebelle islamiste de la guerre syrienne, regroupant près de 30 000 hommes et descendant du Front al-Nosra. En 2016, ce dernier rompt avec al-Qaida – en accord avec ce dernier – et prend le nom de Fatah al-Cham, espérant ainsi pouvoir fusionner avec d’autres groupes rebelles. Il y parviendra en 2017 avec une partie d’entre eux, formant Hayat Tahrir al-Cham. La Syrie, la Russie et l’Iran continuent cependant de désigner le groupe par le nom d’al-Nosra.

Front National de libération : groupe né en mai 2018 de la fusion de onze autres groupes rebelles et regroupant près de 30 000 combattants.

 

– LUNDI 17 SEPTEMBRE –

LE TROISIEME SOMMET INTERCOREEN SE TIENT A PYONGYANG

Les faits

Le président sud-coréen Moon Jae-in s’est rendu mardi à Pyongyang (Corée du Nord) pour rencontrer le Leader Suprême nord-coréen Kim Jong-un. Ce dernier y a annoncé une visite à Séoul dans un avenir proche. Le dirigeant du Nord a également accepté de fermer, de façon permanente et en présence d’experts des nations concernées, son site de test de moteurs de missiles et son pas de tirs de Sohae (ou Tongchang-ri), au Nord-Ouest du pays. Il a également envisagé la fermeture de son site nucléaire de Yongbyon – également situé au Nord-Ouest du pays – qui abrite l’unique réacteur du pays ainsi que des installations de recherche sur l’atome. Kim Jong-un a cependant soumis la fermeture de son site nucléaire à la condition que soient prises des mesures équivalentes par les Etats-Unis, sans préciser lesquelles. L’accord engageait également les deux pays à réduire les tensions militaires, engager régulièrement des réunions de familles divisées par la guerre et travailler sur des projets de connexions ferroviaires et routières. Moon Jae-in s’est félicité de la détermination de la Corée du Nord, notamment sur le sujet de la dénucléarisation, tandis que Donald Trump a jugé enthousiasmante la déclaration intercoréenne.

 

Le contexte

Le dégel des relations entre les deux Corées, et entre les Etats-Unis et la Corée du Nord (voir la synthèse du 18 juin 2018), faisait face depuis quelques semaines à un enlisement des négociations, notamment sur la question nucléaire. Fin août, le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo avait même renoncé à une visite à Pyongyang faute de résultats tangibles.

Moon avait par ailleurs besoin que ce sommet débouche sur des avancées notables, afin de ne pas voir sa côte de popularité continuer de chuter, ni arriver sans résultat tangible à la rencontre prévue le 24 septembre avec Donald Trump. Cependant, si de nombreux missiles ont été lancés depuis la base militaire de Sohae, certains experts relativisent la portée de l’accord et rappellent que des missiles ont aussi été envoyés depuis l’aéroport international de Pyongyang ou d’autres sites. Certains estiment même que la base de Sohae est un point aujourd’hui moins stratégique qu’elle ne l’a été par le passé. Le manque de précision dans les conditions exigées par la Corée du Nord pour démanteler son site de Yongbyon est également un élément qui permet selon eux de relativiser la portée de l’accord.

 

Les définitions

Réaction nucléaire : phénomène de transformation de noyaux atomiques (nucléons) sous l’action de particules (neutrons, protons, etc.). Il existe deux types de réactions nucléaires : la fission et la fusion. La fission est utilisée pour la bombe atomique, dite « bombe A » : un bombardement de neutrons entraîne l’éclatement des noyaux d’uranium en deux noyaux plus légers et quelques particules élémentaires – c’est la fission – et dégage par la même occasion de la chaleur – c’est-à-dire de l’énergie. 1 gramme d’uranium 235 dégage autant d’énergie que la combustion de plusieurs tonnes de charbon. Le deuxième type de bombe nucléaire existant est la bombe à hydrogène, ou « bombe H », qui utilise la réaction par fusion. La fusion nucléaire consiste à l’inverse à unir deux ou plusieurs noyaux atomiques légers. La fusion a besoin d’une grande quantité de chaleur (entre 100 et 200 millions de degrés) pour vaincre les intenses forces répulsives des noyaux – l’énergie des étoiles, et donc du soleil, provient ainsi de ce phénomène de fusion. Paradoxalement, pour créer une bombe H, la fission permet d’atteindre ces températures nécessaire à la fusion. L’énergie alors libérée par la fusion est 10 fois supérieure à celle libérée par fission. La fusion présente l’avantage de créer, à partir de faibles quantités de matière première, de très importantes quantité d’énergie sans émettre de gaz à effet de serre. Mais la nécessité d’atteindre des températures gigantesques présente un danger tout aussi important en cas de contrôle défectueux du processus.

Sécrétaire d’Etat des Etats-Unis : chef du département d’Etat des Etats-Unis, qui est chargé des relations internationales. Il est l’équivalent de notre ministre des affaires étrangères.

 

– MERCREDI 19 SEPTEMBRE –

LES CHEFS D’ETAT ET DE GOUVERNEMENT DE L’UNION EUROPEENNE SE RETROUVENT AU SOMMET DE SALZBOURG

 

Les faits

Le sommet de Salzbourg (Autriche) s’est tenu mercredi et jeudi dans un climat de tension entre les pays européens, notamment sur la question des migrants et du Brexit. Si aucune déclaration commune n’était prévue, ces deux sujets ont été au cœur des discussions. Concernant le Brexit, les dirigeants européens ont notamment rejeté le plan de sortie du Royaume-Uni de l’Union Européenne que la Première Ministre britannique Theresa May avait proposé en juillet. Ils lui ont demandé de revenir avec d’autres propositions le 18 octobre, date de la prochaine réunion du Conseil Européen. Si ces propositions sont jugées satisfaisantes, un autre sommet sera organisé en novembre pour finaliser l’accord. Theresa May a réaffirmé sa volonté de travailler à un accord, tout en dénonçant l’attitude de l’UE à qui elle reproche d’avoir rejeté son plan sans faire de contre-proposition et de refuser de faire des concessions. Elle a également déclaré qu’une absence d’accord serait préférable à un mauvais accord.

 

Le contexte

Concernant le Brexit, les deux principaux points d’achoppement sont la frontière entre l’Irlande du Nord et le reste du Royaume-Uni, et la question du libre-échange entre l’Union Européenne et le Royaume-Uni. Or, le temps est compté pour ces négociations. Si aucun accord n’est trouvé avant le 29 mars 2019, le Royaume-Uni sortira de l’Union Européenne en renonçant à la totalité des attributs associés jusque-là à son statut d’Etat membre de l’UE.

Concernant la question irlandaise, afin de respecter l’accord qui avait mis fin au conflit nord-irlandais en 1998, les deux parties s’accordent pour ne pas rétablir une frontière physique entre la province britannique d’Irlande du Nord – qui fait partie du Royaume-Uni et donc sortira de l’Union Européenne – et la République d’Irlande – qui est indépendante et restera dans l’UE. Mais l’UE demande l’instauration d’un backstop (filet de sécurité), consistant à garantir un alignement règlementaire de l’Irlande du Nord sur l’UE, ce que Theresa May refuse. De son côté, la Première Ministre britannique proposait que le Royaume-Uni renonce à la libre circulation des personnes mais conserve la libre circulation des biens avec l’UE.

Theresa May est par ailleurs en difficulté au Royaume-Uni. Les élections législatives anticipées ont vu son parti (le Parti conservateur), largement favori au départ, perdre finalement la majorité et devoir négocier une alliance avec un autre parti, le Parti Unioniste Démocrate, pour se maintenir au pouvoir. Elle est également contestée dans son propre camp. Deux membres de son gouvernement – le ministre du Brexit David Davis et le ministre des Affaires Etrangères Boris Johnson – ont démissionné début juillet lorsque Theresa May a annoncé son plan, jugeant que celui-ci mettait le Royaume-Uni en position de faiblesse dans les négociations. Le parti conservateur, divisé entre ceux qui considèrent indispensable de trouver un accord avant la sortie et ceux qui trouvent que le plan de Theresa May accorde trop de concessions à l’UE, doit se réunir en congrès le 30 septembre. Le rejet de l’accord met la Première Ministre dans une situation délicate à l’approche de ce congrès. Le Parti travailliste, dont le congrès se tient du 23 au 16 septembre, est également largement divisé sur la question d’un nouveau référendum sur la sortie du Royaume-Uni de l’UE.

Le conflit nord-irlandais, qui est la source des difficultés à trouver un accord, a trouvé son origine dans un mouvement pour les droits civiques dans les années 60, qui dénonçait la ségrégation confessionnelle subie par la minorité catholique. Il a cependant véritablement débuté en 1968 et opposé les républicains (catholiques) rejetant la présence britannique et les loyalistes (protestants) favorables à une union politique avec le Royaume-Uni. Des groupes paramilitaires se sont formés des deux côtés (l’Irish Republican Army (IRA) côté républicain et l’Ulster Volunteer Force côté loyaliste), entraînant la région dans un conflit armé. L’accord du Vendredi Saint, en 1998, a mis fin au conflit par la reconnaissance par le gouvernement britannique de la « dimension irlandaise », principe selon lequel le peuple de l’île d’Irlande est reconnu capable de résoudre seul ses difficultés entre le Nord et le Sud (la République d’Irlande, majoritairement catholique). L’Irlande du Nord demeure toutefois l’une des quatre nations constitutives du Royaume-Uni avec l’Angleterre, l’Ecosse et le Pays-de-Galles et se dote alors d’un gouvernement consociatif.

Concernant les migrants, l’Europe se déchire depuis plusieurs semaines (voir la synthèse du 17 septembre 2018). Deux nouvelles illustrations de ces tensions sur la question se sont déroulées cette semaine. Dimanche 23 septembre, le bateau humanitaire l’Aquarius, qui cherchait à secourir 47 migrants au large de la Lybie, a eu un accrochage important avec les garde-côtes libyens qui ont pour mission, à la demande de l’UE, d’empêcher les départs de migrants vers l’Europe.

Le débat houleux qui a opposé Eric Zemmour à Hapsatou Sy dimanche 16 septembre sur le plateau des Terriens du dimanche est également une illustration de l’aspect passionné de la question migratoire. Eric Zemmour y défendait la thèse selon laquelle, face à une immigration qui modifie la culture française, les parents doivent notamment donner à leurs enfants un prénom français dans un but d’assimilation. A son interlocutrice qui lui objectait que s’appeler Hapsatou ne l’empêchait pas d’aimer la France, il a répondu que ses parents avaient eu tort de la nommer ainsi, ajoutant même que son prénom était une insulte à la France. Dans les jours qui ont suivi, une pétition pour priver Eric Zemmour d’apparition dans les médias a atteint 200 000 signatures.

 

Les définitions

Assimilation (culturelle) : forme d’acculturation par laquelle un étranger ou une minorité s’intègre à un groupe social plus large en adoptant ses caractéristiques culturelles, sa langue et ses valeurs et en abandonnant son ancienne façon de vivre.

Conseil européen : institution de l’Union Européenne (UE) qui réunit l’ensemble des chefs d’Etat ou de gouvernement des 28 pays membres, dont le but est de définir les grands axes de la politique européenne en matière surtout de politique étrangère.

Consociationalisme : forme que prennent les systèmes politiques démocratiques dans les sociétés profondément divisées, lorsqu’un partage du pouvoir parvient à s’opérer entre leurs élites hors de toute logique majoritaire et en dépit des clivages religieux, linguistiques ou ethniques qui peuvent exister par ailleurs.

Parti conservateur et unioniste (Royaume-Uni) : parti politique du Royaume-Uni, libéral-conservateur et classé à droite. Il est, avec le Parti travailliste, un des deux principaux partis du pays.

Parti travailliste (Royaume-Uni) : parti politique du Royaume-Uni de gauche et centre-gauche. Il est, avec le Parti conservateur, un des deux principaux partis du pays.

 

 

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