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La synthèse hebdo du 8 octobre

Publié le 08 octobre 2018, par Matthieu Devillard

AU PROGRAMME CETTE SEMAINE

 


– 1 –

Pourquoi le Ministre de l’Intérieur Gérard Collomb a-t-il démissionné ?

 

– 2 –

Qui sont Denis Mukwege et Nadia Murad, à qui a été remis cette année le Nobel de la Paix ?

 

– 3 –

Pourquoi la simple nomination de Brett Kavanaugh à la Cour Suprême va-t-elle avoir un impact majeur sur la politique américaine ?

 

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– MERCREDI 3 OCTOBRE –

EMMANUEL MACRON ACCEPTE LA DEMISSION DE GERARD COLLOMB

Les faits

Dans la nuit du 2 au 3 octobre, peu après minuit, Emmanuel Macron a finalement accepté la démission de Gérard Collomb de son poste de Ministre de l’Intérieur. Le Premier Ministre Edouard Philippe va assurer l’intérim en attendant la nomination d’un nouveau ministre. L’opposition n’a pas manqué de se dire inquiète de l’absence de successeur alors que l’insécurité semble à son paroxysme dans le pays. Lors de la passation de pouvoir entre Gérard Collomb et Edouard Philippe, le premier a longuement décrit une situation très dégradée, où les gens vivent aujourd’hui « côte à côte » et pourrait vivre demain « face à face ». Il a également défendu son bilan et appelé de ses vœux l’adoption d’une vision d’ensemble plutôt qu’un travail commune par commune comme c’est selon lui le cas actuellement. L’intervention d’Edouard Philippe a à l’inverse été assez brève, se concluant par une poignée main que beaucoup ont jugée, à l’image de la cérémonie, assez tendue entre les deux hommes.

 

Le contexte

Gérard Collomb est un ancien membre du Parti Socialiste (PS) avec lequel il a été député puis sénateur, mais surtout Maire de Lyon à partir de 2001 et jusqu’à sa nomination au ministère de l’Intérieur en 2017 – ainsi que Président de la Métropole de Lyon entre 2015 et 2017. Il est considéré comme l’un des premiers soutiens d’Emmanuel Macron lors de la présidentielle de 2017, ce qui le poussera à rejoindre La République En Marche (LREM). Nommé Ministre de l’Intérieur après l’élection présidentielle, il était également « numéro 2 » du gouvernement.

Les premiers désaccords entre Emmanuel Macron et Gérard Collomb remontent au projet très impopulaire – début 2018 – de limiter la vitesse à 80km/h sur les routes secondaires à double sens sans séparateur central, à propos de laquelle Gérard Collomb ne cache pas son désaccord. En juillet, lors de l’affaire Benalla (voir la synthèse du 1er octobre 2018) et Gérard Collomb a rejeté toutes les responsabilités sur le préfet de police de Paris et le directeur de cabinet d’Emmanuel Macron, ce qui est considéré comme la première véritable rupture. Interrogé sur la baisse de popularité du Président, Gérard Collomb a ensuite publiquement invité l’exécutif à plus d’humilité et d’écoute des français, décrivant par ailleurs un Président isolé auquel peu de monde peut encore parler franchement.

Cette démission arrive au plus mauvais moment pour Emmanuel Macron, dont la popularité est au plus bas. Elle arrive un mois seulement après le remaniement ministériel dû à la démission de Nicolas Hulot et Laura Flessel (voir la synthèse du 10 septembre 2018). Par ailleurs, ce sont deux députés Les Républicains (LR) qui ont été élus le 1er octobre à la vice-présidence de l’Assemblée Nationale. Il s’agit d’un camouflet particulièrement important pour Emmanuel Macron et LREM car c’est la première fois dans l’histoire de la Ve République que ces postes ne reviennent pas à la majorité. Cela traduit surtout le manque d’unité entre les députés LREM eux-mêmes.

Le 18 septembre, Gérard Collomb a annoncé à la surprise générale sa candidature pour les municipales de Lyon en 2020, et donc son départ du gouvernement après les élections européennes de 2019 pour mener sa campagne. L’opposition a alors critiqué le maintien au gouvernement d’un ministre « intérimaire ». Sa démission interviendra finalement beaucoup plus rapidement, puisque Gérard Collomb a annoncé lundi 1er octobre avoir présenté sa démission au Président, qui l’a dans un premier temps refusée. Il avait alors décidé de maintenir sa démission pour ne pas que la perspective de sa candidature à Lyon n’affecte l’action du ministère.

Georges Képénékian, qui avait remplacé Gérard Collomb comme Maire de Lyon en 2017, a démissionné le 2 octobre. Le conseil municipal va devoir se réunir dans les prochains jours pour élire le nouveau maire. Gérard Collomb devrait être désigné. Le désormais ex-ministre a également annoncé qu’il ne se présentera pas aux municipales de 2020 sous l’étiquette LREM mais à la tête d’une plateforme locale réunissant plusieurs tendances politiques.

 

Les définitions

Conseil municipal : assemblée d’élus en charge des affaires d’une commune. Il est présidé par le Maire et composé des conseillers municipaux. Tous sont élus au suffrage universel direct lors des élections municipales.

Métropole : agglomération urbaines importantes regroupant des communes qui s’associent pour conduire ensemble un projet d’aménagement et de développement de leur territoire afin d’en améliorer la compétitivité et la cohésion.

Routes secondaires : voie située en milieu rural qui écoule essentiellement un trafic d’intérêt local correspondant à des déplacements à courte distance.

 

 

– VENDREDI 5 OCTOBRE –

LE NOBEL DE LA PAIX EST ATTRIBUE A DENIS MUKWEGE ET NADIA MURAD

Les faits

Le prix Nobel de la Paix a été décerné cette année à deux personnes : Denis Mukwege et Nadia Murad. Le comité Nobel norvégien, en charge du prix Nobel de la Paix, a salué leur combat contre les violences faites aux femmes, et notamment contre l’usage des violences sexuelles comme arme de guerre. Il recevront le 10 décembre – date anniversaire de la mort d’Alfred Nobel – un diplôme, une médaille d’or et un chèque de 9 millions de couronnes suédoises, soit environ 850 000 euros.

 

Le contexte

Le Prix Nobel de la Paix a été créé en 1901 à la demande du suédois Alfred Nobel, créateur de la dynamite. Ce dernier, afin de laisser malgré son invention une bonne image de lui après sa mort, a décidé de léguer son immense fortune (31,5 couronnes suédoises de l’époque, équivalent à environ 180 millions d’euros) à la création d’un fonds dont les intérêts doivent être reversés à ceux qui ont rendu à l’humanité les plus grands services dans 5 domaines : la paix ou la diplomatie, la littérature, la chimie, la physiologie ou la médecine, et la physique. C’est ainsi qu’est né le prix Nobel qui récompense chaque année une ou plusieurs personnalités ou organisations dans ces différents domaines. C’est la vingtième fois depuis sa création que le Nobel de la Paix est partagé entre plusieurs gagnants, tandis que les femmes ne représentent que 5,6% des lauréats.

Le gynécologue congolais Denis Mukwege a pris la direction en 1999 de l’hôpital de Panzi à Bukavu (République Démocratique du Congo (RDC)), qu’il a spécialisé dans la prise en charge des victimes de violences sexuelles – fréquentes au cours des différents conflits qu’a connu la RDC. Développant de nouvelles pratiques chirurgicales pour guérir les femmes victimes de mutilations génitales ou de viols collectifs, il a soigné plus de 50 000 victimes de viols. Il milite pour que le viol comme arme de guerre soit considéré comme une ligne rouge à ne pas franchir au même titre que l’arme nucléaire ou l’arme chimique. L’Organisation des Nations-Unies (ONU) lui avait déjà décerné le prix des droits de l’homme en 2008 pour son action.

Nadia Murad fait partie de la communauté yézidie d’Irak, persécutée à partir de 2014 par l’Etat Islamique. Les djihadistes enrôlaient les jeunes hommes, tuait les autres, et réduisait les femmes en esclavage sexuel. Nadia Murad a fait partie de ces dernières en étant successivement vendue, mariée de force, violée et battue, avant de parvenir à s’enfuir fin 2014. Selon les autorités irakiennes, 3 000 femmes sont encore portées disparues aujourd’hui. Nadia Murad a décidé de prendre la parole pour alerter sur le sort des femmes yézidies et le faire reconnaître comme génocide.

Ce prix Nobel arrive un an après les premières révélations de l’affaire Weinstein, du nom du producteur phare d’Hollywood Harvey Weinstein accusé de viols par aujourd’hui près d’une centaine de femmes. Cette affaire avait notamment déclenché les mouvements #metoo et #balancetonporc pour dénoncer les violences sexuelles sur les réseaux sociaux. Elle intervient également alors que Brett Kavanaugh, accusé de tentative d’agression sexuelle par une femme, s’apprête à être nommé à la Cour Suprême américaine. En France, la Secrétaire d’Etat à l’égalité entre les femmes et les hommes, a annoncé lundi 1er octobre plusieurs mesures contre les violences conjugales, afin d’encourager les femmes à partir avant qu’il ne soit trop tard. En 2016, 225 000 femmes ont subi des violences physiques et/ou sexuelles en France, et 123 ont été tuées par leur conjoint ou ex-conjoint – soit environ une tous les trois jours.

Ces mesures font échos au téléfilm « Jacqueline Sauvage : c’était lui ou moi » diffusé le même jour sur TF1. Jacqueline Sauvage, victime de violences et abus sexuels de la part de son mari Norbert Marot, a abattu ce dernier de trois coups de fusil dans le dos en 2012. Sa condamnation à 10 ans de prison a suscité un débat agité, certains réclamant la reconnaissance d’une « légitime défense préméditée » dans les cas de violences conjugales. Elle a finalement été graciée par François Hollande en 2016. L’humoriste et actrice Muriel Robin, qui incarnait Jacqueline Sauvage dans le téléfilm, a signé dimanche 30 septembre avec 87 autres personnalités, une tribune pour que les victimes de violences conjugales ne meurent plus dans l’indifférence totale. Elle y appelait à un rassemblement le 6 octobre à Paris, qui a mobilisé plusieurs centaines de personnes.

 

Les définitions

Légitime défense : exception juridique selon laquelle la responsabilité pénale d’une personne n’est pas engagée en cas de riposte proportionnée à une atteinte immédiate et injustifiée à sa personne, à autrui ou à ses biens, ou encore pour interrompre l’exécution d’une délit ou d’un crime à l’encontre d’un bien.

Yézidisme : Religion syncrétique – issue de différentes croyances – et monothéiste, dont l’origine est incertaine et que l’on trouve dans une partie de la population kurde dans le nord de l’Irak, le sud-est de la Turquie, le nord de la Syrie, l’ouest de l’Iran, en Arménie et en Géorgie.

 

 

 

– SAMEDI 6 OCTOBRE –

BRETT KAVANAUGH EST CONFIRME A LA COUR SUPREME

 

Les faits

La nomination de Brett Kavanaugh à la Cour Suprême a été confirmée samedi par la Sénat par une courte majorité de 50 voix contre 48. Plusieurs centaines de manifestants sont venus contester cette nomination devant la Cour suprême, à quelques dizaines de mètres du Capitole. Donald Trump s’est réjoui de la nomination du « formidable candidat ».

 

Le contexte

Les membres de la Cour Suprême sont souvent considérés comme les 9 personnages les plus puissants des Etats-Unis, plus encore que le Président. Cela s’explique par le fait que les Etats-Unis reposent sur un système de droit appelé Common Law, selon lequel ce sont les tribunaux, et non le gouvernement – comme c’est le cas en France – qui édifient les lois. Ainsi, la nomination à vie d’un juge est d’une importance majeure, influant bien plus la politique américaine sur le long terme qu’un mandat présidentiel.

Brett Kavanaugh est un juge fédéral américain réputé conservateur – il a notamment fait partie de l’équipe du Président républicain Georges W. Bush. En 2018, le juge Anthony Kennedy se retire de la Cour Suprême. Il était connu pour être un conservateur qui vote parfois avec les progressistes. Ainsi, son vote a fait basculer plusieurs décisions jugées libérales, notamment en faveur de l’avortement et des droits homosexuels. Son retrait était une opportunité pour Donald Trump de nommer un juge plus sûr afin d’assurer une majorité conservatrice de 5 juges pour 4 progressistes à la Cour Suprême. Son choix s’est donc porté sur le juge Kavanaugh.

La candidature de ce dernier a cependant été mise en difficulté en septembre par des accusations de tentative d’agression sexuelle par Christine Blasey Ford. Les faits auraient eu lieu lors d’une soirée lycéenne alors qu’elle avait 15 ans et lui 17. Deux autres femmes l’ont ensuite accusé d’avoir exhibé son sexe lors d’une soirée alcoolisée. Brett Kavanaugh a nié les faits, soutenu en cela par 65 femmes qui le connaissaient à l’époque et ont signé une lettre jugeant ces allégations hautement improbables. Du côté du Parti Républicain, les discours rappelaient volontiers que l’enquête du FBI n’avait apporté aucune preuve ni trace d’un comportement inapproprié. Au Parti Démocrate, on dénonçait une enquête incomplète, dont la Maison Blanche aurait selon eux limité la portée. En effet, Christine Blasey Ford et la troisième femme accusant le juge Kavanaugh n’auraient notamment pas été auditionnées. Plus de 1 000 juristes ont par ailleurs demandé au Sénat de ne pas confirmer la nomination du magistrat en raison de son manque de respect envers les sénateurs lors de son audition, ce que l’intéressé a mis sur le compte d’une trop grande émotion due à ses accusations.

Cette nomination est un soulagement pour Donald Trump. En effet, le temps pressait pour lui à l’approche des élections de mi-mandat. En effet, si les démocrates l’emportaient, le Président américain n’aurait pas pu compter sur l’approbation du Sénat pour la nomination de Brett Kavanaugh. Même déjà nommé, le juge Kavanaugh n’est pas à l’abri, en cas de victoire démocrate, d’une procédure d’impeachment concernant ces accusations de tentative d’agression sexuelle. Il y a cependant peu de chances que le Sénat parvienne à la majorité des deux tiers requise pour le condamner, une telle condamnation étant extrêmement rare. Seul un membre de la Cour Suprême a déjà été condamné suite à une procédure d’impeachment en 1804, avant d’être finalement acquitté.

Cette nouvelle, avec le succès du nouvel accord de libre-échange nord-américain (voir la synthèse du 1er octobre 2018), est une bouffée d’oxygène dans une période compliquée pour Donald Trump, dont la cote internationale est au plus bas. Une enquête pour évasion fiscale a été ouverte mardi suite aux révélations du New York Times. Selon ce dernier, le Président américain et ses quatre frères et soeurs auraient reçu des dons importants de la part de leurs parents, grâce notamment à une société écran ayant pour objectif de dissimuler les dons de leurs parents. Cela aurait permis aux enfants Trump d’éviter les 55% de taxes alors en vigueur sur les héritages et les dons, payant ainsi 50 millions d’impôts au lieu de 550 millions. Par ailleurs, l’actrice pornographique Stormy Daniels a publié  ses mémoires, décrivant sa relation sexuelle – la moins impressionnante de sa vie – avec Donald Trump en 2006. Ce dernier l’avait payée 130 000 $ pour garder le silence sur cette relation pendant la campagne présidentielle. A cela s’ajoutent les soupçons de trahisons et les critiques internes concernant la capacité du Président à diriger le pays (voir la synthèse du 10 septembre 2018).

 

Les définitions

Capitole : siège du Congrès, le Parlement bicamérale des Etats-Unis exerçant le pouvoir législatif et composé de la Chambre des représentants et du Sénat. Il est situé à Washington.

Common Law : système de droit anglo-saxon selon lequel la jurisprudence forme le fondement de la loi, les codes (civil, de commerce, etc.) ne faisant que reprendre et organiser les différentes décisions de justice. Ce système s’oppose à l’autre grand système de droit, le droit romain, appliqué notamment en France. Dans un tel système, à l’inverse, la loi est faite par le Parlement et la jurisprudence ne constitue qu’une source secondaire de droit, les juges ne pouvant créer de nouvelles règles, mais seulement appliquer la loi.

Congrès des Etats-Unis : parlement bicamérale des Etats-Unis, exerçant le pouvoir législatif et composé de la Chambre des représentants et du Sénat.

Cour suprême : plus haute juridiction américaine, composée de 9 juges nommés à vie – qui peuvent toutefois prendre une retraite facultative après 70 ans – par le Président des Etats-Unis et approuvés par le Sénat. Régie par la section 2 de l’article 3 de la Constitution Fédérale des Etats-Unis, elle s’occupe des litiges impliquant des Etats – les Etats-Unis étant divisés en 50 Etats fédérés – ou de hautes personnalités fédérales. Il est aussi une cour d’appel pour toutes les autres juridictions américaines et contrôle la conformité des lois avec la Constitution.

Election de mi-mandat : élections des deux chambres du Congrès des États-Unis, qui se tiennent au milieu du mandat du président des États-Unis.

Impeachment : procédure américaine permettant au Congrès de décider de la culpabilité et de la destitution d’un haut fonctionnaire. Elle se déroule en deux temps : l’impeachment (« mise en accusation »), voté par le Chambre des représentants et nécessitant une majorité simple ; l’impeachment trial (« procès »), voté par le Sénat et nécessitant la majorité des deux tiers.

Parti démocrate : un des deux principaux partis américains, progressiste et positionné au centre gauche. Bill Clinton (1993-2001) et Barack Obama (2009-2017) sont les derniers présidents démocrates élus.

Parti républicain : un des deux principaux partis américains, conservateur et positionné à droite. Georges W. Bush (2001-2009) et Donald Trump (2017-) sont les derniers présidents républicains élus.

 

 

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