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La synthèse hebdo du 22 octobre

Publié le 22 octobre 2018, par Matthieu Devillard

AU PROGRAMME CETTE SEMAINE

 

– 1 –

Quoi de neuf au gouvernement suite au remaniement ?

 

– 2 –

Que reproche donc Jean-Luc Mélenchon à la justice ?

 

– 3 –

Que prévoit l’accord sur les salaires à Air France ?

 

– 4 –

Qu’est-ce donc que cette affaire Khashoggi dont tout le monde parle ?

 

 

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– MARDI 16 OCTOBRE –

L’ELYSEE ANNONCE LA COMPOSITION DU NOUVEAU GOUVERNEMENT

 

Les faits

L’Elysée a annoncé mardi la composition du gouvernement, avec 4 ministres sortants et 8 entrants. L’annonce la plus attendue concernait le remplacement de Gérard Collomb au Ministère de l’Intérieur. C’est finalement Christophe Castaner qui a été nommé. Il était jusqu’ici secrétaire d’Etat chargé des Relations avec le Parlement – remplacé à ce poste par Marc Fesneau – et délégué général de La République en Marche (LREM) – poste duquel il a démissionné. Il sera aidé dans sa mission par la création d’un nouveau poste de secrétaire d’Etat attaché à son ministère. C’est un profil plus technique qui a été nommé en la personne de Laurent Nuñez, ancien Directeur Général de la Sécurité Intérieure (DGSI). A noter également que le Ministre de l’Intérieur a perdu son statut de Ministre d’Etat, passant ainsi de la 2e à la 11e place de l’ordre protocolaire. Seul le Ministre de la Transition Ecologique François de Rugy conserve désormais le titre de Ministre d’Etat.

Pour ce qui est des autres nominations, Françk Riester, fondateur avec d’anciens membres des Républicains (LR) du parti politique Agir, a remplacé François Nyssen – visée par des affaires judiciaires (voir la synthèse du 27 août 2018) – comme Ministre de la Culture. Didier Guillaume, ancien Président du groupe socialiste au Sénat, a remplacé Stéphane Travert comme Ministre de l’Agriculture. Jacqueline Gourault, jusque-là Ministre auprès du Ministre de l’Intérieur, a remplacé le Ministre de la Cohésion des territoires Jacques Mézart. Ce ministère est même élargi en un Ministère de la Cohésion des territoires et de la Relation avec les collectivités territoriales. Deux nouveaux ministres – Sébastien Lecornu comme Ministre chargé des Collectivités territoriales et Julien Denormandie comme Ministre chargé de la Ville et du Logement – ont été nommés à ses côtés. Le Ministère de la Transition Ecologique a été renforcé par une nouvelle secrétaire d’Etat en la personne d’Emmanuelle Wargon, alors directrice de la communication de Danone. Dans une allocution enregistrée à l’Elysée puis diffusée dans le 20h de France 2, Emmanuel Macron a affirmé sa volonté de poursuivre les réformes, ce remaniement ne représentant selon lui ni un tournant, ni un changement de cap. L’allocution a été vivement critiquée par l’opposition de droite comme de gauche, qui a pointé la mauvaise qualité de la vidéo et le manque de sincérité du Président.

 

Le contexte

Il a fallu deux semaines au gouvernement depuis la démission de Gérard Collomb (voir la synthèse du 8 octobre 2018) pour mettre fin au suspense. Jamais un ministre de l’Intérieur n’avait mis autant de temps à être remplacé. Plusieurs hypothèses ont circulé pour expliquer ce temps d’attente inédit. L’opposition a évoqué des tensions entre Emmanuel Macron et Edouard Philippe, le premier freinant selon certains les tentatives du second – ancien membre des Républicains (LR) – de pousser des personnalités de droite. Ces rumeurs ont été démenties par le Premier Ministre devant l’Assemblée Nationale. Une autre hypothèse avancée est celle d’un gouvernement esseulé, peinant à trouver des candidats. Le gouvernement semble en effet avoir essuyé plusieurs refus. Pour la majorité, ce temps s’explique plutôt par une volonté de prendre le temps de faire les bons choix, estimant terminé l’époque où l’on change de ministre en 24h. Notamment, certains évoquent des vérifications nécessaires avant de valider une nomination (patrimoine, éventuels conflits d’intérêts, etc.). D’autres justifient ces délais par une volonté de faire preuve d’élégance en ne prévenant pas les ministres sortants à la dernière minute. Dernière raison évoquée, certains rappellent la volonté du gouvernement de conserver l’équilibre entre femmes et hommes, entre ministres issus de la société civile et ministres aux profils politiques et entre sensibilités de droite, du centre et de gauche.

Ces deux semaines ont abouti finalement à l’une des options les plus sérieusement envisagées par les commentateurs, alimentant les questions sur la nécessité d’une telle attente pour aboutir à un choix peu surprenant au poste le plus attendu. En effet, Christophe Castaner fait partie des plus proches d’Emmanuel Macron. On comptait également, parmi l’entourage restreint du Président, Benjamin Griveaux et Richard Ferrand. Mais le premier semblant s’intéresser à la Mairie de Paris et le second venant d’être nommé Président de l’Assemblée Nationale en remplacement de François de Rugy (voir la synthèse du 10 septembre 2018), Christophe Castaner faisait figure de favori. Les noms de Jean-Yves le Drian, actuel Ministre des Affaires Etrangères, ou Gérald Darmanin, Ministre de l’Action et des Comptes Publics, ont également été cités comme pouvant changer de ministère. Enfin, l’option Frédéric Péchenard, ancien patron de la police nationale et proche de Nicolas Sarkozy, aurait été écartée par François Bayrou. Le Président du Mouvement Démocrate (MoDem) et allié d’Emmanuel Macron lors de la campagne présidentielle, souhaiterait en effet limiter l’influence des sarkozystes au gouvernement. La nomination de Castaner, qui a démissionné de son poste de Délégué générale de LREM, donne à certains observateurs l’impression que le parti fondé par Emmanuel Macron s’affaiblit encore un peu plus alors qu’approchent les élections européennes prévue en mai 2019.

Jacqueline Gourault est également issue du Modem et bénéficie donc d’un ministère élargi de la Cohésion des Territoires et des Relations avec les collectivités territoriales. Cette évolution paraît hautement stratégique alors que les tensions entre le gouvernement et les collectivités sont encore montées d’un cran à propos de la taxe d’habitation (voir la synthèse du 15 octobre 2018). Enfin deux nominations ont fait l’objet de critiques importantes. Alors que Nicolas Hulot avait quitté le gouvernement pour protester notamment contre l’influence des lobbies (voir la synthèse du 3 septembre 2018), la gauche dénonce la nomination de la lobbyiste de Danone Emmanuelle Wargon comme secrétaire d’Etat à la Transition écologique. Sont notamment en cause ses positions sur l’usage controversé de l’huile de palme, qui serait selon elle le meilleur ingrédient pour les laits infantiles, et sur les Organismes Génétiquement Modifiés (OGM), dont le rejet serait selon elle justifié aux Etats-Unis – où l’agriculture standardisée menace la biodiversité – mais ne saurait faire l’objet d’une position dogmatique en faveur d’un rejet systématique – qui serait synonyme de refus de la science et de l’innovation. A droite, certains s’inquiètent plutôt de la nomination de Franck Riester à la Culture. Ce dernier a été le premier député de droite à parler ouvertement de son homosexualité et fait partie également des quelques personnalités de droite favorables au mariage pour tous et désormais à la Procréation Médicalement Assistée (PMA) pour toutes. Alors que l’ouverture de la PMA aux femmes et aux couples de femmes est envisagée par le gouvernement (voir la synthèse du 1er octobre 2018), certains craignent que cette nomination entraîne la diffusion des idées LGBT dans le monde de la culture.

 

Les définitions

Collectivité locale (ou territoriale) : structures administratives distinctes de l’administration de l’État, qui doivent prendre en charge les intérêts de la population d’un territoire précis (communes, départements, régions, etc.)

Direction Générale de la Sécurité Intérieure (DGSI) : service de renseignement intérieur et de police judiciaire du ministère de l’Intérieur français.

Lobby (de l’anglais signifiant « couloir » ou « vestibule ») : groupe de pression cherchant à influer sur les élus et les pouvoirs publics. Les lobbies sont apparus au début du XIXe siècle avec la création du Parlement du Royaume-Uni. Les anglo-saxons considèrent que la politique est la somme des intérêts particuliers, intégrant les lobbies comme des représentants naturels de ces derniers. En France, les lobbies ont une moindre importance car l’on considère que l’intérêt général prédomine sur les intérêts particuliers. Leur dénomination juridique officielle est « représentants d’intérêts ».

Ministre d’Etat : titre permettant à un ministre de jouir d’une prééminence protocolaire dans le gouvernement et auquel revient la responsabilité d’organiser les réunions interministérielles. Il est parfois considéré comme l’équivalent d’un vice-Premier Ministre.

Organisme Génétiquement Modifié (OGM) : être vivant dont le génome, c’est-à-dire le patrimoine génétique, a été délibérément modifié de main humaine. Dans l’usage courant, il désigne principalement les plantes cultivées destinées à l’alimentation animale et dont le patrimoine génétique a été modifié dans le but par exemple de tolérer des pesticides ou d’en améliorer la qualité nutritive.

Procréation Médicalement Assistée (PMA) ou Assistance Médicale à la Procréation (AMP) : ensemble des traitements et ou techniques qui permettent la procréation en dehors du processus naturel. Elle est encadrée en France par la loi n°2004-800 du 6 août 2004 relative à la bioéthique. Elle peut avoir lieu par insémination artificielle (injection de sperme en période d’ovulation), Fécondation In Vitro (FIV, technique de fécondation réalisée en laboratoire – in vitro – avant de transférer l’embryon dans l’utérus pour la grossesse) ou Gestation Pour Autrui (GPA, qui consiste à inséminer une mère porteuse – ou gestatrice – pour porter le bébé, qui sera remis à la personne ou au couple commanditaire en fin de grossesse).

Secrétaire d’Etat : membre du gouvernement dont le statut est au dernier échelon de la hiérarchie ministérielle. Il est souvent placé sous la tutelle d’un ministre auprès desquels ils sont chargés d’un secteur d’activité particulier. Ils ne siègent au Conseil des ministres que lorsqu’un point de l’ordre du jour est du ressort de leurs attributions.

 

 

 

MARDI 16 OCTOBRE –

JEAN-LUC MELENCHON DENONCE DES PERQUISITIONS POLITIQUES CHEZ LUI ET AU SIEGE DE LA FRANCE INSOUMISE

Les faits

Une quinzaine de perquisitions ont eu lieu mardi au domicile de Jean-Luc Mélenchon, chez certains de ses anciens ou actuels collaborateurs et aux sièges du mouvement La France Insoumise (LFI) et du Parti de Gauche (PG). Dans plusieurs vidéos diffusées sur Facebook, le Président de LFI Jean-Luc Mélenchon s’est filmé en direct de la perquisition, dénonçant une agression politique injuste. La vidéo montre également Jean-Luc Mélenchon répondre au procureur qui l’interpelait que ce dernier n’avait pas à le toucher, qu’il est parlementaire et que sa personne est sacrée. Un peu plus tard, au siège du mouvement, une nouvelle vidéo de LFI a révélé de vives tensions et quelques accrochages entre la police et les membres du mouvement, dont Jean-Luc Mélenchon – que l’on voit pousser le procureur et tenter d’enfoncer la porte du local.

Le parquet de Paris a ouvert une procédure pour menaces ou actes d’intimidation contre l’autorité judiciaire et violences sur personnes dépositaires de l’autorité publique. LFI a également porté plainte pour violences et Jean-Luc Mélenchon a demandé l’annulation des perquisitions et la restitution de tout ce qui a été prélevé. Mercredi, à une journaliste qui lui rappelait ses propos tenus pendant la présidentielle – lorsqu’il dénonçait les reproches faits à la justice par Marine Le Pen et François Fillon –, Jean-Luc Mélenchon a semblé se moquer d’elle en imitant son accent toulousain avant de l’accuser de raconter n’importe quoi. L’intéressé s’est ensuite dit désolé, affirmant qu’il pensait que la journaliste se moquait de lui en prenant un accent marseillais, puisqu’il est député à Marseille. Jean-Luc Mélenchon s’en est pris largement aux médias, appelant à « pourrir » les journalistes. Il visait notamment Médiapart – qui lui a prêté une relation avec sa conseillère en communication Sophia Chikirou –, Radio France – qui notait de possibles surfacturations à LFI de cette même Sophia Chikirou et de sa société Mediascop – et l’émission Quotidien – qu’il accuse d’avoir fourni des images de la perquisition du siège de LFI à la police, accusation démentie par l’animateur de l’émission Yann Barthès. Dans le cadre de ces enquêtes, il a été entendu jeudi pendant 5h par le service anticorruption de la police judiciaire de Nanterre.

 

Le contexte

Ces perquisitions intervenaient dans le cadre de deux enquêtes portant respectivement sur des soupçons d’emplois fictifs d’assistants parlementaires au Parlement Européen et d’irrégularités dans les comptes de campagnes de la dernière élection présidentielle. Le Front National (FN), devenu Rassemblement National (RN), a également été visés par des enquêtes concernant de potentiels emplois fictifs d’assistants parlementaires et dénonce lui aussi des persécutions politiques (voir la synthèse du 15 octobre 2018). Sophie Montel (FN), particulièrement visée par cette affaire, s’était défendue en affirmant que de telles pratiques étaient courantes dans d’autres partis. Ainsi, certains élus du Parti Socialiste (PS), du Mouvement Démocrate (MoDem), des Républicains (LR), d’Europe Ecologie – Les Verts (EELV) et de LFI se sont également retrouvés visés par l’enquête, entraînant plusieurs perquisitions.

Concernant les potentielles irrégularités de comptes de campagnes, les comptes de LFI avaient été validés par le Commission Nationale des Comptes de Campagne et des Financements Politiques (CNCCFP), autorisant leur remboursement par l’Etat. La CNCCFP avait cependant émis quelques rectifications pour un total d’environ 435 000 €. La commission avait ainsi retranché un certain nombre de dépenses n’ayant pas de rapport direct avec l’élection présidentielle – et entraînant par conséquent un remboursement moindre. N’étant pas une instance judiciaire, elle n’avait pas poussé l’investigation plus loin. C’est finalement les enquêtes de certains médias, et notamment Radio France, qui ont poussé la justice à regarder cela de plus près. Les comptes d’Emmanuel Macron avaient également été signalés à la justice pour 4 dons dont le montant dépassait la limite légale. Le parquet avait finalement décidé de ne pas ouvrir d’enquête après avoir conclu à l’absence de mauvaise foi de ces donateurs.

Mélenchon a par ailleurs brandi son immunité parlementaire pour prouver que le parquet outrepassait ses fonctions en perquisitionnant son domicile. L’immunité prévue par la Constitution comprend l’inviolabilité et l’irresponsabilité. Concernant l’inviolabilité, le parquet justifie son action par le fait qu’elle n’est pas coercitive. Le parquet a également jugé que l’irresponsabilité n’était pas violée en vertu du fait qu’une affaire d’emplois fictifs ou d’irrégularité de comptes de campagne les faits ne sont pas liés directement à son mandat de parlementaire. Les soupçons de violation de la séparation des pouvoirs se fondent sur la distinction entre les magistrats du siège et les magistrats du parquet. Les seconds sont en effet nommés par décret par le Président de la République sur proposition du Garde des Sceaux et après avis du Conseil supérieur de la magistrature. Ce sont eux qui décident des perquisitions, mais celles-ci doivent tout-de-même être autorisées par un magistrat du siège.

 

 

Les définitions

Collaborateur (ou assistant ou attaché) parlementaire : personne travaillant dans une institution parlementaire (Assemblée Nationale ou Sénat) auprès d’un élu ou d’un groupe politique.

Commission Nationale des Comptes de Campagne et des Financements Politiques (CNCCFP) : Autorité administrative indépendante dont le rôle est de contrôler les comptes de campagne des candidats aux différentes élections (à l’exception des circonscriptions de moins de 9000 habitants) et les financements des partis politiques, notamment leurs obligations comptables et financières.

Conseil supérieur de la magistrature : organe chargé par la Constitution d’assister le chef de l’État dans sa fonction de garant de l’indépendance de l’autorité judiciaire. À ce titre, il est principalement chargé de la gestion de la carrière des magistrats.

Décret : acte réglementaire ou individuel pris par le président de la République ou le Premier ministre dans l’exercice de leurs fonctions respectives.

Immunité parlementaire : disposition du statut des parlementaires (député, sénateur et député européen français) qui les protège, dans le cadre et pour la durée de leur mandat, contre toute mesure d’intimidation de la part des pouvoirs publics ou de pouvoirs privés afin de garantir leur indépendance. Elle est prévue par l’article 26 de la Constitution qui les exempte de toute poursuite pour des actions accomplies dans l’exercice de leur mandat (irresponsabilité) et de toute mesure coercitive pour des activités extra-parlementaires (inviolabilité). Dans ce second cas seulement l’Assemblée peut décider de lever cette immunité.

Magistrats du siège : magistrat dont le rôle est rendre la justice. Il est inamovible, c’est-à-dire qu’ils ne peut recevoir une affectation nouvelle sans son consentement.

Coercition : en droit, pouvoir pour une autorité légale de contraindre quelqu’un à accomplir son devoir ou à obéir à la loi (interdiction d’accès à un lieu par les forces de l’ordre, recouvrement d’impôts impayés, incarcération, amende, etc.)

Parlement européen : organe parlementaire de l’Union européenne (UE) dont le siège est à Strasbourg et qui rassemble l’ensemble des 751 députés élus tous les cinq ans. Il partage le pouvoir législatif avec le Conseil de l’Union Européenne (différent du Conseil européen, il réunit les gouvernements des différents pays membres).

Parquet (ou Ministère Public) : ensemble des magistrats dont le rôle est de requérir, au nom de l’Etat, l’application de la loi par le pouvoir judiciaire. Le parquet est représenté par le procureur dans les tribunaux, qui sont libres de suivre ses réquisitions. Le parquet est placé sous l’autorité du Ministre de la justice (le Garde des Sceaux).

Perquisition : mesure permettant à la police, à la gendarmerie ou à un magistrat de rechercher des preuves et des documents au domicile d’une personne.

Police judiciaire : autorité placée sous la direction du Procureur de la République et chargée de constater les infractions, d’en rechercher les auteurs et de rassembler les preuves. Elle se distingue de la police administrative dont le rôle est de prévenir les troubles à l’ordre public.

Procureur : représentant du parquet auprès des tribunaux.

Réquisitions : conclusions du parquet, prononcées à l’orale ou à l’écrit devant un tribunal ou une cour à l’encontre d’un prévenu ou d’un accusé. En principe, les réquisitions comprennent à la fois les raisons qui, selon le procureur, justifient la culpabilité de la personne mise en cause ainsi que la peine requise.

Séparation des pouvoirs : principe qui préconise que les trois grandes fonctions de l’Etat soient exercées par un organe ou une instance différente : le pouvoir législatif par le Parlement, le pouvoir exécutif par le gouvernement et le pouvoir judiciaire par les juridictions.

 

 

 

– VENDREDI 19 OCTOBRE –

LES SYNDICATS SIGNENT UN ACCORD SUR LES SALAIRES CHEZ AIR FRANCE

 

Les faits

La direction d’Air France a annoncé dans un communiqué que plusieurs syndicats, représentant 76,4% des suffrages exprimés aux dernières élections, ont signé l’accord proposé. Seuls la CGT et le Syndicat National des Pilotes de Ligne (SNPL) s’y sont opposés. Benjamin Smith, le PDG nouvellement nommé (voir la synthèse du 20 août 2018), a remercié les organisations professionnelles et ses équipes de la qualité du dialogue. L’intersyndicale s’est réjoui d’avoir su faire évoluer l’accord dans le bon sens. Si elle n’a pas obtenu l’augmentation des salaires de 5,1% pour compenser 6 ans d’inflation, elle affirme que les gestes de la direction sur les bas salaires ont permis d’arriver à ce compromis. L’accord prévoit notamment 2% de hausse rétroactive des salaires au 1er janvier 2018 et 2% de hausse au 1er janvier 2019, ainsi qu’une négociation annuelle obligatoire en octobre 2019. L’accord prévoit également une valeur plancher minimum de 50€ par mois – versée aux plus bas salaires dont une revalorisation de 2% aurait correspondu à un montant inférieur –, une revalorisation de la prime uniforme annuelle (PUA) – qui passe de 1 400 € à 1 500 € – et une revalorisation du salaire brut annuel minimum – qui passe de 23 300 € à 23 500 €.

 

Le contexte

Achevant 2 jours de négociations, cet accord met fin à une série de grèves qui ont coûté 335 millions d’euros et sort la compagnie aérienne de la crise après le rejet d’une première proposition d’accord en mai dernier qui avait entraîné la démission du PDG d’alors Jean-Marc Janaillac (voir la synthèse du 20 août 2018). Depuis l’arrivée de Benjamin Smith, les syndicats avaient déjà été satisfaits par la démission fin septembre du Directeur Général du groupe Franck Terner, qu’ils tenaient pour responsable de l’échec des négociations de mai 2018, puis du Directeur des Resssources Humaines également contesté Gilles Gateau.

 

Les définitions

Inflation : augmentation généralisée des prix des biens et des services entraînant une baisse du pouvoir d’achat.

Intersyndicale : rassemblement informel (c’est-à-dire n’ayant pas de statut juridique) de plusieurs syndicats dans le but de mener des actions communes.

 

 

 

– SAMEDI 20 0CTOBRE –

L’ARABIE SAOUDITE RECONNAIT QUE JAMAL KHASHOGGI A ETE TUE

 

Les faits

Le gouvernement saoudien a officiellement reconnu, via son agence de presse officielle – SPA –, que le journaliste Jamal Khashoggi a été tué au consulat d’Arabie Saoudite à Istanbul (Turquie) le 2 octobre dernier. Le procureur général d’Arabie Saoudite a publié un communiqué affirmant qu’une rixe a éclaté entre Khashoggi et ses interlocuteurs au consulat. Le journaliste y serait mort d’étranglement. Le haut responsable du renseignement – le Général Ahmed al-Assiri – et un important conseiller à la cour royale – Saoud al-Qahtani –, tous deux très proches du princes héritier Mohammed ben Salmane – surnommé « MBS » -, ont été démis de leurs fonctions. 18 suspects ont par ailleurs été arrêtés. Le Ministre des Affaires Etrangères d’Arabie saoudite a assuré que le gouvernement ne sait pas où se trouve le corps et que le pouvoir n’avait pas autorisé une telle opération. Il a également pointé la volonté de certains de cacher les faits, aggravant ainsi la situation. Le Roi Salmane d’Arabie saoudite a ordonné la création d’une commission ministérielle, présidée par MBS, afin de restructurer les services de renseignement. Donald Trump a jugé crédibles et importants les aveux du gouvernement saoudien, tout en précisant que l’enquête américaine est toujours en cours. La Turquie dit s’en remettre à l’enquête en cours pour établir toute la vérité.

 

Le contexte

Jamal Khashoggi est un journaliste saoudien, parti étudier aux Etats-Unis avant de revenir exercer son métier dans son pays d’origine. Considéré un temps proche d’Oussama Ben Laden, il s’en est éloigné dans les années 1990. Il a été un ami et un collaborateur du prince Turki al-Faysal, le cousin de MBS et alors patron des services secrets saoudiens. Mais sa proximité avec les Frères Musulmans en fera peu à peu un opposant notoire du pouvoir saoudien et notamment de MBS, dont il critique volontiers la politique. Cela le poussera à s’exiler finalement aux Etats-Unis en 2017. Le 2 octobre 2018, alors qu’il s’était rendu au consulat d’Arabie Saoudite à Istanbul (Turquie) pour des démarches administratives en vue de son futur mariage, le journaliste a été porté disparu. Alors que sa compagne assurait qu’il n’était jamais ressorti du consulat, le gouvernement saoudien a d’abord prétendu le contraire.

L’enquête menée par la police turque a pourtant rapidement alimenté la thèse d’un enlèvement, voire d’un assassinat. Selon cette enquête, un groupe de 15 saoudiens aurait fait l’aller-retour entre Ryad (Arabie Saoudite) et le consulat le jour de la disparition de Khashoggi. D’abord silencieux, Donald Trump avait fini par demander des explications à l’Arabie Saoudite, faisant part de son inquiétude. Emmanuel Macron avait jugé très graves les faits reprochés à l’Arabie saoudite. Plusieurs personnalités, comme le secrétaire du Trésor américain Steven Mnuchin, la Directrice Générale du Fonds Monétaire International (FMI) Christine Lagarde, le Ministre de l’Economie français Bruno Le Maire et quelques autres personnalités ont annoncé qu’ils ne se rendraient pas au « Davos du désert », la conférence économique organisé par l’Arabie saoudite à Ryad le 23 octobre.

Cet évènement risque de rompre définitivement les relations entre la Turquie et l’Arabie saoudite qui se disputent déjà l’influence sur la communauté sunnite dans la région. La Turquie avait notamment soutenu le Qatar lorsque l’Arabie saoudite avait rompu ses relations diplomatiques avec ce dernier. Avec cette affaire, l’Arabie saoudite risque de voir s’estomper la confiance occidentale. La plupart des observateurs estiment cependant que les liens occidentaux avec l’Arabie saoudite sont trop importants pour entraîner une véritable rupture des relations. Ces liens sont énergétiques – les autorités saoudiennes ont indirectement laissé planer la menace d’un baril de pétrole à 200 dollars contre 80 aujourd’hui –, économiques – Donald Trump a exclu de renoncer au contrat d’armement de 110 milliards de dollars signé cette année avec l’Arabie saoudite – et diplomatiques – en 2015, la France a déplacé à Ryad son ambassade au Yémen, alors que ce pays sombrait dans une guerre civile devenue le théâtre de l’affrontement entre les deux grosses puissances de la région (l’Arabie saoudite sunnite et l’Iran chiite). La réaction des occidentaux est même jugée timide par certains qui évoquent ces mêmes raisons.

La famille Al Saoud, aujourd’hui au pouvoir en Arabie saoudite, est issue d’une tribu qui a noué un pacte en 1744 avec le fondateur du wahhabisme Mohamed ben Abd Al Wahhab. Elle s’engageait à soutenir son expansion contre l’assurance d’avoir le contrôle politique du territoire conquis, donnant ainsi naissance au premier Etat saoudien. Cette alliance perdure encore aujourd’hui avec leurs descendants respectifs. L’actuel Royaume d’Arabie saoudite a été fondé en 1932 après une reconquête menée par Abdelaziz ben Abderrahmane Al Saoud, qui est ainsi devenu roi du troisième Etat des Saoud. Il a fondé une dynastie en nommant l’un de ses fils « prince héritier ». Grâce à ses trente-deux épouses, il a eu cinquante-trois fils et trente-six filles. C’est ainsi que tous ces héritiers ont été ses fils jusqu’à l’actuel roi Salmane ben Abdelaziz Al Saoud arrivé au pouvoir en 2015. Ce dernier a entrepris plusieurs réformes et a notamment mis fin à la transmission horizontale du pouvoir avec ses frères en nommant « prince héritier » son neveu Mohammed ben Nayef en 2015 puis, se ravisant, à son fils MBS en 2017.

MBS cherche à soigner son image de réformateur, dont la mesure la plus symbolique est sans doute l’autorisation de conduire accordée aux femmes. Sa réputation a cependant été fragilisée par l’épisode du Premier Ministre Libanais Saad Hariri qui en 2017 avait été retenu en Arabie saoudite pendant deux semaines jusqu’à l’intervention d’Emmanuel Macron pour débloquer la situation. La purge de dizaines de personnalités saoudiennes sous prétexte de lutte contre la corruption avait également contribuer à ternir son image.

 

Les définitions

Chiisme : deuxième plus grand courant de l’Islam représentant 15% des musulmans, né de la scission avec le sunnisme aux origines de l’Islam. A la mort du prophète Mahomet en 632, ceux qui deviendront les chiites affirmaient qu’il fallait choisir le successeur de ce dernier dans sa lignée, soit son cousin et gendre Ali, tandis que les futurs sunnites estimaient qu’il n’avait volontairement pas nommé de successeur – « calife » en arabe – pour que celui-ci soit choisi parmi ses compagnons.

Consulat : organisme diplomatique implanté à l’étranger, dans une ville importante, tandis que l’ambassade est presque toujours située dans la capitale. Il a pour mission d’aider les ressortissants du pays qu’il représente (accréditant) dans le pays d’accueil (accréditaire).

Fonds Monétaire International (FMI) : institution internationale regroupant 189 pays, dont le but est de promouvoir la coopération monétaire internationale, garantir la stabilité financière, faciliter les échanges internationaux, contribuer à un niveau élevé d’emploi, à la stabilité économique et faire reculer la pauvreté. Il est notamment en charge la gestion des crises financières et monétaires.

Secrétaire du Trésor des Etats-Unis : Ministre des Finance des Etats-Unis

Sunnisme : principal courant de l’Islam représentant 80% des musulmans, né de la scission avec le chiisme aux origines de l’Islam. A la mort du prophète Mahomet en 632, ceux qui deviendront les sunnites affirmaient que ce dernier n’avait volontairement pas nommé de successeur – « calife » en arabe – pour que celui-ci soit choisi parmi ses compagnons, tandis que les futurs chiites estimaient qu’il fallait choisir son successeur dans sa lignée, soit son cousin et gendre Ali.

Wahhabisme : courant islamique sunnite créé au XVIIIe siècle par le prédicateur et théologien Mohamed Ben Abd Al Wahhab. Son mouvement s’est développé grâce à son alliance avec le chef tribal Mohammeed Ibn Saoud, ancêtre de la dynastie des Saoud aujourd’hui encore au pouvoir en Arabie saoudite et auquel il a assuré le pouvoir politique sur les territoires conquis en échange de son soutien religieux. Inspiré du salafisme, qui existe depuis le XIVe siècle, il en reprend la défense d’un islam authentique, prônant un retour à l’Islam rigoriste tel qu’il était vécu au temps du Prophète et prônant l’application stricte de la Charia.

 

 

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