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La synthèse hebdo du 29 octobre

Publié le 29 octobre 2018, par Matthieu Devillard

AU PROGRAMME CETTE SEMAINE

 

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Qui est Jair Bolsonaro, le nouveau Président du Brésil ?

 

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DIMANCHE 28 OCTOBRE –

JAIR BOLSONARO EST ELU PRESIDENT DU BRESIL

 

Les faits

Le candidat Jair Bolsonaro a été élu Président du Brésil dimanche 28 octobre avec 55,1 % des voix – contre 44,9 % pour son adversaire Fernando Haddad, le candidat du Parti des travailleurs (PT). Réagissant à son élection, Jair Bolsonaro a exprimé sa volonté de diriger le pays en suivant la Bible et la Constitution et de mettre fin au socialisme, au communisme, au populisme et à l’extrême gauche dans le pays.

 

Le contexte

Depuis sa découverte par le navigateur Pedro Alvares Cabral, le Brésil a d’abord été une colonie portugaise, malgré des tentatives d’installation française puis néerlandaise. En 1807, Napoléon a envahi le Portugal et obligé le régent Paul VI à quitter le pays pour Rio de Janeiro (Brésil), qui est alors devenu la capitale de l’empire colonial portugais. Il y est resté jusqu’en 1821, laissant alors son fils Pierre Ier au pouvoir. Ce dernier a proclamé l’indépendance du Brésil en 1822 et en est devenu l’empereur. Contesté, il a finalement abdiqué au profit de son fils Pierre II en 1825. Ce dernier a énormément modernisé le pays.

Mais sa décision d’abolir l’esclavage en 1888 a entraîné la colère des grands propriétaires et son renversement par l’armée en 1889. Le Brésil est alors devenu une république fédérale et oligarchique, surnommée « Vieille République » ou « République Café com leite » (Café au lait). Elle était en effet dirigée par les coronels, une assemblée d’élus locaux et de grands propriétaires dont l’activité consistait principalement dans le commerce du café et du lait. Une crise économique a finalement eu raison de ce régime, favorisant le coup d’Etat de 1930 par Getulio Vargas. Ce dernier est devenu légalement Président en 1934 et, après une période de réformes, a créé finalement en 1937 un régime dictatorial d’inspiration fasciste, « l’Estado Novo » (le Nouvel Etat). Il a entretenu un culte de la personnalité, se faisant surnommer « père de pauvres ». Revenu au pouvoir entre 1951 et 1954 et accusé par la presse d’être à l’origine d’un attentat contre un opposant, son suicide a fait descendre des millions de Brésiliens dans la rue.

Après la Seconde Guerre Mondiale, durant laquelle le Brésil a soutenu les Alliés, un nouveau coup d’Etat militaire a créé la Seconde République en 1945. Brasilia, construite en pleine jungle, est devenue la nouvelle capitale. Jusqu’en 1964, le Brésil a connu une période de corruption institutionnalisée et d’inégalités sociales qui a débouché sur la dictature militaire de 1964. Pour la première fois au Brésil, l’armée – aidée par la CIA – a conservé le pouvoir après l’avoir renversé. Toutefois, le régime ne devient vraiment une dictature qu’en 1968, mettant fin à l’influence d’une partie de l’armée favorable à un retour progressif du pouvoir aux civils. Cette dernière reprendra toutefois la main après les grèves provoquées par les difficultés économiques dues au choc pétrolier de 1973. La pauvreté et la corruption ont en effet continué à progresser durant cette période, et la crise financière a eu finalement raison de ce régime en 1985 au profit du retour de la démocratie.

Figure emblématique du syndicalisme, Luiz Inacio Lula da Silva – Lula – est devenu le premier président socialiste du pays en 2002, puis réélu en 2006. La Constitution ne lui permettant pas d’effectuer plus de deux mandats successifs, Dilma Rousseff, ancienne opposante à la dictature militaire et issue comme Lula du Parti des Travailleurs (PT), a été élue à sa place en 2010, puis réélue en 2014. Cette même année, l’affaire Petrobras, du nom d’une compagnie pétrolière publique, a éclaté. Lula y a été, parmi de nombreuses autres personnalités politiques, accusé de corruption et blanchiment d’argent. Malgré cela, Dilma Rousseff l’a nommé en 2016 à la tête de son cabinet. Cette décision, qui offrait une immunité à l’ancien Président, a suscité l’indignation et a été annulée par la justice. Dilma Rousseff a ensuite rapidement été visée par une enquête pour entrave à la justice puis par une procédure d’impeachment qui a mené à sa destitution. Elle a été remplacée par son vice-président Michel Temer, de centre-droit. Alors que Lula prévoyait de se représenter aux élections présidentielles et était même annoncé largement en tête des sondages, il a finalement été déclaré inéligible et condamné à 12 ans de prison.

Il a été remplacé par Fernando Haddad, ancien ministre de Lula et Dilma Rousseff et maire de São Paulo, dans une campagne particulièrement tendue. Son adversaire Jair Bolsonaro a d’ailleurs frôlé la mort, victime d’une attaque au couteau en septembre. Malgré son immobilisation de plusieurs semaines à l’hôpital, cet attentat a augmenté sa popularité alors que son fils assurait la poursuite de sa campagne. La campagne a également été marquée par l’ouverture d’une enquête suite à l’envoi massif de messages hostiles au Parti des Travailleurs sur WhatsApp, commandé par des sociétés privées favorable à Bolsonaro. L’implication directe de ce dernier reste toutefois à établir. Bolsonaro espérait remporter les élections dès le premier tour, dimanche 7 octobre, mais était finalement arrivé en tête avec 46% contre 29% pour Haddad. Il a refusé les débats d’entre deux tours avec son adversaire, évoquant des raisons médicales suite à son attentat.

Jair Bolsonaro, catholique, ancien militaire et député depuis 1991 – 7 fois élu dans la circonscription de Rio de Janeiro –, a profité de la situation du Brésil pour construire son programme basé sur trois sujets principaux : l’économie, la corruption et la sécurité. Sur le premier point, il propose une alternative libérale à ces 16 années de socialisme, prévoyant notamment de nombreuses privatisations pour réduire le déficit budgétaire. Le Brésil est en effet marqué depuis 2014 par un ralentissement de sa croissance, et même une récession en 2015 et 2016, ainsi que par une augmentation de son taux de pauvreté – qui avait toutefois été auparavant divisé par 4 en 10 ans. Il s’est ensuite affiché comme un candidat antisystème décidé à lutter contre la corruption, tandis que le Parti des Travailleurs et notamment Lula étaient minés par les affaires. Enfin, alors qu’un meurtre est commis toutes les neuf minutes au Brésil, il a adopté une politique plus ferme que ces opposants concernant la lutte contre l’insécurité. Il proposait notamment d’assouplir la législation sur le port d’arme, une protection juridique pour les policiers qui tuent un suspect avec leur arme de service ou encore l’abaissement de la majorité pénale à 16 ans. Régulièrement accusé d’homophobie, de racisme et de misogynie suite à plusieurs de ses déclarations, il a toujours défendu des positions conservatrices sur les sujets de l’avortement, des personnes homosexuelles et de la théorie du genre. Ce programme lui a permis de pouvoir compter sur le vote du monde des affaires, des militaires, des habitants des périphéries des grandes villes particulièrement touchés par la criminalité et des évangéliques nombreux au Brésil et majoritairement conservateurs.

De son côté, Fernando Haddad avait rassemblé derrière sa position de défenseur de la démocratie et de rempart à une nouvelle dictature militaire. Il a notamment largement mis en garde contre le risque autoritaire représenté par son adversaire et sa politique très favorable à l’armée. L’autre point fort de son programme concerne l’environnement. Là où son adversaire se montre peu soucieux de ces questions, il avait notamment promis de mettre fin à la déforestation d’ici 2022 sans réduire la production agricole, cela grâce à une meilleure exploitation des terres cultivables. 80% des 750 000 km2 de forêt amazonienne qui ont été détruits depuis 1978 l’ont en effet été sur la partie brésilienne. Fernando Haddad bénéficiait ainsi du soutien des ONG environnementales, d’une grande partie de la population la plus âgée du pays qui garde le souvenir de la dictature militaire, des citoyens d’origine africaine ainsi que des associations LGBT.

Jair Bolsonaro est donc élu pour un mandat 4 ans renouvelable une fois. Il a le pouvoir de nommer les membres de son gouvernement ainsi que, sur approbation du Sénat, les juges du Tribunal Suprême fédéral. Il est par ailleurs le commandant en chef des armées. Il peut proposer des lois au Congrès et exercer un droit de veto sur la plupart de celles adoptées par ce dernier – droit de veto qui peut toutefois être rejeté par un vote à la majorité absolue. Jair Bolsonaro devra toutefois s’allier avec d’autres forces politiques car son parti ne dispose pas, après les élections législatives partielles d’octobre 2018, d’une majorité au Congrès pour soutenir sa politique.

 

Les définitions

Colonie : territoire occupé par une nation en dehors de ses propres frontières, qu’elle administre et maintient dans un état de dépendance.

Congrès National du Brésil : parlement bicamérale du Brésil, exerçant le pouvoir législatif et composé de la Chambre des députés et du Sénat fédéral.

Déficit budgétaire : solde négatif du budget de l’Etat, soit lorsque ses dépenses excèdent ses recettes. A ne pas confondre avec le déficit public qui concerne toutes les administrations publiques, c’est-à-dire l’État, les collectivités territoriales et les administrations de sécurité sociale.

Fédéralisme : système politique dans lequel un État fédéral partage les compétences constitutionnelles avec les États membres, souverains dans leurs propres domaines de compétence.

Immunité : disposition accordée à certaines personnes, qui les protège de toute action judiciaire.

Impeachment : procédure permettant à un organe détenant le pouvoir législatif de mettre en accusation un membre du gouvernement.

Majorité absolue : majorité à plus de la moitié des votes exprimés. Elle s’oppose à la majorité relative, selon laquelle un candidat ou un parti sort en tête des suffrages sans dépasser les 50%.

Majorité pénale : âge à partir duquel les mineurs sont considérés comme suffisamment âgés pour voir leur responsabilité pénale, c’est-à-dire le devoir de répondre juridiquement des infractions pénales, reconnue.

Oligarchie : régime politique dans lequel la plupart des pouvoirs sont entre les mains d’un petit nombre d’individus, de quelques familles ou d’une petite partie de la population, généralement une classe sociale ou une caste.

Organisation Non-Gouvernementale (ONG) : association à but non lucratif, d’intérêt public ou ayant un caractère humanitaire, qui ne dépend ni d’un Etat, ni d’une institution internationale.

Privatisation : vente partielle ou totale d’une entreprise publique au secteur privé.

Régent : personne en charge du gouvernement du pays lorsque le souverain est trop jeune, incapable de remplir sa charge, en voyage lointain ou dans l’attente d’être désigné.

Tribunal Suprême fédéral (Brésil) : plus haute instance du pouvoir judiciaire brésilien.

 

 

 

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