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La synthèse hebdo du 05 novembre

Publié le 05 novembre 2018, par Matthieu Devillard

AU PROGRAMME CETTE SEMAINE

 

– 1 –

Pourquoi la Nouvelle-Calédonie votait-elle pour son indépendance ?

 

 

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DIMANCHE 04 NOVEMBRE –

LA NOUVELLE-CALÉDONIE CHOISIT DE RESTER FRANÇAISE

 

 

Les faits

A la question « voulez-vous que la Nouvelle-Calédonie accède à la pleine souveraineté et devienne indépendante”, 56,7% des néo-calédoniens ont répondu non dimanche par référendum. La participation a été importante avec 80% de votants. Dans le détail, le non l’a emporté à 73,7% dans la Province du Sud et 80,5% à Nouméa même, tandis que le oui a obtenu 75,8% dans la Province du Sud et 82,2% dans la Province des îles Loyauté. Emmanuel Macron a exprimé son immense fierté suite aux résultats. Le Premier Ministre Edouard Philippe était attendu en Nouvelle-Calédonie dès le lendemain du vote.

 

Le contexte

Pour commencer, la Nouvelle-Calédonie est un ensemble d’îles et d’archipels situé en Océanie, à l’est de l’Australie. L’île principale, appelé la Grande Terre, représente environ 90% du territoire. Elle est divisée en deux provinces, la Province Nord et la Province Sud. Cette dernière abrite la capitale Nouméa et est la plus peuplée, avec 75% de la population. Une troisième province, la Province des îles Loyauté rassemble les autres îles – Ouvéa, Lifou, Tiga et Maré. La population est composée d’environ 27% d’européens, 39% de kanaks – du nom de la population autochtone mélanésienne – et 34% d’autres origines. Selon l’Organisation des Nations-Unis (ONU), la Nouvelle-Calédonie fait partie des 17 dernières colonies du monde – une liste toutefois contestée. Parmi celles-ci, une autre est française, la Polynésie française, qui a massivement rejeté la voie de l’indépendance – 86% – lors des dernières élections locales en mai dernier.

La Nouvelle-Calédonie a été habitée à partir de 1100 avant Jésus-Christ par un peuple de navigateurs, les Austronésiens – peuple dont descend la majorité des Océaniens. La société traditionnelle kanak est née à partir de 1000 après Jésus-Christ des liens entre les différents clans. C’est en 1744 que l’explorateur James Cook a découvert la Grande Terre, qui lui a rappelé les paysages de son Ecosse natale et inspiré le nom de Nouvelle-Calédonie. Des commerçants ont commencé à s’installer pour exploiter les ressources naturelles de l’île comme le bois de santal, très prisé pour ses arômes et revendu sur le marché chinois. En échange, les occidentaux ont apporté tissus, objets de fer, alcool et armes. A la fin du XVIIIe siècle, des missionnaires protestants, et plus tard des missionnaires catholiques, ont entrepris d’évangéliser la Nouvelle-Calédonie.

Alors que l’Angleterre dominait déjà l’Australie, la Nouvelle-Zélande et Tahiti, la France, à l’appel des missionnaires catholiques et par l’intermédiaire du contre-amiral Febvrier-Despointes, a décidé de prendre possession de la Nouvelle Calédonie afin de limiter l’influence britannique et s’assurer une escale militaire et commerciale dans le Pacifique. Les colons qui sont alors arrivés sur l’île, appelés les caldoches, étaient composés de « libres » et de « pénaux », ces derniers venant purger une peine d’emprisonnement avec souvent obligation de résidence perpétuelle dans la colonie. L’Etat français s’est alors approprié des terres et a mis en place des réserves, représentant seulement 10% du territoire et dans lesquelles les kanaks devaient demeurer. Il a également instauré le régime de l’indigénat. Ce dernier consistait en un ensemble de règles ne s’appliquant qu’aux Kanaks. Leurs déplacements étaient contrôlés, leur accès à Nouméa soumis à autorisation et des chefs coloniaux se sont superposés aux chefs traditionnels. Plus tard, en 1900, l’impôt de capitation, une taxe imposée à tous les hommes adultes, a été instaurée. Les Kanaks ont tenté de se révolter à plusieurs reprises, notamment en 1878 et 1917, mais sans succès. Leur population a été réduite de moitié sous l’effet de ces répressions ainsi que des maladies apportées par les occidentaux. Le sous-sol calédonien étant riche en minerais – nickel, chrome, cobalt, fer, cuivre, etc. – l’industrie minière s’est développée rapidement. La Société le Nickel (SLN), en situation de quasi-monopole, a fait venir à cette occasion de la main d’œuvre de Polynésie.

En 1946, la notion de colonie a disparu dans l’Empire français et la Nouvelle-Calédonie est devenue un Territoire d’Outre-mer (TOM). Cela a marqué la fin de l’indigénat et les Kanaks sont devenus des citoyens français. Ils ont été autorisés par la Constitution à conserver un certain nombre de leurs coutumes, mais ne bénéficieront du suffrage universel qu’en 1957. La Nouvelle-Calédonie a connu par ailleurs une grande prospérité économique à la fin des années 1960, appelée « boom » du nickel. Alors que le cours de ce dernier explosait, la nouvelle Calédonie possédait alors un quart des réserves mondiales. Le manque de main d’œuvre a attiré une immigration venue de Wallis-et-Futuna et de métropole. Cette prospérité a pris fin de manière assez soudaine au début des années 1970. La population mélanésienne, devenue minoritaire, a eu le sentiment d’être la première victime de la crise après avoir été marginalisée puis exclue de la période de prospérité. L’influence du mouvement de « Mai 68 » venue de métropole (voir notre première maquette de fiche) et la récession économique ont favorisé l’émergence de mouvements favorables à l’indépendance, ce qui a restructuré le paysage politique néo-calédonien en un affrontement entre indépendantistes du Front National de Libération Kanak et Socialiste (FNLKS) et loyalistes du Rassemblement Pour la Calédonie dans la République (RPCR). Est alors née une période d’incertitude dans les années 1980 marquée par des meurtres, des attentats et des émeutes. En 1988, sur l’île d’Ouvéa, des indépendantistes ont même tué quatre gendarmes et en ont retenu d’autres en otage pendant deux semaines dans une grotte, exigeant une indépendance immédiate. L’assaut des forces de l’ordre a fait 21 morts dont 19 Kanaks et 2 gendarmes.

Deux accords sont finalement parvenus à apaiser les tensions alors que la pays menaçait de sombrer dans la guerre civile. D’abord, l’accord de Matignon a été signé un mois après le drame d’Ouvéa entre le chef de file du FNLKS Jean-Marie Tjibaou, celui du RCPR Jacques Lafleur et le Premier Ministre français Michel Rocard. Prévue pour 1998, la création des trois provinces actuelles, dotées d’un certain nombre de pouvoirs, ont assuré aux indépendantistes la gestion des provinces Nord et des îles Loyauté. L’Etat s’est engagé par ailleurs à d’importants efforts financiers en faveur d’un rééquilibrage économique du territoire. L’organisation d’un référendum d’autodétermination a également été programmé pour 1998. Cet accord a ramené une certaine paix, mais n’a pas fait pour autant l’unanimité parmi les Kanaks. Jean-Marie Tjibaou a même été assassiné à Ouvéa en 1989 par un homme lui reprochant d’avoir trahi la cause indépendantiste.

En 1998, l’accord de Nouméa a été signé par un autre Premier Ministre français, Lionel Jospin, puis adopté par référendum avec 72% des voix. La Nouvelle Calédonie a ainsi perdu son statut de TOM pour devenir une collectivité sui generis. Il prévoyait le transfert progressif et irréversible d’un certain nombre de compétences jusqu’en 2018, date à laquelle l’Etat français ne détiendrait plus que les fonctions régaliennes. Un référendum d’autodétermination a été prévu entre 2014 et 2018, s’il était demandé par les 3/5e de l’assemblée délibérante créée par ces mêmes accords, le Congrès de la Nouvelle-Calédonie. L’accord prévoyait aussi la création d’un Sénat coutumier, saisi pour tout projet de loi ou délibération concernant l’identité kanak. Tous les signes identitaires de la Nouvelle-Calédonie (nom, drapeau, hymne, etc.) devaient désormais exprimer l’identité kanak et le « futur partagé entre tous ». Une citoyenneté néo-calédonienne a même été reconnue. Le pouvoir exécutif devait n’être plus exercé par l’Etat français mais par un gouvernement collégial élu par le Congrès. Enfin, la loi du pays devait promouvoir davantage l’emploi local. Toutefois, malgré ces efforts, les inégalités entre Kanaks et caldoches ont continué de progresser jusqu’à aujourd’hui.

Le référendum de ce dimanche marquait donc la fin de ce processus, soumettant la pleine indépendance du pays au référendum. En France, Laurent Wauquiez et Marine Le Pen se sont dits défavorables à l’indépendance tandis que Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron ont refusé de prendre parti, s’en remettant à la décision des néo-calédoniens. Les Kanaks étaient apparus assez divisés, entre indépendantistes radicaux appelant au boycott du référendum, indépendantistes appelant au vote et même quelques loyalistes. Les indépendantistes ont précisé qu’en cas de victoire, ils travailleraient non à une rupture mais à un partenariat avec la France. Les loyalistes mettaient pour leur part en avant la protection de la France et son aide annuelle de 1,3 milliard d’euros. Les sondages prévoyaient une victoire du non dans une fourchette de 63 à 75%, soit nettement plus large que le résultat finalement obtenu. Le oui a donc été conforté par les résultats malgré sa défaite. Il sera désormais difficile aux loyalistes d’obtenir, comme ils l’espéraient, l’annulation des deux référendums supplémentaires prévus respectivement deux et quatre ans plus tard par l’accord de Nouméa en cas de victoire du non.

 

Les définitions

Autodétermination : Action par laquelle un peuple choisit librement son statut politique et économique.

Mélanésie : un des trois grands groupes d’îles de l’Océan Pacifique, avec la Polynésie et la Micronésie, qui forment, avec l’Australie, l’Océanie. La Mélanésie englobe notamment la Nouvelle-Calédonie ou les Fiji. Contestée par une partie des géographes, ce découpage reste toutefois couramment employé, y compris par les pays concernés.

Métropole : pour un pays, territoire continental ou central considéré par rapport à ses colonies ou ses territoires extérieurs.

Organisation des Nations-Unies (ONU) : organisation internationale créée en 1945, regroupant désormais 193 pays et dont l’objectif est d’assurer la paix et la sécurité internationale.

Polynésie : un des trois grands groupes d’îles de l’Océan Pacifique, avec la Mélanésie et la Micronésie, qui forment, avec l’Australie, l’Océanie. La Polynésie englobe notamment Wallis et Futuna, les Samoa ou la Polynésie française. Contestée par une partie des géographes, ce découpage reste toutefois couramment employé, y compris par les pays concernés.

Récession : ralentissement de la croissance économique suite à une phase d’expansion.

Sui generis : terme latin de droit, signifiant « de son propre genre » et désignant une situation juridique dont la singularité empêche tout classement dans un catégorie déjà répertoriée et nécessite des textes spécifiques.

Territoire d’Outre-mer (TOM) : territoire de la République Française bénéficiant, en remplacement du statut de colonie, d’un statut et d’institutions spécifiques. Une partie d’entre eux a accédé à l’indépendance. A l’exception des Terres australes et antarctiques françaises, qui sont inhabitées, les TOM restants – Mayotte, Polynésie française, Saint-Pierre-et-Miquelon et Wallis-et-Futuna – sont devenus en 2003 des Collectivités d’Outre-Mer. Ils ne doivent pas être confondus avec les Départements et Régions d’Outre-Mer (DROM), anciennement Département d’Outre-Mer (DOM), au sein desquels les lois et les règlements applicables en France métropolitaine y sont applicables de plein droit – bien que des adaptations puissent exister.

 

 

 

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