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La synthèse hebdo du 12 novembre

Publié le 12 novembre 2018, par Matthieu Devillard

AU PROGRAMME CETTE SEMAINE

 

– 1 –

Qui est responsable de l’effondrement de plusieurs immeubles à Marseille ?

– 2 –

Pourquoi les Midterms étaient une étape cruciale pour Donald Trump ?

– 3 –

Qu’ont fait les 70 chefs d’Etat venus commémorer l’armistice de 1918 ?

 

 

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LUNDI 05 NOVEMBRE –

DEUX IMMEUBLES S’EFFONDRENT ET FONT 8 MORTS A MARSEILLE

 

Les faits

Deux immeubles se sont écroulés lundi matin aux 63 et 65 rue d’Aubagne dans le quartier de Noailles, dans le centre-ville de Marseille. Un troisième immeuble, le 67, a été évacué puis volontairement abattu en fin d’après-midi afin d’éviter un effet domino. Une centaine de riverains ont été relogés, pris en charge par la mairie de Marseille dans des hôtels ou dans leur famille. Les recherches ont été interrompues mercredi pendant 24h pour démolir deux bâtiments voisins qui menaçaient également de s’effondrer sur le personnel de secours.

Jean-Claude Gaudin, Maire de Marseille depuis 23 ans, Julien Denormandie, Ministre du Logement, Christophe Castaner, Ministre de l’Intérieur, Samia Ghali, sénatrice socialiste (PS) de Marseille et Jean-Luc Mélenchon, député La France Insoumise (LFI) de la circonscription où s’est passé le drame, se sont rendus sur place. Au départ, seuls deux blessés légers – deux passants – étaient officiellement annoncés. En soirée, Christophe Castaner a annoncé que 10 personnes étaient en réalité portées disparues. Au final, le bilan définitif a fait état vendredi de 8 morts, tous retrouvés et identifiés : 5 hommes et 3 femmes, 5 locataires et 3 visiteurs.

85 enquêteurs ont été mobilisés pour déterminer les causes exactes de l’effondrement, quel immeuble s’est effondré le premier et quelles sont les responsabilités. Interrogé sur le sujet à l’Assemblée Nationale, Christophe Castaner a annoncé avoir demandé au préfet un audit de l’habitat indigne à Marseille, qui doit aboutir à un programme de préservation des conditions de sécurité et à des aménagements en conséquences. En plus de Marseille, 13 villes en France ont été identifiées par le gouvernement pour des problèmes de copropriétés dégradées : Toulouse, Montpellier, Nîmes et Marseille dans les régions du Sud de la France ; Mulhouse en Alsace ; Saint-Etienne-du-Rouvray en Normandie ; Vaulx-en-Velin, Grenoble, Echirolles et Saint-Martin-d’Hères en région Auvergne-Rhône-Alpes ; Mantes-la-Jolie, Epinay-sur-Seine, Clichy-sous-Bois, Villepinte, Sevran, Aulnay-Sous-Bois, Grigny et Evry en Île-de-France. Sur l’ensemble de ces villes, plus de 23.000 logements sont concernés.

8000 personnes selon la police ont défilé samedi à Marseille dans une marche blanche en hommage aux victimes. Entre silence et applaudissements, celle-ci s’est terminée sous les balcons de l’Hôtel de ville où la foule a réclamé la démission du Maire. Jean-Luc Mélenchon et les députés La République en Marche (LREM) des Quartiers Nords de Marseille, Alexandra Louis et Saïd Ahamada était présents. Le balcon d’un immeuble s’est en partie effondré sur le parcours de la marche blanche, faisant 3 blessés légers: une femme et un garçon de 7 ans tombés du premier étage, et une passante de 24 ans. Un hashtag #balancetontaudis a par ailleurs été créé par l’ancien directeur général de la Fondation Abbé Pierre à Marseille, Fathi Bouaroua, pour permettre aux victimes des logements insalubres ou en péril de se retourner contre les propriétaires.

 

Le contexte

La situation avant le drame

Les immeubles effondrés ont été construits à la fin du XVIIIe siècle. A cette époque, le quartier de Noailles était un faubourg marseillais d’artisans et de commerçants. Un siècle plus tard et jusqu’à la moitié du XXe, la rue d’Aubagne était particulièrement animée, accueillant des professions libérales et la petite bourgeoisie. Le quartier de Noailles a décliné et s’est appauvri à partir des années 1960, devenant très populaire. Ces trois dernières années, il a toutefois vécu un léger renouveau et un mixage des populations grâce à l’installation de restaurants, de boutiques branchées et de jeunes couples attirés par des appartements avec tomettes au sol et hauts-plafonds pour de faibles loyers.

Le numéro 63 de la rue d’Aubagne avait fait l’objet d’un arrêté de péril en 2008 et n’était donc plus habité. Le numéro 65 était quant à lui occupé par plusieurs familles. Le 26 septembre dernier, des signalements avaient été faits par des riverains inquiets de voir des morceaux de façade tomber côté rue. Le 18 octobre, le plancher du premier étage s’effondrant, une expertise avait donné lieu à un arrêté de péril grave et imminent et à la réalisation de travaux de confortement. Neuf des dix appartements ont pu être ensuite réintégrés, l’expert n’ayant pas requis l’évacuation de l’immeuble.

En 2015 un audit commandé par le ministère du Logement avait estimé à 40 000 le nombre d’appartements indignes, soit 13% du parc des résidences principales et touchant 100 000 habitants, soit 1 marseillais sur 8. Le rapport identifiait certains îlots prioritaires à rénover d’urgence, parmi lesquels le quartier de Noailles. Selon un document concernant la restructuration du quartier, remis aux élus de la Ville et de la Métropole en janvier 2018, 48% des immeubles étaient indécents ou dégradés et seulement 11% en bon état structurel et d’entretien. Les immeubles de la rue d’Aubagne ne possèdent généralement pas de murs indépendants mais s’appuient les uns contre les autres. Ils sont souvent habités par des familles modestes et nombreuses, logés par des marchands de sommeil dans des 3 ou 4 pièces de 100m2 pour environ 600 € par mois.

La situation marseillaise, bien que particulièrement inquiétante, n’est pas isolée. Selon le ministère du logement, la France compte 450 000 logements indignes. Dans le Grand Est, un autre immeuble s’est d’ailleurs effondré mercredi soir à Charleville-Mézières. Heureusement, une habitante ayant pressenti le danger avait donné l’alerte, permettant d’évacuer l’immeuble à temps pour éviter des victimes. Comme le drame du Pont de Gênes cet été (voir la synthèse du 20 août 2018), ce drame a été le révélateur d’une situation plus globale.

Quelles responsabilités ?

La mairie est la cible privilégiée des critiques. Le Monde a révélé une note confidentielle de l’Agence régionale de santé qui désigne les agents du service communal d’hygiène et de santé (SCHS) de la ville de Marseille qui sous-évalueraient les dysfonctionnements dans les immeubles et à minimiserait leur impact sur la santé des habitants. Jean-Claude Gaudin a assuré qu’il renforcera ce service-là. La municipalité a par ailleurs engagé depuis 2011 un vaste plan de requalification du centre-ville, mais son efficacité est contestée. La loi Alur de 2014 et la Loi Elan récemment adoptées ont mis en place des mesures pour lutter contre les marchands de sommeil, mais la mairie dénonce des procédures complexes limitant sa marge de manœuvre.

En plus de la mairie, ce sont également les responsabilités des bailleurs et de l’Etat qui sont visées. Les marchands de sommeil sont accusés de ne faire souvent que le minimum de travaux possible. D’un autre côté, par peur de perdre leur logement, nombreux sont les locataires qui taisent leurs conditions de vie. En 2016, pour les 40 000 logements indignes décomptés à Marseille, il n’y a eu dans la région que 400 plaintes et 84 arrêtés pris sur des immeubles en péril. La mairie a notamment pointé du doigt le propriétaire du rez-de-chaussée du numéro 63 qui ne voulait ni rénover ni vendre. Il a fallu 10 ans de procédure pour récupérer cette partie de l’immeuble.

La complexité des procédures est d’ailleurs l’autre cause évoquée pour se défendre par le Maire de Marseille, qui a appelé l’Etat à les simplifier. L’adjointe au Maire pour le logement Arlette Fructus a rappelé que c’est la mairie qui avait déclenché l’audit du ministère en 2015, afin d’obtenir selon elle de la part de l’Etat des moyens d’action qui n’ont jamais été donnés.

 

Les définitions

Bailleur : personne qui consent à une autre la location d’un meuble ou d’un immeuble.

Circonscription électorale : fraction du territoire national qui sert de cadre à l’élection d’un ou plusieurs représentants.

Habitat indigne : local ou installation utilisé aux fins d’habitation et impropres par nature à cet usage, ainsi que les logements dont l’état, ou celui du bâtiment dans lequel ils sont situés, expose les occupants à des risques manifestes, pouvant porter atteinte à leur sécurité physique ou à leur santé.

Insalubrité : dégradation d’un logement entraînant des effets sur la santé de ses occupants.

Marchands de sommeil : propriétaire qui loue un logement à des personnes vulnérables dans le but d’en retirer un profit important (loyers disproportionnés par rapport au logement proposé, habitat dangereux pour la sécurité ou la santé des habitants, nombre d’habitants supérieur à ce que prévoit la loi, etc.)

Péril : danger présenté par un logement pour la sécurité de ses occupants, au regard de sa solidité.

 

 

MERCREDI 07 NOVEMBRE –

DONALD TRUMP PERD LA CHAMBRE DES REPRESENTANTS MAIS SE RENFORCE AU SENAT A L’OCCASION DES MIDTERMS

 

Les faits

49% des américains, selon les chiffres annoncés de participation au Midterms, se sont rendus aux urnes mercredi. Au niveau fédéral, les américains ont renouvelé leur Congrès. Les Démocrates ont remporté environ 30 sièges à la Chambre de Représentants, devenant majoritaires avec un total de 227 sièges (51,5%) contre 198 républicains (46,7%) et 10 indépendants. Au Sénat en revanche, les Républicains ont conforté leur majorité en gagnant 2 sièges, soit un total de 51 contre 46 démocrates et 3 indépendants. Au niveau local, ces élections devaient renouveler un certain nombre de gouverneurs et de parlements locaux. Les Démocrates peuvent désormais compter sur 23 Gouverneurs, se rapprochant des Républicains qui n’en comptent plus que 25. Du côté de la législature d’Etat, les Républicains ont cédé un peu de terrain, conservant toutefois le contrôle de 61 des 99 assemblées locales. Malgré la perte de la Chambre des Représentants, Donald Trump s’est réjoui de ce qu’il considère comme un grand succès. Certains Etats devaient également se prononcer sur quelques mesures particulières via des référendums d’initiative populaire. L’Alabama a ainsi donné son accord à un amendement autorisant l’affichage des Dix Commandements bibliques dans les lieux officiels, publics et les écoles. Le Michigan a validé la légalisation de la marijuana. La Floride a approuvé un texte rétablissant le droit de vote des condamnés ayant purgé leur peine. Enfin, la Virginie-Occidentale a restreint le droit à l’avortement.

 

Le contexte

Les enjeux nationaux

Aux Etats-Unis, les Midterms sont l’occasion de renouveler la totalité des membres de la Chambre de Représentants – dont les 435 sièges sont renouvelés tous les 2 ans. Chaque Etat des Etats-Unis élit un nombre de représentants proportionnel à sa population. Environ un tiers du Sénat est également renouvelé tous les 2 ans – 35 sièges sur 100 en l’occurrence. Chacun des 50 Etats compte 2 sénateurs, élus pour 6 ans. Avant les élections, les Républicains étaient majoritaires dans les 2 chambres (236 sièges à la Chambre des Représentants et 51 au Sénat)

L’enjeu principal pour les Démocrates était de récupérer la Chambre des Représentants. La victoire démocrate était attendue car 39 des 66 candidats sortants qui ont choisi de ne pas se représenter sont républicains – du jamais vu depuis 1930. Or, le taux de réélection d’un candidat sortant aux Etats-Unis est historiquement très élevé. Suite à cette victoire, Nancy Pelosi, leader démocrate à la Chambre des représentants, devrait être élue à la tête de la Chambre.

Cela va permettre aux Démocrates, pendant les 2 années à venir jusqu’à la présidentielle, de gêner le programme législatif de Donald Trump. Ils pourront notamment s’opposer à l’adoption de mesures emblématiques annoncées par Donald Trump, comme l’abrogation de la loi sur le système de couverture santé de Barack Obama ou la construction d’un mur tout le long de la frontière avec le Mexique. Donald Trump pourra toujours utiliser les décrets présidentiels pour contourner la Chambre, mais il ne peut y avoir recours que pour des mesures approfondissant une loi déjà votée. Il gardera toutefois les mains libres sur sa politique étrangère, comme pour les sanctions contre l’Iran (voir la synthèse du 14 mai 2018) et la guerre commerciale avec la Chine (voir la synthèse du 27 août 2018).

Cette majorité permettra également aux Démocrates de lancer des enquêtes et assigner des ministres pour des auditions sous serment sur des sujets comme la défense, la justice ou le budget. Les représentants démocrates pourraient notamment chercher à en savoir davantage sur l’implication potentielle de Trump dans l’ingérence russe dans la campagne présidentielle de 2016, sur les obstructions à la justice, abus de pouvoir voire corruption et conflits d’intérêt dont il est régulièrement accusé par ses opposants. La Chambre des Représentants peut également lancer une procédure d’impeachment, mais celle-ci aurait besoin de la majorité des 2/3 au Sénat pour aboutir, ce qui semble compromis.

En effet, Donald Trump s’est donc renforcé au Sénat. La carte électorale lui était cependant largement favorable car seulement 9 des 35 sièges en jeu cette année était républicains et donc susceptibles d’être récupérés par les Démocrates. Trump ne sera donc pas gêné pour désigner les postes les plus importants de l’administration fédérale, qui doivent être approuvés par les sénateurs. Récemment, le Sénat avait par exemple validé la nomination de Brett Kavanaugh à la Cour Suprême, un choix très stratégique et largement critiqué par l’opposition (voir la synthèse du 8 octobre 2018).

Les enjeux locaux

Mais les élections américaines sont aussi des élections locales, à la fois législatives et exécutives. Au niveau législatif, les Etats fédérés américains comptent tous 2 chambres, à l’exception du Nebraska qui fonctionne selon un système monocaméral. Sur les 99 assemblées locales, 87 étaient renouvelées totalement ou partiellement cette année, soit 6 069 sièges en jeu sur les 7 383 que compte la législature d’Etat (82%). Les parlements locaux détiennent un pouvoir législatif important. Ce sont eux qui légifèrent sur d’importants sujets comme les conditions d’accès au vote, l’étendue de l’assurance maladie, les armes à feu ou la peine de mort. Les Républicains contrôlent toujours la majorité de ces assemblées malgré une baisse de 67 à 61 chambres où ils sont majoritaires.

Surtout, le plus important des élections locales concernait le pouvoir exécutif dans ces Etats avec le renouvellement de 36 des 50 Gouverneurs du pays. Ceux-ci déterminent le budget de leur Etat et nomment leurs responsables administratifs. Ils ont un certaine influence sur les lois de leurs Etats respectifs, parfois en s’opposant à celles du Parlement fédéral. Il peuvent également saisir la justice pour s’opposer à certains décrets décidés par le Président. Les Républicains ont perdu 8 Etats face aux démocrates et gagné un face à un candidat indépendant, tandis que les Démocrates ont conservé tous les leurs.

Retour sur la campagne

Malgré des élections tout autant locales que nationales, l’importante implication de Trump dans la campagne a participé à nationaliser le débat et transformé pour beaucoup ce scrutin en un référendum pro ou anti-Trump. Avec 30 rassemblements à travers le pays pour soutenir des candidats, dont beaucoup l’ont emporté, Donald Trump a par ailleurs assis son autorité sur son parti républicain qui ne lui a longtemps pas été totalement acquis. Les Démocrates ont également participé à cette tendance en critiquant frontalement Donald Trump et présentant cette élection comme une occasion de rétablir face à lui les contre-pouvoirs prévus par la Constitution. Faute de chef naturel dans le camp démocrate, l’ancien Président Barack Obama s’est également largement impliqué dans la campagne, ne lésinant pas non plus sur les critiques envers son successeur.

Cette cristallisation du débat autour de la personnalité de Donald Trump a entraîné une plus grande participation que d’habitude lors des Midterms, chacun des deux camps étant parvenu à mobiliser ses soutiens. En effet, les élections de mi-mandat mobilisent généralement beaucoup moins que les présidentielles. En 2014, les Midterms n’avaient mobilisé que 36% des américains contre 49% cette année – et 56% lors des présidentielles de 2016. Au final, si ces résultats vont réduire la marge de manœuvre de Donald Trump pendant les deux prochaines années, ils le mettent en position favorable en vue des présidentielles de 2020. En effet, il est quasiment systématique que le camp d’opposition reprenne la main d’au moins une des deux chambres du Congrès. Ces élections sont donc loin d’avoir été catastrophique pour Donald Trump, qui a évité un raz-de-marée démocrate à la Chambre des Représentants et s’est renforcé au Sénat.

Parmi les sujets qui ont marqué la campagne, l’un des plus tendus était celui des migrants. Donald Trump a dénoncé l’invasion que représentent selon lui les caravanes de migrants arrivant sur le territoire par l’Amérique centrale. Il a accusé les Démocrates de vouloir toutes les accueillir et envoyé des troupes à la frontière pour stopper les milliers de migrants qui était en train de traverser le Mexique vers les Etats-Unis. Selon lui, d’après des informations qu’il aurait reçu des autorités mexicaines, 300 d’entre eux seraient dangereux. Il a invité l’armée à considérer les jets de pierre de migrants comme des tirs de fusil, justifiant de tirer en retour.

Au niveau économique, les Etats-Unis connaissent un record de croissance depuis 2005 et leur taux de chômage le plus bas depuis 1969. Les salaires progressent plus que l’inflation et les inégalités se réduisent. La fin de campagne a été endeuillée par le pire attentat antisémite de l’histoire des Etats-Unis, qui a fait 11 morts dans une synagogue de Pittsburgh (Pennsylvanie), le 27 octobre. Cela a relancé le débat sur les armes à feu, jusque-là assez discret dans la campagne. Dans la nuit qui a suivi les Midterms, une autre fusillade a fait 12 morts dans un bar en Californie – état également éprouvé par un incendie qui a déjà fait 30 morts et continue actuellement de se propager.

La campagne a également été marquée par quelques polémiques. Twitter a annoncé avoir supprimé des milliers de comptes automatiques aux Etats-Unis, beaucoup se présentant comme démocrates et tweetant des messages pour décourager les électeurs d’aller voter. Beaucoup ont soupçonné les Républicains d’être à l’origine de ces comptes. Un homme a également été arrêté en Floride pour avoir envoyé des colis piégés à plusieurs personnalité démocrates dont Barack Obama et Hillary Clinton, l’opposante de Donald Trump lors des dernières présidentielles. Les Démocrates ont accusé le discours de Donald Trump d’inciter à la violence. En retour, l’intéressé a accusé les Démocrates de ne produire que des foules en colère et les médias de favoriser ce climat violent par leurs propos hostiles et souvent faux.

Autre point marquant de cette campagne, le nombre record de candidatures de femmes en réponse aux propos et positions jugées misogynes de Donald Trump. 277 femmes ont ainsi décroché une candidature – dont 235 pour la Chambre des Représentants, loin devant le record de 167 femmes en 2016. Parmi elles, 117 femmes ont remporté leur élection. Les dons en provenance de femmes se sont élevés à près de 400 millions de dollars alors qu’ils n’avaient jamais dépassé les 200 millions lors des précédentes élections. La Chambre des Représentants va pour la première fois accueillir les deux premières représentantes musulmanes et amérindiennes de son histoire. Autre record, 400 candidats LGBT ont également été investis en réaction à Donald Trump. Deux semaines avant les élections, ce dernier a reconnu que son gouvernement proposait de définir très strictement l’identité sexuelle comme étant liée aux organes sexuels à la naissance, supprimant toute possibilité aux personnes transgenres de se faire reconnaître officiellement. Quelques candidats LGBT ont été élus cette année à des fonctions locales.

 

Les définitions

Abrogation : rendre nul, caduc (se dit essentiellement à propos des lois ou des coutumes).

Caravanes : troupe de gens qui se déplacent ensemble.

Chambre de Représentants : chambre basse des Etats-Unis qui forme le Parlement avec le Sénat américain.

Congrès des Etats-Unis : parlement bicamérale des Etats-Unis, exerçant le pouvoir législatif et composé de la Chambre des représentants et du Sénat.

Croissance : évolution annuelle, exprimée en pourcentage, du PIB (produit intérieur brut). Le PIB est un indicateur économique qui vise à quantifier la richesse produite à l’intérieur d’un pays (y compris par des entreprises étrangères).

Décrets : acte exécutoire, émis par le pouvoir exécutif, dont les effets sont analogues à ceux d’une loi. Sa portée peut être générale, lorsqu’il formule une règle de droit, ou individuelle lorsqu’il ne concerne qu’une seule personne comme pour une nomination.

Fédéralisme : système politique dans lequel un État fédéral partage les compétences constitutionnelles avec les États membres, souverains dans leurs propres domaines de compétence.

Gouverneur : chef de l’exécutif d’un État des États-Unis ou d’un des quatre Territoires non-incorporés des États-Unis (Puerto-Rico, Guam, Îles Vierges et Mariannes du Nord). Non subordonné aux autorités fédérales, il est le chef politique et honorifique de l’État. Chaque État possède son propre droit pénal et son propre code civil et gère, par son gouvernement, ses affaires internes.

Identité sexuelle : Sentiment d’être un homme, une femme ou autre.

Impeachment : procédure américaine permettant au Congrès de décider de la culpabilité et de la destitution d’un haut fonctionnaire. Elle se déroule en deux temps : l’impeachment (« mise en accusation »), voté par le Chambre des représentants et nécessitant une majorité simple ; l’impeachment trial (« procès »), voté par le Sénat et nécessitant la majorité des deux tiers.

Inflation : augmentation généralisée des prix des biens et des services entraînant une baisse du pouvoir d’achat.

Législature d’Etat des Etats-Unis : système législatif de chacun des Etats des Etats-Unis.

Midterms : élections nationales (Congrès) et locales (gouverneurs, législature d’Etat et référendums) américaines qui se tiennent au milieu du mandat présidentielle de 4 ans.

Parti démocrate : un des deux principaux partis américains, progressiste et positionné au centre gauche. Bill Clinton (1993-2001) et Barack Obama (2009-2017) sont les derniers présidents démocrates élus.

Parti républicain : un des deux principaux partis américains, conservateur et positionné à droite. Georges W. Bush (2001-2009) et Donald Trump (2017-) sont les derniers présidents républicains élus.

Référendums d’initiative populaire : référendum organisé à l’initiative d’une partie des citoyens, dans un système de démocratie semi-directe qui leur donne la possibilité de proposer un vote du Parlement ou l’organisation d’un référendum, sous certaines conditions de forme et de nombre, pour l’adoption d’une nouvelle loi, l’abrogation d’une loi en vigueur ou une modification de la Constitution.

Sénat (Etats-Unis) : chambre haute des Etats-Unis qui forme le Parlement avec la Chambre des Représentants américaine.

Monocaméralisme : forme de système politique, dit monocaméral ou unicaméral, dans lequel le pouvoir législatif est détenu par une seule chambre ou assemblée qui réunit les représentants de la nation. Le monocamérisme s’oppose au bicamérisme qui est fondé sur deux assemblées.

Transsexualisme : trouble de l’identité sexuelle dans lequel le sujet a le sentiment que son corps n’est pas en concordance avec son sexe « psychologique » mais appartient au sexe opposé.

 

 

DIMANCHE 11 NOVEMBRE –

MACRON REÇOIT 70 CHEFS D’ETAT A PARIS POUR COMMEMORER L’ARMISTICE

 

Les faits

70 chefs d’Etat dont les pays ont déployé des combattants lors de la Première Guerre mondiale, ou Grande Guerre, ont été accueillis dimanche à l’Elysée par Emmanuel Macron, qui portait pour l’occasion le bleuet de France à la poitrine. Ils se sont ensuite rendus à bord de 8 bus sur les Champs Elysées pour le début de la cérémonie à 11h. La cérémonie a débuté par le survol de l’avenue par la patrouille de France. Ensuite, les chefs d’Etat ont remonté à pied, sous le tintement des cloches des Eglises de Paris, les derniers mètres les séparant de la tombe du soldat inconnu. Donald Trump puis Vladimir Poutine ont rejoint le cortège à ce moment.

Après avoir passé en revue les troupes, Emmanuel Macron a prononcé un discours qu’il a voulu comme un plaidoyer pour la paix, encourageant les dirigeants présents à préférer la coopération au nationalisme. L’orchestre des jeunes de l’Union Européenne a ensuite joué le Boléro du compositeur français Maurice Ravel, choisi car impliqué pendant la guerre – comme conducteur puis dans un service ambulancier – et compositeur du Tombeau de Couperin en hommage à ses camarades morts au front. Enfin, Emmanuel Macron a ravivé la flamme éternelle de la tombe du soldat inconnu, qui ne s’est jamais éteinte depuis son installation en 1923. La sonnerie aux morts a alors retenti, ouvrant une minute de silence close par la sonnerie au clairon du « Cessez le feu ».

L’ensemble des dirigeants a ensuite été convié à un déjeuner à l’Elysée. Dans l’après-midi, voulu comme un symbole de la réconciliation et de l’amitié franco-allemande, Angela Merkel a ouvert la première édition du Forum pour la paix – qui a vocation à être reconduit chaque année – dans la grande halle de la Villette à Paris. Le secrétaire général de l’Organisation des Nations-Unies (ONU) Antonio Guterres a ensuite pris à son tour la parole.

 

Le contexte

La chronologie de la Ière Guerre Mondiale

En 1914, l’Europe était profondément divisée. La France, alors sous le régime de la IIIe République, nourrissait un désir de revanche depuis sa défaite en 1871 contre l’Allemagne, qui avait annexé à cette occasion l’Alsace-Lorraine. Par ailleurs, les pays européens se disputaient les territoires coloniaux pour agrandir leurs empires, alimentant notamment en Afrique les rivalités entre la France et l’Allemagne. L’Autriche-Hongrie et la Russie se disputaient pour leur part la domination des Balkans. Ce climat a favorisé le renforcement militaire, la course à l’armement et la création d’alliances. La Triple-Entente s’est notamment formée pour faire face à la Triple Alliance. Ces tensions et ces alliances vont jouer un rôle primordial au moment du déclenchement de la guerre. Suite à l’assassinat par un serbe en juin 1914 de l’Archiduc François Ferdinand, héritier de la couronne austro-hongroise, l’Autriche-Hongrie a lancé une ultimatum à la Serbie qu’elle jugeait responsable de l’attentat. Après le refus de celle-ci, l’Autriche-Hongrie a décidé de déclarer la guerre à la Serbie, soutenue en cela par l’Allemagne. De leur côté, les Russes ont soutenu la Serbie par solidarité slave, entraînant son alliée la France derrière elle. Par ailleurs, les nombreuses alliances des pays européens, qui dominaient alors le monde, vont rapidement donner au conflit une dimension planétaire en impliquant de très nombreux pays.

Les soldats de part et d’autre s’attendaient à une guerre rapide, et les désertions lors de la mobilisation ont été extrêmement rares de part et d’autre. L’Allemagne, craignant d’être prise en tenaille entre la France et la Russie, a cherché à soumettre rapidement la première avant que la seconde ne puisse mobiliser ses nombreuses troupes. Elle a alors envahi la Belgique pour contourner les fortifications françaises à la frontière – entraînant le Royaume-Uni allié à la Belgique à entrer en guerre à son tour. Tandis que les allemands s’approchaient des portes de Paris, le Général Joseph Gallieni a alors l’idée de réquisitionner plus de 1 000 taxis parisiens – les fameux « taxis de la Marne » – pour véhiculer des renforts. Cette épisode a marqué le début de la bataille de la Marne, au terme de laquelle le Général Joseph Joffre est parvenu à repousser les allemands. Lors de la « course à la mer », les français, les anglais et les belges ont ensuite cherché à défendre les ports de la Mer du Nord, faisant de cette dernière le théâtre d’une guerre sous-marine.

Fin 2014, la guerre dite « de mouvement » a alors laissé la place à 4 longues années de guerre « de position », où chaque camp s’est réfugié dans des tranchées sur 750 km entre la mer du Nord et les Vosges. Abandonnant leurs gants blancs et leurs uniformes colorés, les soldats sont entrés dans une guerre de nature complètement différente, avec l’apparition de nouvelles techniques et armes. Les deux camps se sont alors cherchés de nouveaux alliés. L’Empire Ottoman (actuelle Turquie) est notamment entré dans le conflit fin 2014 aux côtés de l’Allemagne. A partir de l’année suivante, les Alliés ont de leur côté pu compter sur le soutien entre autres du Japon, de la Chine et de l’Italie. Neutre jusqu’alors, cette dernière s’est en effet retirée de la Triple Alliance suite à un accord secret avec les Alliés lui assurant des territoires en cas de victoire. A l’Est, la Russie, mal équipée, a subi de nombreux revers.

Plusieurs offensives ont eu lieu pendant cette phase, les plus connues et massives – les batailles de Verdun et de la Somme – s’étant déroulées en 1916. En effet, tandis que côté allemand le commandant en chef des armées Erich Von Falkenhayn prévoyait une attaque massive sur Verdun en février, les français projetaient d’attaquer la Somme avec leurs alliés durant l’été. En février, les allemands ont lancé l’opération Gericht, tirant sans discontinuer près d’un million d’obus dans la journée près de Verdun pour affaiblir les français. Ralentis par les trous d’obus remplis d’eau, les allemands ont rencontré une résistance inattendue des français mais sont tout-de-même parvenus à avancer. Les troupes françaises étant trop fatiguées pour lancer la bataille de la Somme, celle-ci a été finalement été confiée aux Britanniques et devait soulager le front de Verdun. Elle s’est déroulée entre juillet et novembre et les Alliés, malgré de très lourdes pertes, y sont parvenus à gagner du terrain. A Verdun, ces derniers ont également réussi à avancer pour récupérer finalement leurs positions initiales et mettre fin en décembre à cette longue bataille.

En mars 1917, le Tsar Nicolas II a été renversé par une révolution en Russie. Puis, en novembre, le succès de la Révolution d’Octobre a entraîné à l’arrêt des combats des russes, permettant aux allemands de se concentrer davantage sur le front Ouest. Cependant, les Etats-Unis ont rejoint les Alliés sur ce front en avril après que des sous-marins allemands ont coulé des bateaux américains. Sur le front Ouest, l’année 1917 est marquée par des mutineries à cause des conditions dans les tranchées. En 1918, la guerre est redevenue une guerre de mouvement. Les Allemands sont parvenus à s’approcher à nouveau de Paris, qu’ils ont bombardé avec des canons de longue portée. Le Président du Conseil français Georges Clémenceau a alors obtenu que le commandement des armées franco-anglaises soit désormais confié à un seul homme, le Général Ferdinand Foch. Ce dernier est parvenu à arrêter l’offensive allemande en avril puis à mener une contre-offensive durant l’été repoussant les Allemands de partout. Des grèves et des insurrections se sont alors multipliées en Allemagne, et une révolution y a éclaté le 3 novembre. L’Empereur Guillaume II a finalement abdiqué le 9 pour éviter que le pouvoir ne tombe aux mains des communistes comme en Russie.

Après trois jours d’intenses négociations et dans l’attente d’un traité de paix, l’armistice a été signé entre les Allemands et les Alliés le 11 novembre 1918 à 5h du matin dans le wagon-bureau du désormais Maréchal Foch. Il prévoyait l’arrêt des combats à 11h – soit la 11e heure du 11e jour du 11e mois –, l’évacuation des Allemands et la livraison de nombreuses armes par l’Allemagne pour mettre cette dernière hors d’état de combattre. Le Maréchal Foch a ensuite apporté le texte de l’armistice au Président de la République Raymond Poincaré et à Georges Clémenceau, qui le lira ensuite dans l’après-midi à la Chambre des députés. A 11h, les cloches ont sonné l’armistice et les combats ont cessé comme prévu. La paix ne sera signée que le 28 juin 1919 lors du Traité de Versailles. Le bilan de la guerre s’élève à 20 millions de blessés, 10 millions de soldats tués et 5 à 10 millions de morts civils.

Critique sur le terrain et tensions diplomatiques

Emmanuel Macron a précédé les commémorations du 11 novembre par une « itinérance mémorielle », soit une semaine de tournée dans toute la France à travers les grands lieux du conflit. Après quelques jours de repos que s’était accordés le Président à Honfleur pour le pont de la Toussaint, il a donc passé une semaine sur le terrain avant de profiter de la venue des chefs d’Etat pour enchaîner les rencontres diplomatiques durant le weekend. Sur les deux plans, intérieur et extérieur, la semaine a été éprouvante pour Emmanuel Macron. Profitant de sa semaine pour visiter certaines entreprises – notamment une usine Renault et un Etablissement d’Hébergement pour Personnes Âgées Dépendantes (EHPAD) –, le Président a dû faire face à quelques critiques sur fond de polémique autour du prix de l’essence (voir la synthèse de la semaine prochaine).

Sur le plan diplomatique, Emmanuel Macron a pu notamment s’entretenir avec la Première Ministre britannique Teresa May, la Chancelière allemande Angela Merkel et le Président des Etats-Unis Donald Trump. Dans les jours précédents leur rencontre, le ton était pourtant monté avec ce dernier. Donald Trump avait en effet réagi dans un tweet aux propos selon lui très insultants du Président français, qui avait affirmé son soutien à la création d’une armée européenne pour se protéger de la Chine, de la Russie et des Etats-Unis. Lors de leur entrevue, les deux hommes ont toutefois préféré souligner l’importance de l’amitié ancienne entre leurs peuples. Par ailleurs, Donald Trump n’a pas participé au Forum pour la paix. Dimanche, trois femmes du mouvement féministe des Femen ont tenté – dont une avec succès – d’atteindre seins nus la voiture du Président américain. La veille, les Femen était également intervenues sous l’arc de triomphe pour dénoncer la présence de criminels de guerre parmi les chefs d’Etat invités à ce Forum pour la paix. Une manif anti-Trump s’est également déroulée dimanche Place de la République, rassemblant quelques centaines de personnes.

Hommages et polémique autour du Maréchal Pétain

Emmanuel Macron a profité de cette semaine pour rendre quelques hommages, notamment à Maurice Genevois, soldat avant d’être blessé en 1915 puis écrivain devenu académicien en 1946. Il a publié un recueil de 5 récits sur son expérience au front, intitulé « Ceux de 14 ». Considéré comme la voix des poilus, Emmanuel Macron a voulu le faire entrer au Panthéon à titre collectif, c’est-à-dire en y donnant à travers lui une place à tous les poilus.

Un autre hommage a fait beaucoup plus de bruit, celui de Pétain. Initialement, le programme officiel du Centenaire de 14-18 prévoyait dimanche matin un hommage à l’Hôtel des Invalides en présence du Président de la République aux 8 maréchaux de la Première Guerre Mondiale, soit les Maréchaux Joffre, Foch, Pétain, Gallieni, Lyautey, Franchet d’Esperey, Fayolle et Maunoury. Mais le 6 novembre, l’Etat-Major des Armées a annoncé que la cérémonie serait avancée au samedi soir, consisterait finalement en un hommage à tous les chefs militaires de 14-18 du caporal au général, et que le Président y sera représenté par son chef d’Etat-Major particulier. Seuls les 5 maréchaux inhumés aux Invalides – Foch, Fayolle, Franchet d’Esperey, Maunoury et Lyautey –devaient y être nommément honorés par un dépôt de gerbes. Pourtant, le lendemain, Emmanuel Macron a laissé entendre que le Maréchal Pétain ne serait pas exclu de cet hommage ayant été, malgré son action funeste par la suite, un grand soldat pendant la Première Guerre Mondiale. Pendant la polémique qui a immédiatement suivi ces propos, beaucoup ont critiqué la confusion et les contradictions de la réponse du gouvernement. Les membres de ce dernier ont notamment affirmé qu’il n’avait jamais été question de rendre hommage à Pétain, nié tout rétropédalage et avancé un nouveau chiffre de 6 maréchaux honorés – excluant Pétain et Gallieni.

Lors de la Première Guerre Mondiale, le Général Philippe Pétain a été nommé à la bataille de Verdun pour instaurer une stratégie de défense. Il a alors aménagé la départementale qui relie Bar-le-Duc à Verdun – surnommée la Voie sacrée – pour le ravitaillement et organisé un roulement de tous les régiments à Verdun, qui ne restaient ainsi que peu de temps au front. Nommé commandant en chef des armées française en 1917, il est aussi considéré, avec Clémenceau, comme l’un des principaux artisans de la remontée du moral des troupes après les mutineries. En 1918, il jouit alors d’un immense prestige, symbolisé par son élévation au titre de Maréchal.

En mai-juin 1940, la France a subi une débâcle face à l’Allemagne nazi. Pétain s’est alors rapidement affirmé comme l’un des principaux défenseurs de l’armistice face à ceux qui voulaient poursuivre la guerre avec les colonies comme Charles de Gaulle. Elu Président du Conseil, sa vision a fini par l’emporter. L’armistice signé prévoyait que l’Alsace-Lorraine redevienne Allemande – elle était redevenu française par le traité de Versailles – et divisait la France en deux : le nord occupée par les nazis avec Paris pour capitale et le sud autonome avec Vichy pour capitale. L’ancien Président du Conseil Pierre Laval a alors fait voter par le Parlement les pleins pouvoirs à Pétain. Cela a permis à ce dernier de mener une politique autoritaire, antisémite et de collaboration avec l’Allemagne nazi jusqu’à la fin de la guerre. Un statut des juifs a été créé, faisant d’eux une population à part, et plusieurs arrestations et déportations de juifs ont été ordonnées. A la Libération en 1945, Pétain a été jugé pour intelligence avec l’ennemi et haute trahison, puis frappé d’indignité nationale.

Plutôt qu’une dispute d’historien – existante par ailleurs – qui remettrait en cause le rôle réel de Pétain à Verdun pour les uns et à Vichy pour les autres ou la légitimité des conclusions de son procès – que certains jugent très politique –, le problème principal qui s’est posé est celui du choix des évènements historiques que nous intégrons dans notre mémoire nationale. Le fond du désaccord révélé par ces débats passionnés pourrait être ainsi résumé : doit-on exclure d’un hommage collectif l’un des héros de la période commémorée en raison de son action ultérieure ? Les précédents Président de la République s’étaient déjà confrontés à la question et ont, jusqu’à Jacques Chirac, fleuri la tombe du Maréchal Pétain lors de commémorations sur l’île d’Yeu. Tant le Général de Gaulle que François Mitterrand et Jacques Chirac avaient eu des mots très similaires à ceux d’Emmanuel Macron en défendant le fait que Pétain demeurait le vainqueur de Verdun malgré les actions funestes et condamnables qui ont été les siennes par la suite.

 

Les définitions

Alliés (Première Guerre mondiale) : coalition formée autour de la Triple-Entente lors de la Première Guerre mondiale, avec notamment l’Italie et les Etats-Unis.

Antisémitisme : action ou sentiment systématique d’aversion envers les Juifs (et non les sémites, apparentés au groupe linguistique dont Sem, fils de Noé dans la Bible, est considéré comme l’ancêtre et dont dérivent des langues comme l’Hébreu, l’Arabe et le Syriaque) en tant que peuple ou race supposée inférieure.

Autoritarisme : caractère autoritaire, arbitraire d’un régime ou d’un pouvoir politique qui veut imposer à la société et aux citoyens son idéologie et la toute-puissance de l’Etat.

Balkans : péninsule la plus orientale de l’Europe méridionale dont les limites et même la pertinence géographique est parfois contestée. Dans son sens courant le plus large, il englobe la Slovénie, la Croatie, la Bosnie-Herzégovine, le Monténégro, la Serbie, le Kosovo, l’Albanie, la Macédoine, la Grèce, la Bulgarie, la Roumanie, la Moldavie et la partie européenne de la Turquie.

Bleuet de France : fleur du souvenir en France, en mémoire des soldats de la Première Guerre mondiale. Elle poussait facilement sur les champs de bataille et rappelait la couleur de l’uniforme français. Les nouvelles recrues arrivant au front en uniforme neuf était d’ailleurs surnommés les bleuets. Les britanniques ont de leur côté retenu le symbole du coquelicot (« poppy »), dont les caractéristiques le faisait également pousser facilement sur les champs de bataille.

Crime de guerre : violation du droit de la guerre défini par les Convention de Genève (un ensemble de traités internationaux fondamentaux dans le domaine du droit international humanitaire) par des militaires ou par les autorités qui les commandent. Les procès de Nuremberg, en charge de juger les crimes commis par les nazis après la Seconde Guerre mondiale, définit ainsi la liste des crimes de guerre dans sa Charte de Londres : assassinat, mauvais traitements ou déportation pour des travaux forcés, ou pour tout autre but, des populations civiles dans les territoires occupés, assassinat ou mauvais traitements des prisonniers de guerre ou des personnes en mer, exécution des otages, pillages de biens publics ou privés, destruction sans motif des villes et des villages, ou dévastation que ne justifient pas les exigences militaires.

Désertion : infraction commise par le militaire régulièrement incorporé qui, sans droit, rompt le lien qui l’attache aux forces armées

Etat-major : Groupe d’officier (et de personnel qualifié) chargé d’assister un chef militaire dans l’exercice de son commandement. Le Chef d’Etat-Major des armées assiste le Ministre des Armées et est responsable de l’emploi des forces armées. En plus de l’Etat-Major des Armées (EMA), il existe l’Etat-major de l’Armée de Terre (EMAT), la Direction Générale de la Gendarmerie Nationale (DGGN), l’Etat-Major de la Marine Nationale (EMM) et l’Etat-Major de l’Armée de l’Air (EMAA). Enfin, le Président de la République dispose lui d’un Etat-Major Particulier (EMP) en tant que chef des armées selon la Constitution.

Haute trahison : crime politique commis par un Président de la République manquant gravement aux devoirs de sa charge et jugé par la Haute Cour de justice sur accusation des deux Chambres délibérantes.

Hôtel des Invalides : monument parisien de style classique construit par Louis XIV au XVIIe siècle pour abriter les invalides des armées, qui accueille aujourd’hui toujours des invalides mais aussi une nécropole militaire, une cathédrale et plusieurs musées dont celui de l’armée.

Indignité nationale : peine appliquée à tout Français qui avait, postérieurement au 16 juin 1940, soit apporté une aide à l’Allemagne nazie, soit porté atteinte à l’unité nationale ou à la liberté et à l’égalité des Français. Il entraîne une sanction de dégradation nationale qui comprend le retrait du droit de vote et l’inéligibilité, l’exclusion des fonctions publiques, la perte du rang militaire et du droit de porter les décorations, du droit d’exercer des fonctions dans certains secteurs (journalisme, enseignement, syndicats, etc.) et l’interdiction de garder ou porter des armes.

Maréchal de France : plus haute des distinctions militaires françaises.

Mutinerie : révolte, rébellion contre l’autorité.

Nationalisme : dans le cadre d’une nation sous domination étrangère, doctrine politique visant à son indépendance ; dans le cadre d’une nation indépendante, idéologie politique qui donne la primauté à la nation par rapport à toute autre considération dans les relations internationales. Certain l’assimilent, en un sens plus péjoratif, à une aversion envers les autres nations et une stratégie d’isolement ou d’expansionnisme.

Organisation des Nations-Unies (ONU) : organisation internationale créée en 1945, regroupant désormais 193 pays et dont l’objectif est d’assurer la paix et la sécurité internationale.

Panthéon : monument parisien de style néo-classique construit au XVIIIe siècle pour être une Eglise mais utilisé depuis la Révolution Française pour honorer les grands personnages de l’Histoire de France à l’exception des carrière militaires honorées au Panthéon militaire des Invalides.

Président de la République (Troisième République) : chef de l’Etat qui détient selon la Constitution la totalité du pouvoir exécutif mais dont les pouvoirs vont dans la pratique être largement réduits à partir de la fin du XIXe siècle.

Président du Conseil (Troisième République) : chef du gouvernement – correspondant à l’actuel Premier Ministre – qui, bien que la Constitution confère au Président de la République la totalité du pouvoir exécutif, va concentrer dans la pratique l’essentiel des pouvoirs à partir de la fin du XIXe siècle.

Révolution d’Octobre : Révolution bolchévique d’octobre 1917 menée par Vladimir Ilitch Lénine et Léon Trotsky parvenue à renverser début novembre le gouvernement provisoire en place depuis la révolution de février qui a contraint le Tsar Nicolas II à abdiquer et fait disparaître l’Empire russe.

Slave : groupe linguistique indo-européen, dont les langues dérivées sont essentiellement parlée en Europe centrale, de l’Est et en Asie (russe, polonais, etc.).

Tombe du Soldat inconnu : tombe contenant les restes d’un soldat tué au combat dont on ignore l’identité et représentant tous les morts du conflit. Les deux premières tombes de soldats inconnus furent celles d’un français (sous l’arc de Triomphe de l’Etoile à Paris) et d’un anglais (à l’abbaye de Westminster), installées le 11 novembre 1920 en mémoire des soldats de la Première Guerre mondiale.

Triple Alliance (ou Triplice) : alliance réalisée en 1882 entre l’Allemagne, l’Autriche-Hongrie et l’Italie pour isoler la France

Triple-Entente : alliance réalisée en 1907 entre la France, la Russie et le Royaume-Uni en opposition à la Triple Alliance et étant la réunion de plusieurs accords bilatéraux antérieurs entre les trois pays (convention militaire puis alliance franco-russes en 1892 et 1893, Entente cordiale franco-britannique en 1904 et convention anglo-russe en 1907).

Troisième République : régime républicain proclamé en 1870 suite à la défaite de Sedan qui met fin au Second Empire et abandonné lors de la défaite française de 1940 face à l’Allemagne nazi. Après les nombreux régimes expérimentés depuis la Révolution, sa longévité a installé durablement la République dans la politique française.

 

 

 

 

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